Macron, piège à cons ? (1/2)

On aura tous entendu les médias faire l’apologie sans retenue aucune (trop peu ont passé leur temps à autre chose que l’encenser) du jeune et brillant M. Macron, le symbole de la rébellion anti-système, je dirais presque « le rempart contre la barbarie » du FN, des Républicains et de la France Insoumise (tel Jean Dujardin dans OSS 117), le renouveau politique incarné, le sauveur de l’humanité, enfin bref, tout un tas de qualificatifs plus miraculeux les uns que les autres lui sont attribués.

Enfumage.

 

Un rebelle vraiment ?

Macron donne l’image de l’anti-système, du rebelle (je vous renvoie aux différents titres de presse), il a même eu le culot d’appeler son livre « Révolution » (eh oui, plus c’est gros, mieux ça passe) mais comment en arrive-t-il là ? Et cela est-il justifié ?

Absolument pas.

Tout d’abord penchons-nous sur son passé : il a fait l’ENA, puis a travaillé comme inspecteur des finances, ensuite pour la banque Rothschild (où il a géré le rachat par Nestlé d’une filiale de Pfizer, une opération à 9 milliards d’euros, qui lui a rapporté personnellement 2 millions d’euros bruts) avant de prendre sa place au gouvernement. Son passé ne parle pas en sa faveur dans la mesure où les ponts entre privé et public sont de plus en plus nombreux, ou du moins de plus en plus exposés à nos yeux. Ne se demande-t-on pas pourquoi ? Et également si cela est un danger pour l’indépendance de l’Etat ? N’y a-t-il pas risque de corruption dans un sens plus large que celui de la loi ?

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En tout cas, corruption avérée ou non, M. Macron a un parcours tout à fait classique pour un homme politique et n’a rien d’anti-système ou de rebelle. Et c’est sans compter que lorsqu’il était ministre il s’est plié à la politique du gouvernement. Pourquoi ne juge-t-on pas les politiciens à l’aune de leurs actions plutôt que de leurs discours ? Nous ne vérifions même pas s’ils agissent en fonction de leurs soit-disant idées. Où est donc le rebelle tant vanté par les médias ? Vous pensez tout de même qu’il va changer les choses et provoquer une réelle révolution ?

 

Elections, piège à cons

Vous serez d’accord avec moi pour dire que Macron est un libéral, lui et les médias le disent sans détour aucun. Il nous rappelle aussi régulièrement l’importance du travail. Pourtant qui a été chassé à coup de vote Hollande en 2012 ? Sarkozy. De quelle tendance économique était-il ? Libérale. Que passait-il son temps à faire ? Nous répéter l’importance du travail, on n’aurait tout de même pas oublié son « travailler plus pour gagner plus » des fois ? Exactement comme Macron. Il y a des moments où j’ai du mal à suivre le peuple Français, à trouver sa cohérence. On chasse Sarkozy le libéral et maintenant on souhaite en mettre un autre au pouvoir.

En fait ce n’est pas si surprenant dans la mesure où cela reflète la tendance du peuple à un certain conformisme, s’inscrivant dans le temps comme tendance conservatrice. Par cette dernière j’entends le fait de ne rien changer, je ne fais pas référence au conservatisme moral comme on l’entend souvent. En cela le libéralisme est un conservatisme et un conformisme économique puisque nous vivons déjà dedans et qu’il représente la norme (et donc le libéralisme macronnien n’a rien de nouveau contrairement à ce que veulent nous faire croire les médias en parlant de M. Macron, sauf que dès qu’on parle de nouveauté, qu’elle soit avérée ou non, le cerveau adore, c’est de la simple chimie). L’article « Libéralisme ou conservatisme… une histoire d’ignorance et de confusion » du blog Hacking Social démontre très bien cette tendance des personnes à se conformer à la pensée de leur époque et donc à maintenir un certain conformisme.

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La Salle du Jeu de Paume, un symbole de la Révolution Française

D’accord mais cela n’explique rien me direz-vous : comment ce conformisme favorable à cette caste politique s’est-il mis en place et comment perdure-t-il ? Par la capacité à une élite bourgeoise à s’être installée au pouvoir et à y être restée. Pour vous expliquer cela, revenons un peu en arrière je vous prie. Jusqu’en 1789. La révolution française qu’on nous vante à l’école comme ayant mis en place un système démocratique grâce à la constitution de 1791 n’en a en fait que l’apparence. Il ne faut en effet pas oublier que la révolution est menée par des bourgeois, pas par le peuple, qui la soutient et qui y a été effectivement encouragé (et d’ailleurs sans qui elle n’aurait pas abouti), mais il n’est en rien l’instigateur du mouvement. Pourquoi par des bourgeois ? Le capitalisme naissant de l’époque souhaite un changement du droit de la propriété pour que les commerces des bourgeois puissent continuer à prospérer sans entrave. En effet, pendant le féodalisme (avant la révolution donc), un seigneur (un aristocrate, qui n’était « aristocrate » que de naissance) était propriétaire de terres simplement pour être né au bon endroit au bon moment et rien ne pouvait le changer. Terres soumises à son joug unique, ce qui représente un obstacle pour les marchands bourgeois dans la quête d’un accroissement de leur enrichissement. Voici comment notre chère révolution est née. Par une lutte de pouvoir, des bourgeois contre les aristocrates. J’aime mieux vous dire qu’ils ont fort bien réussi. En mettant en place ce qu’ils appellent « démocratie », ils ont réussi à leurrer le peuple qui les soutenaient.

Comment cela ? Pourtant « demos » veut bien dire « peuple » et « kratos » signifie « pouvoir » ? En effet, mais le truchement (c’est d’ailleurs bien plus qu’un truchement tellement il éloigne le peuple du pouvoir) est simple, j’ai nommé : les élections de représentants, et plus particulièrement d’un petit nombre de représentants. Alors, vous me direz que lors d’une élection, c’est bien le peuple qui est appelé à voter. Certes, mais à voter pour qui ? Il y a-t-il un des candidats réellement issus du « peuple » (peuple dans le sens où il n’appartiendrait pas à une élite détachée de ce dernier) ? Non, car qui a mis en place le système actuel ? Les bourgeois. Pour pouvoir se présenter ensuite eux-même comme représentants à élire. Voici la preuve que nos chers candidats ne sont pas des prolétaires : les parents de M. Macron n’étaient pas pauvres, loin de là car médecins, il a lui-même gagné une petite fortune chez les Rothschild. Il en est de même pour M. Hamon mais lui a été responsable des affaires publiques chez LMVH, M. Fillon, honnêtement je ne me fatigue même pas (merci Le Canard Enchaîné), Mme Le Pen est née à Neuilly-sur-Seine (banlieue résidentielle chère), a épousé un dirigeant d’entreprise et est montée au sein du FN grâce à son père (d’ailleurs elle joue la carte de l’anti-système depuis bien plus longtemps que M. Macron, cela me ferait bien rire si elle n’était pas si dangereuse). Le seul issu du peuple est Mélenchon, dont les parents étaient respectivement receveur des PTT (postes, télégraphe et téléphone) et institutrice. Il est vrai qu’il gagne désormais bien sa vie, mais on ne peut pas lui enlever qu’il vient du peuple.

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Le mode de vie de nos dirigeants… qu’on leur céderait bien volontiers si seulement nous étions réellement en démocratie

Bref, ils font tous partie de l’élite financière curieusement. Comme choix de représentants pour le peuple je trouve cela très discutable. S’ils étaient réellement « représentatifs », pourquoi n’y a-t-il pas également parmi eux des personnes issus de classes modestes ou moyennes ? Pourquoi se gêneraient-ils à soutenir en premier lieu leurs propres intérêts avant les vôtres ? Vous me direz que cela n’empêche en rien que vous puissiez faire votre choix librement (mais encore une fois, quel choix). Ah oui ? Savez-vous qu’Alexis de Tocqueville, lors de la révolution Française a dit « Le suffrage universel ne me fait pas peur, les gens voteront comme on leur dira ». Et il avait raison. D’où ce conformisme évoqué un peu avant. Si le mécanisme qui a installé cette élite au pouvoir vous intéresse, je vous recommande fortement la vidéo de Demos Kratos. En outre, à qui appartiennent les médias qui influencent constamment votre esprit (de façon plus ou moins consciente et volontaire) ? A ces mêmes bourgeois. Une poignée de grosses fortunes les détiennent quasiment tous :

  • M. Drahi : l’archi-libéral qui a dépêché M. Mourad ancien banquier et ancien patron d’Altice (le groupe média de M. Drahi) pour conseiller M. Macron dans sa campagne.
  • Famille Rothschild : la famille pour laquelle Macron a justement travaillé.
  • M. Bolloré : ami de M. Sarkozy, et ce qui nous intéresse plus ici : ami avec le patron de BNP Paribas, dont l’ancien directeur général de BNP Paribas Asset Management, Christian Dargnat gère désormais la levée de fonds et collecte de dons de M. Macron.
  • Mme Bettencourt : son mari a été sénateur, membre de plusieurs gouvernements ET dirigeant de L’Oréal qu’elle a ensuite repris.
  • M. Niel : soutient fervent de M. Macron.
  • M. Bouygues : ami de M. Sarkozy
  • M. Lagardère : ami très proche de M. Sarkozy, également ami avec M. Bouygues, M. Arnault, (ces deux-là étant dans la présente liste), M. Breton, M. Blair et… M. Strauss Kahn qui, verrait régulièrement M. Macron et dont il partage une bonne partie des idées.
  • M. Bergé : ancien ami de M. Mitterand, a financé le P.S. et soutient aujourd’hui M. Macron
  • M. Arnault : ami de M. Sarkozy (décidément encore lui), dirigeant de LMVH pour qui M. Hamon a travaillé, soutient actuellement M. Macron
  • M. Dassault : sénateur ET chef d’entreprise…

Vous vous rappelez lorsque je parlais de ponts entre le public et privé ? Le monde est petit décidément, enfin en tout cas dans la caste dirigeante. Le détail des médias que possèdent ces personnes est disponible sur Le Monde Diplomatique. Et n’allez pas croire que ce phénomène est récent, l’AFP (Agence France-Presse, oui oui celle qui est censée être neutre) par exemple a été créée par Charles Louis Havas, négociant international et banquier au XIXème siècle. Ainsi, Macron est le représentant parfait du système actuel, système d’élection qui n’est en rien démocratique, mais plutôt ploutocratique, à savoir qui donne le pouvoir aux plus riches.

 

Macron, un candidat surexposé médiatiquement

Tout est dans la communication. C’est grâce à ses amis bien placés dans les médias que M. Macron a profité d’une surexposition médiatique tout bonnement incroyable. Pour le prouver, rien de plus simple : dans les titres du Monde, de l’Express, de l’Obs et de Libération les articles évoquant le candidat entre janvier 2015 et janvier 2017 sont plus de 8000, contre 7400 pour l’ensemble de ses concurrents de gauche réunis ! (Mélenchon, Hamon, Montebourg ; ce dernier n’est effectivement plus dans la course, mais cette étude a débuté en 2015). Depuis sa nomination à Bercy il y a deux ans et demi maintenant, il a fait la Une de L’Express, de Marianne, du Point, et de L’Obs deux fois. Vous n’avez pas mangé assez de Macron ? Pas grave, la presse people se charge d’achever votre gavage : il est apparu cinq fois en Une de VSD entre son arrivée au gouvernement et août 2016 (et l’eau a coulé sous les ponts depuis, il a probablement fait d’autres Unes, mais je ne peux pas non plus faire une liste exhaustive), il a fait plusieurs fois celle de Closer sur cette même période et deux fois celle de Paris Match en 2014. Encore ? Allez, je vais être bon prince : les Unes qui lui sont consacrées sont parmi les meilleures ventes !

Le jour où Macron a officialisé sa candidature, France 2 lui a consacré 2/3 de son JT. Rien que ça. Et sur TF1 encore mieux, on lui a donné la parole pour 17 minutes. Qu’on lui donne la parole c’est bien normal, au contraire. Mais 17 minutes, alors que le JT de TF1 ne dure que 36 minutes, ça commence à faire beaucoup, non ?

Il est surexposé mais également hautement valorisé (démarche quantitative mais aussi qualitative donc), et pour ce faire, les médias s’en sont donnés à cœur joie :

« Entre courage et imagination, il incarne la modernité » L’Express (la modernité avec des recettes vieilles de plusieurs décennies ?)

« Emmanuel Macron apporte un air de renouveau dans la campagne présidentielle » LCI (le libéralisme c’est nouveau ?)

« L’iconoclaste Macron » BFMTV (pourquoi pas le révolutionnaire ? Ah, que dis-je, c’est déjà pris)

« Macron enfin candidat ! » France Inter (bonjour l’objectivité)

«  »L’espérance », « l’anti-système », la « révolution démocratique »…L’ancien ministre de l’économie de François Hollande a enfin officialisé sa candidature à Bobigny ». L’Obs (en voilà qui n’ont pas mâché leurs mots)

Et ceci n’est que la partie émergée de l’iceberg bien sûr. Une recherche sur internet vous permettra de compléter le tableau.

 

Des sondages pour conforter sa position

Le résultat de tout cela ? Il annonce officiellement qu’il est candidat en novembre 2016 et déjà il est à 15 % d’intentions de votes, alors que, rappelons-le, il y a 5 ans, personne ne le connaissait. Étrange ? Pas tant que cela. Et comme ce n’est jamais assez, il est aujourd’hui crédité de 23 % des intentions de votes.

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Sondage au 1er février 2017 (vous remarquerez que bien des journaux ne mentionnent même plus les « petits candidats » contrairement à ici)

Et le pire, pour parfaire un système déjà complètement biaisé (pour ne pas dire que l’élite politique triche complètement) : les sondages l’aident. Comment ? Parce qu’il a été prouvé, non pas que les sondages modifient complètement l’opinion des gens (encore heureux), mais qu’ils influencent les indécis et ceux qui ont perdu leurs repères idéologiques, les désabusés de la politique (ce qui n’est pas beaucoup moins dangereux).

Il y a deux mécanismes qui expliquent l’influence des sondages sur l’opinion. D’une part le fait que les indécis, vont choisir de donner leur voix au candidat qui a le plus de chances d’être élu (dans la mesure où il est suffisamment proche de leurs idées, bien entendu). D’autre part il y a ce qu’on appelle en psychologie le conformisme (déjà vu avant, mais je vous fournis ici son explication) : c’est la tendance à se conformer aux usages, à accepter les manières de penser ou d’agir du plus grand nombre, les normes sociales. Plus particulièrement on observe grâce aux sondages un effet hit parade (qui est un des effets visibles du conformisme) : on se tourne naturellement vers le candidat qui a le meilleur score, en dehors de toute considération sur ses compétences (attention je ne dis pas que le conformisme est le seul facteur qui va pousser à voter pour un tel ou un autre, mais cela a une forte influence, et je rappelle que nous évoquons ici les indécis). Horizon Gull vous explique cela mieux que moi dans sa vidéo. Et là en revanche c’est nettement plus dangereux. De cette façon, les indécis voyant les résultats de sondage, vont avoir tendance pour une bonne partie d’entre eux à voter comme la majorité du groupe, c’est à dire pour Macron qui est donné deuxième au premier tour et gagnant au second. Pourquoi ? Parce que notre cerveau imagine spontanément que si le groupe constitué du plus grand nombre a pris une décision, c’est qu’il a de bonnes raisons de le faire. D’ailleurs, si vous regardez votre quotidien, vous verrez le conformisme partout, dans les mouvements de foules par exemple (à un concert, dans les transport, à un événement sportif…).

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Regardez comment le lever de main s’empare de la foule

Mais ce n’est pas tout : M. Macron, ou du moins ses conseillers, connaissent bien ces mécanismes psychologiques et se sont donc jetés dans la brèche pour les exploiter. En effet, M. Macron en se positionnant comme « ni gauche, ni droite » se place de façon parfaite pour capter les indécis de la gauche et de la droite dans la mesure où ils sont suffisamment proches du centre (il ratisse certes large, mais pas non plus jusqu’aux extrêmes). De même, M. Macron a tout à fait compris comment séduire les « désabusés » qui sont, comme nous l’avons vu plus haut, également plus sensibles aux sondages. En effet une personne qui a perdu ses repères idéologiques, qui a l’impression « qu’ils sont tous les mêmes » va plus volontiers voter pour un candidat qui se présente comme « rebelle » et « révolutionnaire », ce qui suppose qu’il va changer le système, qu’il est réellement différent des autres.

 

 

Ce qu’il représente, dans tous les cas, nous l’avons vu, ce n’est pas le « renouveau » et encore moins la « révolution » : c’est un digne héritier de la caste bourgeoise dirigeante, parangon de la « démocratie » qui est en réalité une ploutocratie (où le pouvoir est à ceux qui ont l’argent) où l’on fait croire aux électeurs qu’ils ont toujours le pouvoir, tout en guidant leur vote grâce aux médias et notamment à leurs sondages. On peut moquer les soixante-huitards autant qu’on veut, il n’empêche qu’ils avaient raison avec leur slogan « élections, piège à cons ». Le côté rebelle de Macron est en fait feint, ce n’est qu’une simple posture, c’est un positionnement marketing, mais il n’y a rien de vrai et sincère dans son attitude. M. Macron n’est pas anti-système, il est le système. 

 

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