Issyk Kul : plage, culture et rencontre

kirghizes et touristes sur la plage de Tamchy au lac Issyk Kul au Kirghizistan

Pour la deuxième partie de notre périple kirghize, nous nous sommes rendus sur les rives du lac Issyk Kul, deuxième plus grand lac alpin au monde, et surtout seule « mer » où il fait bon se baigner dont disposent le Kirghizistan et les pays environnants. Cela n’est d’ailleurs pas étranger au fait qu’on y croise tant de touristes russes et kazakhs.

 

Tamchy, village de charme et plage

Nous avions décidé de faire notre premier arrêt à Tamchy, un petit village balnéaire ornant la rive nord du lac. Son charme et sa proximité avec le lac en fait d’ailleurs une destination de choix vu le nombre d’auberges et restaurants qu’on a aperçus sur la rue nous emmenant à la plage.

Ce fut pour nous l’occasion d’expérimenter le CBT (Community Based Tourism) pour la première fois. Le CBT est un organisme qui gère des maisons d’hôtes, tours guidés et autres services aux touristes en incluant autant que faire se peut la communauté locale afin qu’elle profite aussi des bénéfices du tourisme. Nous étions ravis de pouvoir dormir chez quelqu’un afin d’obtenir, nous l’espérions, une expérience plus authentique de la vie et la culture locale. Notre attente fut d’ailleurs ô combien honorée par notre séjour dans une maison non loin de la plage où nous avons eu un aperçu de la façon dont vivent les locaux. Tout était très simple dans cette demeure, sans pour autant manquer de quoique ce soit. D’autant que l’hôtesse était attentionnée et nous offrit d’ailleurs des dîners aux petits soins : on a découvert de nouvelles spécialités kirghizes comme le Kourdak par exemple, un plat composé majoritairement de pommes de terre et de viande.

Kirghizises et touristes profitant de la plage de Tamchy, petit village sur le rive nord du lac Issyk-Kul au Kirghizistan
La vue imprenable sur la plage de Tamchy

Entre deux pauses à la maison, nous nous sommes prélassés à la plage, atout majeur de Tamchy. L’ambiance y est unique avec tous ces parasols très colorés, la vue sur les majestueuses montagnes qui se dressent sur la rive opposée du lac, les chameaux à louer et les foules de locaux et touristes russes ou kazakhs. Malgré tout cela, la plage et le village restent relativement authentiques : on n’y trouve pas de gros complexes hôteliers, ni de supermarchés, juste de simples bars et restaurants qui parsèment la rive. Et nous avons su en profiter ! Nous sommes en effet devenus apparemment de tels habitués de la plage et d’un de ses bars que la serveuse ayant pris l’habitude de nous y voir venir prendre un verre, nous a lancé en blaguant la troisième et dernière fois que nous avons quitté son bar : « see you tomorrow ! ».

Bar sur la plage nord du lac Issyk-Kul au Kirghizistan
Le fameux bar dont nous sommes devenus des habitués

 

Cholpon Ata, à éviter

Notre deuxième halte a été la ville de Cholpon Ata, hotspot russe, à 50 km de Tamchy. C’est une ville nettement plus conséquente, mais aussi beaucoup moins attrayante. Ce n’est en effet ni beau, ni charmant. Son seul atout réside dans les rues animées de restaurants pas très loin du bord de lac. Et en étant un peu curieux, on peut aussi visiter un site de pétroglyphes assez impressionnant. Nous avons cependant appris à nos dépens que sa localisation sur maps.me n’était pas du tout exacte, et avons tourniqué un peu avant de réaliser que nous étions en plein dessus (ceci dit, à la décharge de maps.me, il est dur de mettre un seul point pour un site de plusieurs milliers de mètres carrés).

Les rives de Cholpon Ata avec vue sur le centre culturel Rukh Ordo au Kirghizistan
Les rives de Cholpon Ata

 

Karakol, on avait envie d’y rester !

Nous avons poursuivi notre périple autour de ce magnifique lac en prenant une mashroutka pour Karakol. Cette dernière se situe à l’extrémité est du lac Issyk Kul et est une ville de départ idéale pour de nombreux treks. Au total, nous avons dû y séjourner pas loin d’une semaine et demi tellement on s’y est plus. Il faut dire que les allers-retours de treks à Ala-Kul et à Jyrgalan nous ont « forcé » à y repasser, ce qui n’était pas pour nous déplaire. Car la ville dispose de bien d’autres attraits que ses treks.

Nous avons ainsi profité du début de notre séjour pour découvrir le célèbre marché aux bestiaux. Cela a été assez révélateur de la relation des kirghizes avec les animaux qui sont au cœur de la vie de nombre d’entre eux (car ils en vivent littéralement). Dans le même temps, les animaux sont considérés comme de simples objets utilitaires, prêts à souffrir ou être tués lorsque nécessaire. Pour preuve, la façon dont ils les embarquent pattes attachées dans le minuscule coffre de leur vieille voiture une fois l’animal acheté, ça nous a fait tout drôle.

Des kirghizes en train de marchander au célèbre marché aux bestiaux de Karakol au Kirghizistan
Des kirghizes en train de marchander au marché aux bestiaux

Karakol c’est aussi une ville sous la forte influence de la communauté Dungan, des musulmans originaires de Chine, ayant migré au 19ème siècle sous la persécution de l’Empereur de Chine. Nous avons pu découvrir un peu de cette culture Dungan en allant voir leur mosquée ainsi qu’en goûtant le délicieux Ashlyanfu. Un régal ! C’est pourtant un plat des plus simples car il s’agit d’une soupe froide de nouilles, épices et piments qui se mange accompagné d’un pierochki, un beignet fourré à la pomme de terre. Et par chance, nous étions à Karakol alors qu’un festival Dungan prenait place dans le village d’à côté. C’était une occasion unique pour se baigner vraiment dans la culture locale. Les danses produites en costume traditionnel étaient un plaisir à regarder.

L'ashlyanfu, une spécialité dungan très appréciée des kirghizes
Le délicieux Ashlyanfu

Karakol nous a également retenu assez longtemps…. Parce qu’une pause pizza et bière fraîche, ça fait tout de même un grand bien après 3 jours de treks à manger des fruits secs, du pain et des barres énergétiques. Et c’est au Fat Cat Coffee que nous avons découvert cela, ils ont une sélection très sympa de bières, mais il y a aussi des thés, cafés glacés, pizzas, sandwichs…et d’autres touristes. Bref, pour couper un peu des plats locaux, boire un coup ou rencontrer d’autres voyageurs, c’est l’endroit idéal.

Nous sommes devenus tellement coutumiers de cette ville et de ses charmantes rues qui reflètent parfois des traces du passage russe que nous nous y sentions presque comme chez nous à la fin.

L'église orthodoxe en bois de Karakol au Kirghizistan
L’église orthodoxe de Karakol

 

La surprise de Kaji Sai

Notre dernier arrêt s’est fait sur la rive sud du lac Issyk Kul, à Kaji Saï, ville qui a ponctué notre séjour lacustre avec éclat. Nous nous y sommes rendus après avoir randonné vers Son Kul (un autre lac magnifique qui se prête à merveille aux randonnées équestres). Malheureusement, le Kirghizistan étant en pleine célébration religieuse (l’Aïd -El-Adha), nous avons dû nous prendre un taxi au lieu d’une mashroutka habituelle. On a rien contre les taxis si ce n’est que c’est amplement plus cher que les mashroutkas et pas vraiment dans le budget qu’on s’était donné. Résultat : ayant oublié de retirer avant de partir, et la ville de Kaji Saï n’étant pas équipée en distributeur, on s’est retrouvés avec 28€ pour trois nuits à se loger et deux jours à boire et manger (pour deux personnes donc). Ça a été un sacré défi pour nous, mais c’était aussi intéressant de pousser un peu nos limites.

Du coup, nous avons écumé la ville en quête d’une maison d’hôte ou d’une auberge abordable, et pour ce qui nous resterait d’argent, nous allions faire avec. Et c’est là que nous avons fait une de nos meilleures expériences et une de nos meilleures rencontres au Kirghizistan. Arrivés à ce qui semblait être le bout de la ville en remontant depuis la plage, nous sommes arrivés dans une maison d’hôte qui ne semblait pas spécialement bien entretenue. On s’est donc dit que cela ne pouvait pas être si cher que cela. Petit problème : personne sur place.

On est ressorti et là sur le chemin un type nous a abordé et nous a demandé ce que nous voulions. On lui a expliqué qu’on cherchait un endroit pour dormir, mais que nous n’avions pas un budget énorme (c’est le moins qu’on puisse dire). Sur ce, il nous a amené dans la maison d’à côté, un hôtel superbement tenu qui nous a fait saliver, mais nous savions malheureusement que nous n’en aurions pas les moyens. Il nous a dirigé vers ses amis, des ouzbeks qui insistèrent très cordialement pour que nous nous asseyons à leur table. Après leur avoir expliqué encore une fois la situation, on est parvenus à se comprendre à travers un mélange de russe et d’anglais.

Et là, le miracle : ils nous ont montré des chambres dans la maison d’hôte d’apparence mal entretenue à moins de 4€ la nuit par personne, chambres, qui, en plus d’être vraiment données, étaient tout à fait correctes. Cerise sur le gâteau : nous avions une salle de bain pour nous vu qu’il n’y avait personne d’autre et un accès direct au jardin. C’était simple, mais bien suffisant. Un peu plus tard, débarquait un type à l’air sympathique mais saoulé à la vodka : le propriétaire. Heureusement les ouzbeks se sont montrés charmants et nous ont aidé à louer la chambre en faisant office d’interprètes. Déjà que notre russe n’était pas formidable, mais alors parler à un type bourré… On a posé nos sacs, et là le propriétaire est venu nous voir pour nous montrer les lieux (pour la seconde fois, mais bon, lorsqu’on a bu on a souvent la mémoire courte) et gentiment nous expliquer que nous avions le droit de nous servir parmi les multiples fruits des arbres du jardin. Un jardin, qui, une fois son aspect peu entretenu dépassé, se révéla être une merveille : non seulement c’était plein de charme, mais en plus l’accès aux fruits agrémenta notre séjour de la meilleure des manières. Il y avait de tout, et nous nous sommes fait le meilleur petit-déjeuner de notre séjour au Kirghizistan : framboises, poires, tomates, pommes, raisin… Nous étions ravis : nous avions tenus notre budget, nous avions un accès illimité à des fruits frais (ce qui n’est pas forcément peu au Kirghizistan), et avions une terrasse dans un jardin charmant. Comme quoi le bonheur est fait de choses simples. Mais une autre surprise nous attendait.

Petit-déjeuner à base de fruits à coque et fruits frais cueillis dans le jardin
Notre meilleur petit-déjeuner dans toute sa simplicité

Une fois dessaoulé, le propriétaire est revenu vers nous, il s’est alors présenté, il s’appelait Yuri. Un nom typiquement russe, pour un type qui faisait effectivement russe (indice : la vodka). Et durant tout notre séjour, il s’est montré aux petits soins, il essayait de brièvement faire la conversation, nous demandait si nous allions bien, nous répétait que nous pouvions cueillir les fruits de son jardin, venait nettoyer notre chambre… En bref, il était l’hôte parfait sous ce déguisement plutôt repoussant de russe alcoolique. Comme quoi l’habit ne fait pas le moine. Nous garderons très certainement un regard nostalgique en pensant à Yuri, notre hôte plein de gentillesse. Toute cette gentillesse gratuite, que si peu d’entre nous donnons. Le pire dans tout cela, c’est que sur le moment même nous avions parfois un petit peu peur de son comportement insistant quand il était bourré. Pourtant, même lorsque ce fut le cas, il a été remarquablement gentil et attentionné.

Et parce qu’un heureux évènement n’arrive jamais seul, nous avons passé nos journées à nous prélasser à la plage, plage qui offrait une perspective des plus sublimes que nous ayons jamais vu : un premier plan de bleu dur du lac auquel succédaient derrière de basses montagnes rougeoyantes, elles-mêmes surmontées au loin par de hauts sommets gris et enneigés. Une merveille. Enfin, parce qu’il semble que ce séjour à Kaji Saï était placé sous le signe de la chance, nous avons eu droit à des couchers de soleil à tomber, le tout en dînant tranquillement sur la plage des menus aliments que notre budget nous autorisait.

Coucher de soleil à Kaji Sai, petit village prisé par les touristes russes sur la rive sud du lac Issyk Kul au Kirghizistan
Coucher de soleil à Kaji Sai

Et c’est ça que j’adore dans le voyage, cet inattendu, qui est toujours là à nous attendre au tournant, et à nous réserver les surprises les plus belles alors que ça paraît plutôt mal engagé. C’est là que se trouvent les plus beaux moments, juste après ce tournant.

Et pour continuer le voyage, nous nous sommes rendus dans le sud du Kirghizistan

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Kirghizes et touristes profitant de la plage de Tamchy au rive nord du lac Issyk Kul

 

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