Pourquoi je suis devenu végétarien

curry végétarien
Plat végétarien

L’actualité récente concernant le traitement des animaux n’est à mon avis pas tombée dans l’oreille de sourds. Et pourtant, en écrivant ces lignes, je ne cherche pas à faire écho à l’actualité concernant les abattoirs et autres lieux de barbarie. J’ai d’ailleurs commencé la rédaction de cet article avant que cela n’arrive dans la presse. Car de toute façon, ce n’est pas parce que les médias réagissent seulement maintenant que le problème n’existait pas avant ou n’existera pas après. Dans tous les cas, cela n’a pas dû vous laisser indifférent, alors pourquoi pas un éclairage sur la vie d’un végétarien ? C’est une espèce certes de plus en plus répandu, mais encore largement minoritaire.

D’abord dites vous bien que ce n’est pas un choix anodin, je ne me suis pas levé un jour  en me disant « eh tiens, si j’arrêtais de bouffer de la viande ? ». C’est un choix mûri, ça ne se décide pas sur un coup de tête. Et même si ça se décidait sur un coup de tête, ce serait de toute façon une très mauvaise idée, car sans préparation psychologique, c’est le meilleur moyen d’échouer et de revenir à un statut omnivore, voir plus radicalement très carnivore au bout de quelques semaines ou mois. C’est aussi pour cette raison qu’il faut y aller peu à peu et être sûr de son choix. Mais la question reste la même : comment et pourquoi en suis-je arrivé là ?

Comment ça a commencé

Tout a commencé (comme de nombreux changements qui sont intervenus dans ma vie, vous le verrez) en Asie. C’est la première fois que j’étais initié à l’idée de ne pas tuer d’animal. C’était un beau jour de ballade en charrette à Bagan (Myanmar), le charretier me faisait la conversation, et a notamment évoqué de nombreux aspects du Bouddhisme, dont un qui m’a paru alors très intéressant : le fait de ne pas avoir le droit de tuer ni humain, ni animal. Du moins, ne pas en avoir la volonté. C’est-à-dire qu’il est interdit de tuer un bœuf pour en consommer. En revanche, si vous marchez sans le faire exprès sur des fourmis, votre âme est alors sauve. On retrouve d’ailleurs si vous y songez, ces mêmes principes dans le droit : un acte volontaire est toujours plus fortement sanctionné qu’un acte involontaire, comme par exemple l’homicide justement. Sauf que dans le cas du droit romain en tout cas, les animaux ne sont pas concernés pour autant que je sache.
Ensuite, j’ai régulièrement été exposé à ce genre d’idées à travers mes lectures en ligne, et un jour, deuxième élément qui m’a mis sur la voie je pense : j’ai visionné une vidéo d’un moine Bouddhiste Français (il s’agit de Matthieu Ricard). Il évoquait principalement les raisons pour lesquelles il était végétarien et il se trouve que j’étais assez réceptifs à ses idées.  Il faut en effet être prêt à recevoir ce genre d’idée pour que cela soit un élément déclencheur. Car la plupart des gens se diront : « il a raison, c’est vrai, MAIS ». Ce fameux « mais » qui nous empêche de faire tant de choses.

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Matthieu Ricard, moine Bouddhiste et fervent défenseur des droits des animaux. Photo © Charles Platiau / Agence Reuters

Et là, ça fait « clic »

Bref, il a simplement expliqué que les animaux tués pour la consommation de leur chair souffraient tout autant qu’un être humain le pourrait. Que ce n’est pas parce que c’est un animal qu’il ne ressent rien. Il n’a certes pas le degré de conscience développé d’un être humain mais il souffre. Il sent la douleur. Tout autant que vous quand vous vous êtes coupés un doigt en faisant la cuisine ou cassé une jambe lors d’un accident de scooter. Aucune révélation donc, mais une évidence que l’on veut trop souvent nier ou minimiser car ça nous arrange bien. Restons dans notre zone de confort, privilégions le statut quo, sinon Dieu sait ce qu’il pourrait arriver ! 

Car je suis convaincu que nous sommes appelés à mieux, qu’il est du devoir de l’espèce humaine de s’élever. Lark East

J’aimerais ajouter un argument supplémentaire à celui de la souffrance animale, car si vous êtes un peu informés en biologie, vous saurez alors que les insectes ne ressentent pas la souffrance par exemple (c’est pour ça que quand on était gamins et qu’on « s’amusait » à arracher les pâtes d’une mouche ou autre, elle continuait sa petite bonhomme de vie sans ciller). Il est pour moi dur de concevoir que sous prétexte d’être l’espèce « supérieure » (j’insiste sur les guillemets) nous avons le droit de vie et de mort sur les autres espèces. D’où se permet-on ce jugement ? Alors oui nous avons une certaine maîtrise sur notre environnement, (et encore me direz vous, mais c’est un autre sujet), et nous avons un degré de conscience plus élevé jusqu’à preuve du contraire. Mais cela justifie-t-il de tuer ? Ce degré de conscience supérieur nous permet de réaliser que nous avons justement une conscience supérieure, et ainsi de prendre du recul et de ne pas nous enfermer dans une logique animalière. Cela nous permet de faire mieux que ce que nous faisons actuellement, car je suis convaincu que nous sommes appelés à mieux, qu’il est du devoir de l’espèce humaine de s’élever.

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Pourquoi c’est quand même difficile

Il est néanmoins difficile de renoncer à la viande et au poisson. Car pour moi aussi cela a été dur au début, il ne faut pas croire. La consommation de viande est en effet inscrite dans notre culture. Par opposition à ce qui nous vient de la nature. Ce qui est culture est inculqué par notre environnement, tandis que ce qui est nature est intrinsèque, génétique. Donc rien d’inné à la consommation carnivore. Songez-y, les hommes préhistoriques prenaient ce qu’ils trouvaient. Et ils n’avaient pas développé de réflexion sur la moralité de tuer un animal ou non, pyramide des besoins oblige. Tout comme on ne peut pas dire à des personnes sans-abris/pauvres de faire attention à l’environnement ! C’est ainsi. Or,dans une société contemporaine, ou la plupart (je dis bien la plupart) d’entre nous pouvons satisfaire nos besoins les plus primaires, une telle réflexion y trouve toute sa place. Alors, il est dur de se détacher de bonnes habitudes, il est vrai. Car manger de la viande, c’est dans notre culture, c’est notre éducation, c’est tout ce qu’on nous apprend ! Comme si il n’existait pas d’alternative. Comme si c’était « normal ». Vous allez me dire que ça l’est, mais essayez deux secondes de vous imaginer un monde sans consommation de viande. Est-ce que cela vous parait si dingue ? Si inapproprié ? Si utopique ? Que nenni ! Si ? C’est peut-être parce que cela fait 15 ans, 25 ou 50 ans que vous mangez de la viande. Imaginez un peu l’importance que cela a dans votre culture et donc vos habitudes. Même si la plupart des personnes ne mangent pas de la viande à chaque repas mais disons plutôt une fois par jour, (enfin de plus en plus seulement quelques fois par semaine pour des raisons de budget souvent) cela fait beaucoup. Et ce depuis le plus jeune âge ou presque. Les vieilles habitudes ont la vie dure.

 

Et le goût dans tout ça ?

Culture, habitudes me direz-vous mais et le goût ? Comment peut-on sacrifier toutes ces bonnes choses sur l’hôtel d’une soi-disant éthique supérieure ? Pour qui dois-je bien me prendre ? En tout cas pour personne de supérieur, croyez-moi. Pour preuve, je suis un bon vivant de la plus pure espèce. Le moment du repas a toujours été pour moi un moment privilégié. J’ai toujours adoré le goût de la charcuterie, d’un poulet rôti, d’une côte de porc grillée ou encore d’un rosbeef bien tendre. J’ai toujours aimé accompagner cela d’ un ou deux verre(s) de vin lors d’un repas en famille. J’ai toujours comme beaucoup de personnes eu une faiblesse pour les desserts chocolatés (ou vanillés ou que sais-je encore). Mais pourtant j’ai franchi le pas. Cela ne s’est naturellement pas fait du jour au lendemain. Mon envie de devenir végétarien a démarré il y a plus d’un an maintenant. Seulement justement à cette époque, le goût qu’offraient tous ces aliments pesaient encore bien trop lourd dans la balance pour moi. En effet, après tout le cheminement expliqué auparavant, l’idée avait enfin germé dans ma tête. Mais je n’étais pas encore prêt.

cotes de porc au barbecue
Côtes de porc au barbecue

Comment j’en suis tout de même arrivé là

Dès lors, comment ai-je pu en arriver là ? En fait, lorsque nous faisons ce genre de choix qui peut paraître cornélien (le goût de la viande ou la diminution de la souffrance animale) si vous êtes réceptifs à ce genre d’idées, nous ne pensons pas à ce que nous allons perdre. Ou plutôt si, mais nous décidons que c’est moins important. Car ce que nous sacrifions en faisant ce choix devient d’une importance toute relative en sachant ce qui compte réellement et en faisant une priorité. 

Se mettre des priorités, c’est une chose que j’apprends peu à peu à faire, car durant toute ma vie d’adolescent et de jeune adulte, j’ai toujours voulu tout faire, sans choisir, et donc sans rien sacrifier (car choisir c’est sacrifier ou plutôt « choisir c’est renoncer » comme dit le fameux dicton). J’ai tellement essayé de tout faire, que j’ai même partiellement réussi (je dis bien partiellement). Mais au sacrifice de certaines choses sans que je m’en aperçoive forcément. Car il y a toujours un sacrifice, même si nous n’en sommes pas conscient ou si nous ne voulons pas voir la vérité en face.

Si je n’avais pas appris à gérer mes priorités et à faire de vrais choix (et accepter les sacrifices qui vont avec), je n’aurais pas pu devenir végétarien. Un choix que j’assume pleinement. Je sais que je viens de parler beaucoup de sacrifice, mais c’est pour montrer que je suis pleinement conscient des difficultés qu’un tel choix peut représenter. Cependant je n’en reste pas moins fier et sûr de mon choix, car pour moi agir en direction d’une baisse de la souffrance animale prime sur certains de mes goûts alimentaires. Goûts qui d’ailleurs sont looooin d’être dénudés de saveurs ou de variété contrairement à ce que l’on pourrait imaginer. En devenant végétarien j’ai découvert tout un tas de nouveaux plats et de nouveaux goûts. Mais ça, ce serait l’objet d’un autre article 🙂

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Curry végétarien

 

Peu importe l’ampleur du sacrifice ; ce qui compte, c’est la grandeur du but que l’on s’assigneAnonyme

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