Voyager et être écolo, c’est possible ?

Chevaux au lac Song Kul au Kirghizistan

De nos jours, des pratiques de voyage éco-responsable ou d’écotourisme sont de plus en plus nombreuses à voir le jour. Symptôme d’une époque où il nous faut une demi année pour consommer toutes les ressources que la Terre renouvelle en un an, ce n’est pas étonnant de voir un tel boom.

Justement, en tant qu’écolo convaincu, je suis le premier à appliquer des gestes écolos en voyage et même à les vanter sur ce blog. Et c’est fort bien, j’en suis certain.

Mais est-ce suffisant ? Est-ce que voyager n’est pas plutôt de toute façon irresponsable vis à vis de l’environnement par nature ? Est-ce qu’on peut vraiment voyager et être écolo ? Pas si sûr.

 

Voyager n’est par nature pas écolo

Alors, évidemment, on pourrait rétorquer que de toute façon toute activité humaine sur cette bonne vieille planète a des répercussions négatives sur celle-ci. Et c’est vrai. Vous chargez votre smartphone ? C’est un peu plus d’énergie non renouvelable qui est utilisée. Vous cuisinez ? Pareil. A ce compte là, on peut aller loin et la liste n’en finirait plus.

Ceci dit, cela ne fait en réalité qu’éluder le sujet d’origine. Car on peut toujours généraliser. Et face à tous les gestes qui abîment un peu plus l’environnement en déduire que : “de toute façon ça ne changera rien”. Eh bien en fait si.

Le problème avec le voyage c’est qu’il fait partie des activités vraiment nocives pour l’environnement. En effet le tourisme (ce n’est pas nécessairement du voyage à mon goût, mais bon, on va simplifier) est à l’origine de 8% des émissions de gaz à effet de serre.

Stands de jus de fruit à Siem Reap
On pense souvent aux transports dans l’impact du voyage sur la planète, mais est-ce qu’on pense aux boui-bouis qui nous distribuent des verres et pailles en plastique et qui ne seraient peut-être pas là si ce n’est poour les touristes ? Voilà pourquoi en fait l’impact est supérieur à ce qu’on peut imaginer. Tous ces petites choses…

Ces gaz à effet de serre n’ont rien d’étonnant quand on songe rien qu’aux transports polluants qu’on utilise en voyageant : avion, train, bus, taxi… Pas un seul n’émet aucun gaz. Ah si, le vélo. Et lorsqu’on voyage, on en fait un usage particulièrement intense contrairement à lorsqu’on est chez soi ou lorsqu’on mène une vie plus sédentaire. 

Avion à l'aéroport de Zurich
L’avion est d’ailleurs un des pires moyens de transport lorsqu’on voyage

Pensons aussi aux hôtels ou aux guesthouses dans lesquels on va loger qui par rapport à un foyer classique consomment beaucoup plus d’énergie et laissent une marque négative bien plus importante sur la planète : machines continuelles de draps, climatisation, lampes (même à l’arrêt, tout cela consomme).

Chambre de guesthouse à SIem Reap au Cambodge
Ca a l’air de rien comme ça une simple chambre. Pourtant ça consomme, ça nécessite des lavages etc…

Et c’est sans compter ces bars et hôtels qui détruisent les littoraux pour s’y installer, ces activités peu respectueuses de la faune sauvage comme les balades à dos d’éléphant ou le jetski, toutes ces pailles qu’on jette à chaque ice coffee ou shake et bien d’autres encores…

 

Le voyage éco-responsable, une solution ?

Voyager écolo est un net progrès par rapport au voyage “classique”, c’est certain ! J’ai d’ailleurs écrit 3 articles à ce sujet : un sur l’équipement écolo pour voyager, un autre spécifique pour la trousse de toilette écolo et enfin à propos des gestes écolos en voyage

Pourquoi ? Parce que de nombreuses activités, gestes ou pratiques sont bien plus éco-respectueux comme par  exemple le fait d’utiliser une paille en bambou réutilisable ou prendre le bus à la place de l’avion.

Resto écolo à Siem Reap
Face à la demande de voyageurs de plus en plus nombreux, les restos s’adaptent et se mettent au vert ! Mais à quel point sont-ils verts ?

Mais ne voilons pas la face. L’éco-voyage ou toute forme de voyage “écolo” reste malheureusement aussi relativement nocif pour la Terre.

Par exemple, vous allez prendre le bus au lieux de l’avion. Formidable, moi-même je fais ça autant que possible. Malheureusement, l’impact du bus n’est pas neutre non plus. Tout cela c’est de l’énergie supplémentaire, de la pollution supplémentaire par rapport à si on restait chacun chez soi. Surtout vu le nombre de voyageurs croissants dans le monde, même tous écolos, ça reste un impact croissant sur la planète.

Bus de nuit
Voilà qui est bien mieux que de prendre l’avion ! Pour autant, est-ce que cela suffira à sauver la planète ?

On ne peut donc a priori pas dire que voyager et être écolo est entièrement possible, en tout cas pas avec notre façon de voyager actuelle.

Le voyage tout aussi écolo qu’il soit pourrait donc apparaître comme une pratique égoïste et irresponsable. Pourtant, une bonne partie des voyageurs sont des gens qui ont justement un minimum de conscience écolo. La preuve, les pratiques “éco-responsables” ont le vent en poupe.

Mais de cette manière le voyageur a tôt fait d’être traité d’hypocrite par un jugement hâtif. En effet, vouloir limiter sa pollution en prenant bus au lieu de l’avion pour voyager (et donc continuer à voyager), cela peut apparaître comme un moyen de s’acheter une conscience tout en se livrant à un plaisir hypocrite. En fait, ce n’est pas aussi simple.

 

Voyager donne une conscience écolo

A mon avis les voyageurs, enfin une partie d’entre eux, sont même plutôt l’inverse d’hypocrites ou d’inconscients.

Et ce pour la simple et bonne raison que le voyage vient souvent avec une prise de conscience sur le monde, notamment ses problèmes environnementaux. En effet, on ne voyage pas simplement pour le « plaisir » mais aussi pour s’ouvrir au monde, découvrir des cultures, voir la réalité de ses propres yeux, apprendre sur soi, les autres et le monde… Bref les raisons sont multiples.

En tout cas pour moi, voyager a été la source de mon réveil, ça m’a ouvert les yeux sur la planète et ce qu’elle endurait. Il n’y a qu’à voir la pollution en Asie du sud-est par exemple. Le voyage est donc source de prise de conscience écolo et il serait trop facile de caser les voyageurs dans la catégorie irresponsables ou faux écolos.

Déchets au Cambodge
Quand on voit ça, on ne peut pas vraiment rester insensible

Ainsi, voyager a en apparence tout d’une pratique un peu schizophrène ou du moins paradoxale. On voyage pour s’ouvrir au monde, pour prendre conscience de certaines choses dont les problèmes d’écologie. Pourtant en ce faisant, on participe de façon active à la détérioration de notre planète, même en pratiquant l’éco-voyage.

 

Alors, quelle est la solution ?

Du coup, doit-on renoncer au voyage quand on en vit ou lorsque c’est une passion ?

Je ne pense pas que quiconque doive renoncer à ce qui l’anime, à ce qui le fait vivre. Pour autant, face à la crise écologique actuelle, on ne peut pas fermer les yeux non plus, ce serait trop facile et irresponsable. Je pense qu’il faut qu’on apprenne, pour le voyage et pour bien d’autres choses à simplement agir de façon plus responsable, plus mesurée, et ne pas consommer sans réfléchir, laisser un minimum de traces sur son passage, se contenter de peu etc…

C’est pourquoi pratiquer “l’éco-voyage” autant que possible semble être un minimum. Et également voyager plus lentement ou moins loin par exemple. Voire même voyager moins. En fait je dirais même voyager moins, mais mieux ! 

Alors vous pourrez me dire que je viens donner des leçons alors que je fais un tour du monde, ce qui semble sacrément culotté vu ce qu’il faut de transports et autres activités pour un voyage de cette envergure ! C’est vrai je voyage sur deux continents différents pendant un an. C’est énorme. Mais c’est là où on revient à ce fameux paradoxe apparent : c’est grâce à ce voyage que j’ai réalisé que même en voyageant de façon éco-responsable j’avais tout de même un impact sur la planète.

Voilà pourquoi, avec le temps qui passe je souhaite chaque jour faire un peu plus attention à mon impact, ralentir autant que possible, et faire moins de voyages courts. Après il n’y a pas de règle, c’est à chacun de les fixer au fur et à mesure de sa prise de conscience. Car c’est bien là l’essentiel : prendre conscience pour mieux changer et s’adapter aux défis de notre époque.

Vous aimez mon article ? Épinglez-le !

Voyager et être écolo, c'est possible ?

 

2 commentaires

  1. Belle réflexion que je me fais souvent à moi-même ! Comme tu le dis, chaque moindre geste qu’on fait peut techniquement avoir un impact sur la Terre. Je me tiraille souvent l’esprit pendant mes voyages entre mon envie de limiter mon impact négatif sur la Terre et ne pas m’empêcher de vivre et de découvrir notre belle planète pour autant. Je ne pense pas que ce soit de l’égoïsme que de vouloir/aimer voyager. Mais effectivement, il est possible de le faire de façon moins négative en voyageant plus lentement, apportant son aide à des projets eco-responsables, et toutes les autres possibilités que tu as cité.
    Je pense qu’il est important de rester ouvert au monde et de s’ouvrir l’esprit et sa conscience pour mieux se rendre compte de la santé de notre planète. Ça permet aussi de voir comment d’autres pays font (ou ne font pas du tout…) face aux problèmes d’écologie et de protection de la planète et de s’en inspirer.
    En voyage, il m’arrive de ne pas aller voir un lieu naturel magnifique pour la simple et bonne raison que l’impact de l’afflux touristique et des compagnies de tourisme est trop important et dégrade/tue le lieu.

    En tout cas ce sujet est un vaste débat qui ne résulte pas sur une seule vérité mais de multiples et c’est bien que tu en parles ici pour alimenter la réflexion. ☺

    1. Oui je partage ta pensée Enora, notamment sur le fait de voir comment ils font dans d’autres pays. Maintenant dès que j’arrive dans un nouveau pays j’avoue que c’est devenu une obsession de voir si les rues sont propres, si on nous donne des sacs plastiques au supermarché, s’il y a des poubelles de tri etc… Et souvent on voit que la route est encore longue, mais c’est qui me donne encore plus envie de changer les choses en commençant par mes pratiques 🙂
      Tu as aussi raison sur le fait qu’il n’y a pas une seule vérité, c’est un sujet assez complexe, je voulais juste poser les bases et faire prendre conscience, après chacun a sa propre vision des choses 😉

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