Petit lexique de français Suisse

Suite à près de 3 ans passé en Suisse ou presque (je travaillais à Genève jusqu’alors mais résidais en France), je voulais vous livrer quelques mots qui pourront vous aider si vous souhaitez vous installer en Suisse ou simplement y faire du tourisme. 

Je ne traiterai que la Suisse romande (donc la partie ouest qui est francophone) car c’est là que j’étais.

 

  • Septante, huitante, nonante : cela paraît très bizarre pour un Français, cependant lorsqu’on y réfléchi un peu, c’est plus logique. On ne dit pas vingt-vingt ou trente-dix pour dire quarante, alors pourquoi soixante-dix ? Il doit y avoir une explication historique, mais il faut au moins admettre que la manière Suisse est plus cohérente. Attention par contre dans le canton de Genève on dit tout de même quatre-vingt… Du coup vous me direz, pour la cohérence on repassera.

 

  • Tout de bon ! : en Suisse on ne souhaite pas un joyeux anniversaire, ou une bonne continuation, non, on dit « tout de bon », c’est d’ailleurs un lexique partagé avec la Haute-Savoie. Cela vient à mon avis de l’influence germanique. En effet, en allemand on dit « Alles Gute » pour souhaiter un joyeux anniversaire, ce qui est la traduction littérale pour « tout de bon ».

 

  • Parquer : on vous demandera où vous êtes parqué pour savoir où vous êtes garé, encore une fois, je dois saluer la cohérence Suisse : normalement un garage est le lieu pour faire réparer sa voiture, voire en acheter une, pas pour la stationner (bien qu’elle stationne effectivement aussi dans un garage pour la réparation… d’où le lien j’imagine), et un parking le lieu pour la parquer. Logique donc.

 

  • Gentiment : bon a priori, ce mot, vous le connaissez. Sauf qu’en Suisse ça peut signifier autre chose. Le mot est effectivement utilisé pour dire par exemple que quelqu’un arrive tranquillement, sans précipitation. Ce qui est rigolo avec cette utilisation du mot je trouve, est le renforcement qu’il engendre du stéréotype (fondé ? 🙂 ) que nous avons à l’esprit du Suisse qui est plutôt lent dans ses actions. Je doute en effet que si vous allez à un rdv en France et qu’on vous demande où vous en êtes, vous alliez répondre que vous arrivez sans vous presser.

 

  • Service ! : c’est ce qu’un commerçant vous répondra par politesse lorsque vous le remercierez pour les renseignements qu’il vous a fourni par exemple. Plutôt que les classiques « je vous en prie » ou « de rien ». Quoiqu’on entende en France des « à votre service », mais c’est plutôt long, et nettement moins usité.

 

  • Natel : bon là je ne suis pas fan, car c’est un nom de marque… mais bon, il faut bien respecter les usages, car un langage reste un outil de communication, qu’on aime ou pas certains de ses mots. Pour en venir au mot en question, un natel est simplement un portable, un (téléphone) mobile. Mais Natel est à l’origine le nom du réseau mobile Suisse dont l’opérateur Swisscom possède désormais le nom de marque.

 

  • Une chiée : je ne l’ai remarqué que récemment mais c’est un mot utilisé en fait régulièrement pour évoquer « plein de », « tout un tas de » quelque chose. Au début j’étais, je dois le dire, un peu interloqué par cet usage, car cela reste un poil vulgaire à mon goût, mais pas choquant non plus. Peut-être les Suisses ne perçoivent-ils pas cela ainsi.

 

  • Sans autre : cela veut dire « sans chichi », sans se formaliser, de façon simple. 

 

  • Ça joue : alors cette expression est une des premières que j’ai entendue en Suisse et en Haute-Savoie y compris (que voulez-vous, les langues n’ont pas de frontières), j’étais un peu déconcerté au début, mais on s’y fait rapidement, car je trouve la signification assez logique. Cela veut simplement dire « ça marche » (ou tout autre variante, mais si je vous fais une liste, on en a pour un moment). D’ailleurs cette expression s’est taillée une place dans mon vocabulaire, on verra si cela reste une fois la Suisse quittée pour de bon.

 

  • Santé ! : vous allez me dire que vous connaissez, pas besoin d’aller en Suisse pour cela. Et bien si ! Car tout comme pour « gentiment », il y a un autre sens. Ce mot est à utiliser lorsque quelqu’un éternue, à la place de « à tes/vos souhaits » en France. Encore une fois, j’ai noté l’influence de l’idiome germanique, car en allemand on dit « Gesundheit! » lors d’un éternuement, ce qui est, une fois de plus, une traduction littérale.

 

  • Séance : jamais deux sans trois. Oui, encore un mot qui est utilisé en Suisse différemment qu’en France. En Suisse on n’est pas en réunion mais en séance. Le sens du mot en Suisse reste donc lié à celui en France, mais diffère tout de même.

 

  • Faites seulement : c’est une expression de politesse pour dire « je vous en prie ». Mais rien à voir avec le sens « de rien » puisqu’on retrouve une injonction dans les deux cas, indiquant à l’interlocuteur de procéder sans se gêner.

 

  • C’est tout bon : plutôt que de dire simplement « c’est bon », les Suisses, tout comme les hauts-savoyards disent « c’est tout bon », allez savoir pourquoi, peut-être qu’un simple « bon » n’était pas assez à leurs yeux. En tout cas j’ai chopé le virus et rajoute désormais depuis un moment un « tout » à tout ce qui est bon.

 

  • Maturité : encore un piège : cela n’a rien à voir avec la maturité d’un adolescent au sens où on l’entend en France (encore que, ça doit sûrement venir de là). Cela correspond tout simplement à l’équivalent du baccalauréat en France. Une fois de plus, c’est l’influence germanique qu’on ressent ici, car en allemand, le bac se dit « Matura ». Par contre, ce qui est intéressant, c’est que seulement les germanophones de Suisse ou d’Autriche disent Matura, en Allemagne c’est le mot « Abitur » qui vient remplacer la maturité.

 

Il y de nombreuses autres expressions ou mots à connaître pour comprendre et se faire comprendre en Suisse, mais je voulais juste lister ceux que j’ai entendu et/ou utilisés au quotidien. Si vous souhaitez compléter, de nombreux sites ont des listes plus longues (mais avec une simple traduction, sans explication), il suffit d’aller voir sur Google.

Bref, tout un monde la Suisse, l’apprentissage des particularités du français Suisse fût pour moi tantôt amusant, tantôt surprenant voire déconcertant. Dans tous les cas, il est toujours intéressant de remarquer par le biais de la langue les différences culturelles.

 

 

Connaître une langue à fond cela signifie connaître à fond le peuple qui la parle. Georg Christoph Lichtenberg

Comment on nous détourne de l’essentiel

Vous ne me direz pas le contraire : on est tous régulièrement allés faire un tour dans un magasin après avoir vu une publicité dans un magazine. De même, il nous arrive tous fréquemment de déconnecter notre cerveau en se connectant sur Facebook ou en regardant les sujets de fin de JT. Le rapport entre tout cela ? Notre attention a été détourné de l’essentiel, de ce qui compte vraiment dans notre vie, pour la porter sur des futilités, voir des stupidités.  

 

Mais tout d’abord, qu’est-ce que j’appelle “l’essentiel” ?

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L’essentiel pour moi et je pense au fond pour la majorité d’entre vous (je me permets donc de parler en notre nom) est le bien être intérieur, le bonheur, la sérénité et la liberté. Un état d’esprit rayonnant en somme. Cela passe souvent par une vie sentimentale épanouie, un cercle d’amis et une famille avec lesquels on peut passer du temps, une ou plusieurs passion(s) au centre de notre vie à laquelle on a tout le loisir de se consacrer et un corps en bonne santé. Ensuite il y a toutes les choses qui gravitent autour, je veux dire par là l’environnement plus étendu qu’au sens famille et amis : la (géo)politique, les droits de l’Homme, la société, la philosophie, l’écologie, l’économie.

Vous remarquerez que dans cet essentiel, je ne fais référence à aucun bien matériel, ni à la sécurité, ni aux divertissements.

Eléments pourtant ressassés en permanence dans la presse et les publicités.

 

Et en quoi sommes-nous détournés justement ?

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Nous sommes détournés comme dit au début de l’article par toutes sortes de communications, qu’elles soient publicitaires ou non. Par exemple, début juillet les médias ont adoré nous parler de la coupe d’Europe, oh que c’est intéressant ! Oh et c’est les vacances, que vont faire les juilletistes ? Pendant ce temps, la loi Travail (je n’entrerai pas dans le débat de pour ou contre même si vous vous doutez peut-être de mon opinion) rejetée par une majorité de la population d’après de nombreux sondages a été adoptée tranquillement et sans plus faire une seule vague dans les médias.

Vous voyez donc un peu en quoi nous sommes détournés. Et la mauvaise nouvelle c’est que c’est un phénomène qui a pris beaucoup d’ampleur avec l’essor des réseaux sociaux. Il y a de plus en plus d’articles très légers (fondamentalement je n’ai rien contre, mais quand il y en a autant, alors oui il faut s’inquiéter) et copiés d’un site à l’autre qui sont publiés. Les réseaux sociaux comme Facebook (pour ne citer que celui-là) permettent aussi à des publicités de passer pour des annonces non publicitaires ! Ainsi nous réalisons encore moins facilement que notre attention est détournée. On est au final sollicités de partout, par des choses plus inutiles les unes que les autres. La bonne nouvelle : vous pouvez tout de même y faire quelque chose.

 

Comment se recentrer sur l’essentiel

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Eh oui, c’est bien beau d’avoir détecté le problème, maintenant il s’agirait que je vous donne les tuyaux pour le résoudre. Pour se recentrer sur son bien être intérieur, sa famille, ses amis, sa santé et ses passions, il n’y a pas dix milles façons. Il faut tenter de se couper un minimum de ces divertissements (dans le sens originel du terme, donc « détournements », je ne dis pas qu’il ne faut pas s’amuser), essayer de s’écouter soi. Pour éviter les pubs, cela peut commencer par revendre sa télé (ou ne jamais en acheter), ne jamais prendre les catalogues des magasins, vous désabonner des newsletters, ou encore détourner votre regard des affiches publicitaires (bon là je dois bien reconnaitre, c’est pas forcément aisé). Concernant les médias, passez à la diète ! Je ne dis pas d’arrêter de vous renseigner ou d’être curieux bien entendu, mais de le faire de façon plus réfléchie. Essayez de cibler les articles ou médias qui vous intéressent vraiment et supprimez les autres, ne passez plus de temps à décortiquer un titre qui au final vous avait l’air plutôt stupide ou dénué d’intérêt.

Si vous mettez tout cela en place déjà, vous tenez le bon bout, car vous aurez fait du tri et cela vous permettra d’avoir une attitude plus proactive vis à vis des communications auxquels vous êtes exposés, plutôt que de vous laisser infliger des messages qui ne sont pas intéressants sans réagir. Mais pour réellement parvenir à vous concentrer sur l’essentiel, cela se passe en vous-même et non autour en réalité. Même si c’est effectivement votre environnement qui détourne votre attention, comme on l’a vu, il y a des éléments qui nous déconcentrent qu’on ne peut éviter. Alors il faut tout travailler intérieurement. Et se demander si l’information à laquelle nous sommes exposés est importante ou utile. En somme, demandez-vous “qu’est-ce que cela m’apporte ?” Vous verrez, la réponse est souvent négative. La seule chose à écouter inconditionnellement est celle-ci : votre cœur, vos intuitions, votre esprit au plus profond de lui-même sait ce que vous voulez. Cela peut paraître stupide dans un monde où la rationalité est le maître mot, mais pourtant vous verrez, c’est comme cela que vous vous élèverez au dessus de tout ça et vous rendrez heureux. On oublie tellement de s’écouter soi.

 

Ecoutez-vous !

Alors, vous vous êtes rendu compte de quelque chose ? J’en suis content. On ne paie pas toujours attention, on a tendance à se laisser aller et prendre ce qu’on nous propose sans même se poser la question de si cela nous va réellement ou non. Faut dire aussi qu’à force de se faire abrutir le cerveau par la télé et Facebook, ça devient plus dur de prendre du recul et de ne pas se laisser déconcentrer. Mais au fond de nous même, on sait très bien que ce n’est pas ce qu’on cherche, qu’on veut autre chose, qu’on veut mieux. Ça ne tient qu’à vous de vous concentrer sur votre désir profond, vos réels besoins enfouis au fond de vous même et ne pas vous laisser détourner par ces choses dont vous ne voulez pas en réalité.

 

« Panem et circenses »
Du pain et des jeux
et le peuple sera content,
il suivra aveuglément
les lois des seigneurs dieux.
Le peuple est-il content ?
Assurément,
il ne montre pas ses dents,
il aurait honte,
elles sont pourries.
Du pain il en a partout,
sous toutes ses formes,
pour tous les goûts.
Souvent même, il n’est plus à ses goûts
et il faut en faire des cendres
qui rempliront les déserts
au lieu de les nourrir.

Juvénal

 

P.S: dans le film Hunger Games, la nation s’appelle Panem. Ce mot tiré du latin signifie “pain”. Et que s’y passe-t-il ? Des Jeux. Ceci n’est pas du tout innocent, il faut lire entre les lignes 😉