C’est quoi un tour du monde ?

Mon tour du monde avec ma fiancée approchant à grand pas (on part début août), je commence à y penser de plus en plus après la retombée faisant suite à la grande décision. Et je me suis interrogé plus en profondeur qu’avant sur ce que cela signifiait exactement que faire un tour du monde (j’avais en effet déjà écrit un article à ce sujet).

J’ai réalisé qu’il y a plusieurs façons de voir un tour du monde. Et bien sûr il n’y en a qu’une de « valide » selon moi.

 

Ce que ça n’est pas

Ce n’est pas une course, une collection de pays sur une liste. Ca va peut-être vous faire rigoler, mais certaines personnes le voient comme cela. Dans son livre « L’homme qui voulait voir tous les pays du monde » André Brugiroux, un célèbre globe-trotter décrit la rencontre d’une jeune femme qui était fière d’annoncer le nombre de pays qu’elle avait « faits ». Déjà, je n’aime pas dire qu’on « fait » un pays. Enfin moi-même j’utilise encore couramment cette expression, mais je trouve cela totalement déplacé en réalité et cherche à m’éloigner de cette mauvaise habitude langagière. Parce que cette idée de « faire » un pays rejoint précisément l’idée d’une liste avec des choses à rayer. Le but étant d’en faire un maximum. Ridicule. On en oublie la saveur, on en oublie pourquoi on est là, à toujours courir après la prochaine destination, sans même avoir eu le temps d’ouvrir les yeux sur là où on était à l’instant. Pour preuve du ridicule, la jeune femme évoquée par Brugiroux passait seulement une poignée de jours par pays, afin de pouvoir ensuite prétendre être la plus jeune personne au monde à avoir « fait » autant de pays. Absurde.

coucher de soleil

Ce n’est pas un concours photo Instagram. Vous savez ce genre de photos qui rendent morts de jalousie tous les suiveurs d’un-e célèbre voyageur-se sur Instagram. Ce que vous ne savez pas c’est l’envers du décor. Les heures passées à choisir le lieu idéal, comment cadrer la photo, le filtre à utiliser, la tenue du protagoniste, la pose du protagoniste, etc etc. Ca n’en a pas l’air comme ça, mais c’est du boulot, et c’est loin d’être aussi détendu que la photo le laisserait suggérer. Et ce encore une fois, au détriment de l’instant présent, au détriment de la découverte réelle d’un pays, d’une culture et de bien d’autres choses. Je ne dis pas que prendre des photos est interdit ou stupide, loin s’en faut. Mais se faire bouffer par sa dépendance aux réseaux sociaux alors qu’on a la chance de pouvoir vraiment vivre quelque chose d’extraordinaire m’attriste au plus haut point. La situation diffère légèrement si c’est dans le cadre professionnel (les blogueurs et autres qui vivent de leur voyage), dans le sens où c’est leur gagne-pain et non une vulgaire addiction. Mais l’empiétement des réseaux sociaux sur la partie immersion, découverte et expérience du voyage a également lieu, certains nomades admettent d’ailleurs eux-même volontiers le tort que cela peut leur causer.

Ce n’est pas une année sabbatique et après tout s’arrête. J’ai même rédigé un article « Le voyage comme mode de vie, un rêve ? » pour illustrer mon anticonformisme à ce sujet. Le tour du monde c’est le début d’une nouvelle vie, pas une simple parenthèse avant de retrouver « la vraie vie ». En effet, qui a décidé pour moi ce qu’est la vraie vie ? C’est tout de même incroyable ça que de se laisser dicter ce qui est vrai ou non, chacun a assez d’esprit critique pour pouvoir juger pour soi. Ce n’est pas parce que voyager en permanence reste peu fréquent dans notre société qu’il relève pour autant du domaine de l’extraordinaire ou du surnaturel. Bien sûr que tout n’est pas faisable, mais de là à dire non avant même d’avoir essayer… Quel dommage.

 

Ce que c’est vraiment

voyage

Un tour du monde, qu’on l’entende par le fait de parcourir la circonférence de la terre ou par le fait d’en parcourir tous les pays, c’est d’abord et avant tout une expérience humaine. J’ai lu sur certains blogs ou pages Facebook de nomades que faire un tour du monde, c’est faire un tour de soi. Et je ne suis on ne peut plus d’accord avec cela. Ce n’est donc pas tant une rencontre des autres ou d’autres cultures que de soi-même (j’évoque la rencontre de l’autre et d’autres cultures dans mon article Pourquoi je vais faire le tour du monde ?)

Dans tous les cas, c’est bien cela que je chercherai lors du voyage. Découvrir mes limites, mes réactions face à des problèmes et des situations tant inattendus les uns que les autres, ouvrir mon esprit face à des choses que je n’aurais jamais imaginées dans mon confort quotidien. A cet égard, de façon générale, le voyage physique, l’acte de se déplacer est donc un voyage en soi-même. Apprendre à se découvrir, apprendre qui on est pour s’améliorer.

Il s’agit donc de se découvrir pour enfin réellement être soi. Car combien d’entre nous, moi compris jouons trop souvent des rôles ? Peur de blesser l’autre, peur d’être rejeté etc. Ce sont ces peurs souvent inconscientes, mises en exergue par la société qui nous donnent envie de rentrer dans le moule, faire partie d’un groupe, suivre la tendance etc. Dans une vie humaine c’est souvent : grandir, se rebeller, faire des études correctes, « s’assagir », trouver un boulot stable, rencontrer quelqu’un, devenir propriétaire, faire un enfant… attendre, mourir. Le problème il est là : « s’assagir ». Non pas que nous devrions rester d’éternels enfants ou adolescents. Mais nous ne devrions pas renoncer à nos rêves, nous devrions suivre nos intuitions infantiles. Car pour moi, un enfant, étant donné qu’il n’est pas encore formaté par la société est beaucoup plus spontané, il sait être lui-même, sans voile, sans faux-semblant ou attitude surfaite, il sait ce qu’il veut au fond de lui. Devenir adulte, au final, c’est savoir adapter ses envies à la « réalité » de la société. Mais c’est malheureusement souvent synonyme de sacrifice en réalité irrationnel et empêchant une personne d’être heureuse. Bien sûr qu’il faut être conscient de la société et de ses règles. Mais cela ne doit pas signifier sacrifier ses envies réelles puisées au fond de soi pour cela ni y cacher sa personnalité.

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La société nous amène à rentrer dans des cases bien souvent trop petites et ne permettant pas à un être de s’épanouir tranquillement. Il devrait y avoir autant de cases que d’êtres humains sur cette planète, ou même, pour pousser la logique jusqu’au bout, plus de cases du tout ! Car classer, c’est délimiter, délimiter c’est enfermer, emprisonner, et donc restreindre, diminuer et appauvrir. Certes, classer, nommer, catégoriser est d’une grande aide pour organiser la société et notre vision du monde. Mais cette manière de faire n’en reste pas moins une grossière approximation, capable d’ailleurs de conduire aux pires amalgames et préjugés irrespectueux de la singularité de chaque être.

 

Et partir autour du monde, se libérer de ce carcan, c’est à mon sens, pour moi, le meilleur moyen d’atteindre mon bonheur. Me rencontrer moi, libérer mon esprit de toute règle non formelle (donc règles qui ne sont pas la loi mais que nous respectons tout de même) et de cette façon m’épanouir.

 

Qui mieux que vous sait vos besoins ? Apprendre à se connaître est le premier des soins. Jean de La Fontaine

Pourquoi j’ai fait des « erreurs » de jeunesse…

… et comment je suis devenu adulte

 

La trentaine se profilant doucement, il m’est de plus en plus fréquent de faire des bilans sur ma vie et ma façon de percevoir les choses,  que ce soit ce que je veux faire dans la vie (je commence enfin à savoir), mes centres d’intérêts, mes loisirs, mes préoccupations, mon regard sur mon environnement, sur mes relations.

Et c’est là que je me dis : je suis ENFIN devenu un adulte. Il n’est pas trop tôt. A 27 ans bien passés.

De plus en plus souvent, il m’arrive de remonter dans mes souvenirs, parfois pas si lointains, et de voir que mes priorités et mes préoccupations ont bien changées. Car je ne vois plus les choses de la même manière. Tout à coup, sortir 5 fois par semaine m’est devenu absurde et impensable (comment faisais-je donc à l’époque ?). Claquer tout mon argent à peine gagné dans des sorties et des fringues aussi. Croire que ma voie est toute tracée aussi. Et ainsi de suite.

 

Un adolescent de 27 ans

Ces 10 dernières années ont vu de nombreux bouleversements dans ma vie. A 17 ans certains se croient sortis de l’adolescence, moi je nageais encore en plein dedans et n’étais certainement pas le seul, à en juger par le manque de maturité de notre jeunesse concernant certains éléments. Une envie de rester dans l’enfance face au monde morose que l’on nous a légué, peut-être, mais pas que.

D’un point de vue individuel, je sais que j’ai été idiot, de bien trop nombreuses fois, d’ailleurs ma famille et mes amis se sont souvent questionnés sur mes choix. Et pour cause : je sortais tous les jours de la semaine à l’exception du weekend, je dépensais l’intégralité des mes sous dans les soirées, parfois le shopping ou encore pire en me lançant dans un projet qui se révélait être une arnaque, je faisais des choses insensées pour mes petites amies alors qu’on venait de se mettre ensemble… Bref. Et la liste continue si je cherche bien. Et j’ai souvent eu du mal à assumer mes erreurs, tel un enfant à qui on aurait fait un reproche qu’il trouve fondé et qui, au lieu d’admettre sagement, se met à piquer une crise (sauf que la crise était intérieure en l’occurrence). Mais il faut tout de même à un moment se pardonner soi-même afin de pouvoir continuer à avancer, c’est essentiel. Le problème avec moi, c’est que j’ai parfois répété les mêmes erreurs. Donc lorsque je dis que j’étais idiot, ce n’est pas sans raison. Mais ça m’est passé et j’en suis heureux.

 

La toxicité c’est contagieux

Je pense m’être trop attaché à certaines personnes nocives pour mon évolution. Ce qui n’était pas fait pour arranger les choses et me pousser vers le haut et l’âge adulte. Heureusement je suis peu à peu parvenu à les écarter de ma vie, j’ai appris à sélectionner mes amitiés. Il faut savoir mettre dans ce cas les émotions de côté et mettre en évidence le mal que ces personnes vous font. Au risque de paraître cynique, mais l’inverse s’appellerait du masochisme. Dont j’ai été un adepte sans même le savoir.

C’est principalement ces personnes toxiques qui m’ont retenu d’évoluer plus rapidement. Depuis que je ne fréquente que des amis que j’aime vraiment et que j’ai trouvé la compagne de ma vie, les choses se sont nettement améliorées. Il y a certes toujours des problèmes, mais un chemin est toujours semé d’embûches.

Et puis personnes nocives ou non, j’en aurais fait des rencontres et vécu des choses qui aujourd’hui à défaut d’être exceptionnelles, ne sont pas non plus tout à fait banales. J’ai vécu aux Etats-Unis, en Autriche et maintenant en Suisse, et à chaque endroit, j’ai découvert de nouveaux lieux, de nouvelles coutumes, de nouvelles habitudes, de nouvelles personnes et leur culture.

D’ailleurs concernant l’influence des personnes, il ne s’agit pas nécessairement de mauvaise influence mais d’influence tout court, sans même que ça passe par ma case cerveau. Être influencé par son entourage est une chose des plus normales, mais se laisser bercer d’un côté ou de l’autre par cet entourage sans même le réaliser ni prendre du recul ou encore ni même prendre une décision active, c’en est une autre.

 

Mais pourquoi toujours vouloir tout faire ?

Autre phénomène qui m’a maintenu bloqué dans l’adolescence (du moins en partie) durant un moment, c’est l’envie permanente et infantile de ne rien vouloir rater. Alors j’ai essayé de tout faire. Surtout concernant les soirées et activités étudiantes. Du coup, je n’y trouvais pas toujours ma place ni mon compte. En effet, par peur de rater quelque chose, je me rendais à des évènements pour lesquels je n’avais pas toujours d’affinité particulière, mais il me semblait qu’il “fallait y être” ou en tout cas que je pourrais en tirer quelque chose (et bien souvent je surestimais ce quelque chose). Idée stupide, mais pourtant favorisée par cet “esprit étudiant” et de “rapprochement entre les étudiants”. C’est bien dommage, je ne comprends seulement que maintenant qu’il faut toujours faire un choix et par la même un sacrifice. C’est une perspective entièrement infantile que d’imaginer pouvoir tout faire sans renoncer à rien. Car on se concentre sur ce que l’on rate, créant ainsi un sentiment de frustration. Mais l’âge adulte permet normalement d’apprendre à gérer cela. J’en étais relativement incapable au début de ma vingtaine, ce qui m’a mené aux bêtises citées précédemment.

 

C’est aussi car j’aime trop de choses !

Il me faut aussi avouer que cela vient du fait que j’aime beaucoup de choses, ce n’est pas qu’une question d’éviter la frustration. Mes choix dans la vie, qu’ils soient minimes ou déterminants, ont souvent été difficiles, pour la simple et bonne raison que j’aime énormément de choses. Savoir ce que j’aime le plus dans tout ça a donc été assez difficile, car lorsqu’on a trop de choix, on finit aveuglé. Le cerveau finit embrouillé par cet embarras du choix, comme on aime dire. Et ma peur de manquer quoique ce soit n’a en plus rien arrangé. Voici une liste (non exhaustive) de sujets ou activités qui m’ont intéressé (ou m’intéressent toujours) et auxquelles j’ai déjà consacré du temps durant ma jeunesse : la mode, le luxe, le webmarketing, le marketing, les Etats-Unis, la programmation, l’oenologie, l’écriture, la création d’entreprise, la musique. Et puis il y a toutes ces activités auxquels j’ai consacré un peu de temps mais au final sans grande conviction : le yoga, la course à pied, le graphisme pour ne citer que ceux-là. Alors que j’avais l’impression que tout le monde était fan ou « spécialiste » de telle ou telle chose, moi j’avais constamment l’impression d’être le cul entre deux chaises et de n’appartenir à aucun monde. C’est une situation assez difficile, car la société cherche constamment à nous mettre dans des cases et à nous coller des étiquettes, voilà aussi pourquoi cela a été dur de mûrir et d’accepter qui je suis. Si on ne s’accepte pas, on ne peut pas trouver sa place. Même si elle n’existe pas comme c’est le cas pour moi, il faut se la créer. 

 

Alors comment j’ai fait ?

Désormais j’ai un cercle d’amis que j’aime vraiment, j’ai un travail intéressant et bien payé, je voyage régulièrement (Europe, Asie), j’ai une relation heureuse avec ma compagne, et je vais bientôt retourner vivre dans ma ville natale et continuer à voyager. Et tous ces choix, c’est moi qui les ai faits.

Ce qui est important pour devenir adulte c’est de savoir prioriser, savoir ce que l’on veut réellement réaliser, ou du moins réaliser en premier s’il semble inconcevable de renoncer à un projet. Il faut donc pour cela accepter l’idée de sacrifier quelque chose (si cela vous intéresse je parle d’un choix que j’ai fait récemment et impliquant un sacrifice assez important dans un autre article). Facile à dire me rétorquerez vous. Oui mais pas si difficile à faire non plus. Comme dit avant dans l’article, il ne faut pas se concentrer sur ce que l’on rate. Mais sur ce que l’on gagne. Cela permet de profiter pleinement du choix effectué, du moment présent (plutôt qu’être en constante projection de ce que l’on aurait pu faire) et donc de la vie. C’est aussi ça l’âge adulte.

Si quand bien même vous vous trouvez incapable de faire un choix parmi les activités ou sujets que vous jugez dignes d’intérêt, il faudra tout de même bien en faire passer en priorité chronologiquement ! En tout cas rassurez-vous, ce n’est pas un mal si peu commun, j’ai récemment visionné cette vidéo TED (en anglais mais possibilité de sous-titres en français) évoquant les personnes « multi-potentielles ». Ce sont des gens comme vous ou moi, qui sont incapables de se cantonner à une activité ou un sujet en particulier, estimant qu’il y a tellement de choses intéressantes dans ce monde à découvrir et essayer ! Ce n’est donc pas toujours une question d’être mature ou non, c’est aussi la personnalité de chacun.

Cependant, prioriser n’a pas été possible sans que j’apprenne à m’écouter moi (et pas seulement les autres). C’est ainsi que mes décisions sont devenues plus sages ces derniers temps. Ce qui ne veut pas dire que je ne subis plus l’influence de mes proches. Ma compagne m’influence d’ailleurs beaucoup et de manière positive. C’est une fille pleine de ressources, dans lesquelles je viens régulièrement puiser pour m’enrichir, m’ouvrir et m’améliorer. Ainsi l’extérieur peut aussi être source de bonnes influences. Mais cela n’empêche pas de s’écouter soi lorsqu’on prend une décision. Cela n’empêche pas que cette décision soit le fruit et d’éléments extérieurs intégrés et mûris dans son esprit et d’éléments intérieurs.

 

En un mot

Alors oui j’ai été stupide, naïf (d’ailleurs rien ne dit que je ne le suis plus :)), mais j’étais plein d’entrain et de bonne volonté et cela ça n’a pas changé. C’est même ce qui me caractérise. Seulement, maintenant je sais canaliser mon dynamisme et mes envies de 10 000 projets et rencontres. Voilà comment j’ai changé : j’ai su faire mes choix propres, dans tous les domaines où j’avais pour habitude de pêcher par manque d’assurance dans mes amitiés, et par sous-estimation de l’importance d’un choix.