Prenez votre temps

Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi vous n’avez le temps de rien faire ? Moi si.

Pourtant le temps, on en a ! Et même bien plus qu’avant. En effet, au 19ème siècle encore, on pratiquait la journée de travail de 14h couramment, on n’avait aucun congé payé, on se déplaçait à pieds ou à cheval, sans compter que beaucoup de choses devaient se faire en se déplaçant (rendez-vous, tâches administratives etc.) Aujourd’hui, on travaille environ 8h par jour, on a 5 semaines de congés payés par an, on traverse le monde en avion, les pays en train ou en voiture, on peut se voir sans se déplacer grâce aux nouvelles technologies…

Comment cela se fait-il donc que nous ayons cette impression, de ne jamais pouvoir dégager suffisamment de temps pour faire tout ce que l’on souhaite ?

En fait, pour avoir le temps, encore faudrait-il le prendre.

 

 

Le temps, ce n’est pas des maths

Le problème dans tout cela n’est en fait pas mathématique. Mais on nous a appris à le gérer comme tel. En effet, au travail, on se doit d’être efficace, alors on prend des habitudes. Puis notre société et l’éducation qu’on nous donne nous pousse toujours à cela, pour nos loisirs y compris. A raisonner en comptant tout, comme si le temps passé à faire des choses qu’on aime devait être efficace et rentable. Comme si tout se comptabilisait, comme si toutes les activités et occupations se valaient, et que le seul critère qui nous décidait à les faire ou non était le temps qu’elles nous prennent. Dramatique, mais c’est pourtant le point où nous sommes arrivés. Logique après tout, dans un monde dominé par l’économie capitaliste, où tout se compte et se calcule.

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Tout ne se vaut pas

Mais c’est une erreur grossière de jugement. Tout n’est pas réductible à de simples chiffres. Ça se saurait (ou pas, apparemment). Est-ce que vous attribuez une valeur au temps passé avec votre famille ou vos amis ? Non. Est-ce que vous attribuez une valeur à une balade en forêt ? Non. Est-ce que vous attribuez une valeur à un lever de soleil ? Non. C’est bien la preuve qu’on ne peut pas tout réduire à sa durée dans votre emploi du temps, ni à une valeur financière (l’un ayant souvent pour équivalent l’autre), ni encore à une utilité comptabilisable. Vous vous imaginez dire « j’ai vu des amis l’autre jour, mais ça a duré longtemps, ce n’était pas très efficace, j’ai perdu trop de temps » ?

Nous revoilà donc à ma phrase précédente : pour avoir le temps, il faut le prendre. Il faut sortir de cette logique de tout comptabiliser, calculer et chiffrer. Ca marche bien pour l’économie, mais tout n’est pas économie, richesse matérielle et argent ! (c’est normal, économie signifie « mesure de l’environnement »)

 

Arrêtez de remplir votre agenda, profitez !

En effet, nous passons notre temps à courir d’une activité à une autre, comme si le but ici était de simplement « remplir » le temps sans le prendre (encore une fois). Comme si dès qu’on se lançait dans quelque chose, on était tout de suite dans l’expectative de ce qui viendrait après. Tout cela sans prendre le temps de savourer, de prendre part réellement à ce que l’on fait.

La prochaine fois que vous ferez une activité que vous appréciez, éloignez montre, téléphone et tout appareil susceptible de vous déconcentrer en vous faisant compter le temps passé. Vous apprécierez ce moment d’autant plus. Et ne me dites pas : mais prendre mon temps ne me donnera pas plus de temps ! Non mais de toute façon le temps est limité, vous ne pourrez toujours faire qu’un certain nombre d’activités par jour, par mois ou par an. Mais encore une fois, le but n’est pas d’intercaler de plus en plus d’occupations dans chaque espace de temps « libre »: plus vous êtes « occupé », moins vous êtes libre. Avez-vous sincèrement l’impression d’être libre enchaîné au calendrier de votre smartphone ? Vous sentez-vous plus heureux ? Tout ne se vaut pas. Arrêtez de compter, et revoyez vos priorités.

 

Pour comprendre l’intérêt de revoir vos priorités, je vous conseille l’article « Pourquoi j’ai fait des « erreurs » de jeunesse » 😉

 

Ce qui remplit votre temps n’est pas forcément ce qui comble votre vie. Gilles Legardinier

Ça veut dire quoi être civilisé ?

L’autre jour j’écoutais attentivement une conférence d’Alain Badiou, un philosophe marxiste renommé. Mais ce n’est pourtant pas de théorie économique que je souhaite vous parler ici, mais de civilisation (enfin, les deux sont liés). Car c’est un mot qui revenait régulièrement dans son discours sur les meurtres de masse et comment le capitalisme explique ces comportements (bon c’est une théorie holistique à laquelle bien sûr personne n’est obligé de se raccorder). D’ailleurs, mon questionnement a démarré même avant de visionner cette vidéo. Souvent, lorsque j’entends parler de civilisation, ça fait tilt dans mon cerveau. Tilt parce que nous nous caractérisons comme civilisés, mais sans définir ce que l’on met-on derrière. Sans aller jusqu’à des propos catastrophiques, il est pourtant clair que la race humaine, particulièrement ceux qui la dirigent (donc les puissances occidentales) se met elle-même en grand danger. Et ce, avec un aveuglement qui semble sans limite.

Par civilisé, on entend souvent le fait d’appartenir à une société développée économiquement, techniquement, culturellement et intellectuellement. C’est sur ces deux derniers critères que le bas blesse.

 

Développé culturellement ?

Dans nos sociétés occidentales prétendument civilisés et bien trop souvent ethnocentristes, un discours revient fréquemment. Et il est le suivant : les papous de Nouvelle-Guinée (c’est un exemple) seraient des barbares avec leurs coutumes, qui, parce qu’elles sont différentes, sont estimées comme inférieures, primaires ou que sais-je encore ? Juger ainsi, c’est faire preuve de l’ethnocentrisme le plus affreux. Tout cela parce que cette civilisation ou d’autres encore suivent de nombreux rituels et traditions que nous avons laissé tombé depuis belle lurette. Ce ne sont certes pas les même traditions ni coutumes, mais en quoi pouvons-nous nous juger supérieurs ? Voyons, prenons un peu de recul. Pourquoi y aurait-il donc une hiérarchie ? Et qui sommes-nous pour juger ?

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De plus, si de nombreux rituels et superstitions sont tombés en désuétude dans l’occident, c’est en grande partie à cause de l’invasion du capitalisme dans les moindre recoins de notre « civilisation ». Un exemple très probant : le cinéma américain. Vous voyez de quoi je parle. Tous ces blockbusters qui ont le même script parce que c’est ce qui marche pour faire des recettes. Un autre exemple bien pire : les chaînes de fast food, dont une tout particulièrement que je ne citerai pas. Manger partout la même chose, quelle merveilleuse idée !! Voilà comment on efface peu à peu les identités et cultures des peuples pour n’en faire qu’une, regroupant ses disciples sous le drapeau consumériste.

Attention, je ne suis pas en train de faire l’apologie de l’extrême droite, qui n’a toujours pas compris qu’une identité évolue et que c’est sain qu’elle le fasse, mais ce qui est triste c’est l’uniformité dans laquelle nous baignons de plus en plus. Il est bon que les peuples et traditions se mélangent ! Cela créé de nouveaux us et coutumes, enrichissant ainsi un peuple comme l’autre. Mais il est effrayant de se dire que tout devienne une purée uniforme et sans goût.

 

Développé intellectuellement ?

Parce que nous écrivons, parce que nous faisons de la recherche, parce que l’information est bien diffusée, nous pensons être « au-dessus » intellectuellement. Au-dessus de quoi ? Bien entendu, toujours des mêmes civilisations soi-disant non avancées.

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Nous avons un accès hyper facilité à l’information d’une part grâce à la technologie, d’autre part grâce à nos formes d’état « démocratiques ». Si si, cela mérite des guillemets, car nous ne sommes pas en démocratie mais en Etat de droit. Cependant, l’information, bien que manipulée à tout bout de champs est très accessible dans son ensemble. C’est également parce que l’éducation est bonne (bien que de moins en moins), parce que la presse n’est pas trop censurée etc.

Et bien malgré cela, il y a un consensus scientifique autour duquel nous sommes en train de créer les conditions de notre propre disparation. On dit pour parler des milieux mafieux que l’argent n’a pas d’odeur. Je dirais plutôt au sujet du système capitaliste que l’argent n’a pas d’yeux. Effectivement, comment la recherche du profit à court terme (au maximum un an dans les projections des entreprises) pourrait être compatible avec la préservation d’un environnement vieux de plusieurs milliards d’années d’évolution ? Bien sûr que cela modifie la donne. Et bien sûr que ces deux vecteurs du changement (l’évolution naturelle et la recherche du profit à court terme) ne sont pas toujours compatibles. J’ai un ami libéral qui me dit souvent « mais si, il faut laisser faire les entreprises, et ne pas leur mettre des bâtons dans les roues, elles se préoccuperont d’elles-même de l’environnement s’il y a une demande des consommateurs ». Déjà premier point, si les consommateurs n’étaient pas un minimum éduqués, cela voudraient dire qu’on s’en moquerait éperdument de la planète, super. Ensuite, quand bien même les entreprises se mettraient au vert, elles le font d’ailleurs de plus en plus, c’est toujours avec comme but ultime le profit à court terme, pas de sauver la planète. On peut me rétorquer que le premier amènera le second, que ce n’est qu’un moyen. Oui, sauf que justement ce moyen jusqu’à présent il n’a produit que l’inverse de son but. Pour preuve par exemple, les traités internationaux facilitant les échanges commerciaux entre les pays. On importe des marchandises du monde entier, polluant énormément sur le trajet de retour et polluant aussi les pays où nous les produisons et réduisant ce faisant à l’état d’esclaves de nombreux travailleurs. De plus, quand une entreprise aujourd’hui produit « vert » c’est bien souvent du green washing, c’est-à-dire : l’acte de transmettre au public des informations qui sont – dans le fond et dans leur forme – une présentation déformée des faits et de la vérité, dans le but d’apparaître socialement et/ou environnementalement responsable aux yeux d’un public ciblé. Et pour quoi ? Pour vendre, pas pour sauver la planète donc.

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Il y a ainsi une fracture dans le changement climatique dû à l’action de l’homme, perverti par son argent (oh oui ça paraît simpliste comme discours, mais en même-temps, allez prétendre l’inverse), tourné sur lui-même et son potentiel gain à court terme, alors que son environnement comme son nom l’indique, n’autorise pas les pratiques individualistes et égocentriques. Nous avons perdu une vision d’ensemble. D’où le résultat que l’on connait : en 20 ans, nous aurons accompli un réchauffement qui a normalement lieu en 20 000 ans. Et par notre arrogance de sociétés « civilisées » intellectuellement parlant, par notre incapacité à remettre en cause le paradigme capitaliste, désigné à longueur de journée comme système sans alternative viable, s’érigeant ainsi quasiment comme un axiome de nos sociétés, nous approchons à grande vitesse du point de non retour. Mais enfin peu importe, les actionnaires ont des dividendes en augmentation ce trimestre ! Tout va bien alors 🙂

 

Et je ne parle même pas de notre mentalité belliqueuse et cupide qui nous pousse à aller massacrer des innocents en Syrie (par exemple) pour s’accaparer des ressources, ou encore de la montée de l’extrême droite en Europe qui prône la discrimination d’une partie de la population comme s’ils étaient moins qu’humains… La liste est longue, mais je pense avoir fait mon point.

 

Alors, l’occident, civilisé ?

 

Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Aimé Césaire

Mes 7 citations préférées

Ce sont mes préférées car elles reflètent ma pensée à l’heure actuelle. Je les ai regroupées sous cinq libellés : oser, voyage, nature/culture, spiritualité, et mode de vie.

 

Oser

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« Lorsque tu fais quelque chose, sache que tu auras contre toi, ceux qui voudraient faire la même chose, ceux qui voulaient le contraire, et l’immense majorité de ceux qui ne voulaient rien faire » Confucius

Cette phrase a le mérite ô combien important et nécessaire de prévenir ceux qui entreprennent quelque chose, qu’ils n’auront pas tant à faire face à leur détracteurs qu’aux personnes qui sont en accord avec eux mais entretenant une jalousie éhontée (qui reflète en réalité la culpabilité non avouée de ne pas l’avoir fait soi-même) ni qu’à ceux, ô combien nombreux, qui restent passifs mais aiment à critiquer. On peut d’ailleurs facilement observer ces derniers sur les réseaux sociaux (moi y compris, cela m’arrive je l’admets), où la critique a été rendue tellement aisée caché derrière son écran. Il y ensuite bien sûr ceux qui critiquent mais agissent, mais ce serait là encore un autre débat. Comme quoi lorsqu’on fait quelque chose, l’adversité ne vient pas que du « camp adverse ». Un proverbe perse résume d’ailleurs l’affaire ainsi : « On ne jette des pierres qu’à l’arbre qui porte des fruits ». Mon but n’est pas de vous décourager, mais ne dit-on pas qu’un homme averti en vaut deux ?

 

« Quoique tu rêves d’entreprendre, commence-le. L’audace a du génie, du pouvoir, de la magie. » Goethe

Celle-ci est difficile à appréhender, dans le sens où elle ne peut l’être que si on a au moins une fois, de façon plus ou moins intense, vécu, ou (pré)senti ce dont il est question. Je l’adore, car elle va à l’encontre du fatalisme, à l’encontre des prises de têtes et des excuses qu’on se donne souvent pour ne pas avoir à agir. Excuses qui sont là pour masquer notre peur. Goethe cherche donc à pousser les gens à agir et braver leurs peurs en relatant une expérience propre. Cela peut paraître sorti de nul part et irréaliste mais Goethe n’assure pas de résultat à toute entreprise, il n’assure pas que tout va être servi sur un plateau d’argent, non, il accorde simplement du génie, du pouvoir et de la magie à l’audace (ce qui, soit dit en passant, est déjà bien). En somme, il faut accomplir le premier pas, pour que beaucoup de choses se dénouent dans l’esprit. Choses qui restent nouées dans un esprit accaparé par la peur.

 

 

Voyage

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« Don’t tell me how educated you are, tell me how much you travelled. » Mohamed

A mon sens, le voyage ici n’est pas nécessairement à prendre au sens strict du terme mais peut l’être pris dans un sens plus large incluant l’expérience d’un individu en général, son expérience de vie. Car comme j’aime à le dire, la vie est un voyage. Ce que veut dire Mahomet ici est que les voyages d’une personne en dit bien plus que son éducation car le voyage forge bien plus que l’éducation. Enfin, c’est mon interprétation personnelle, mais je dois dire qu’elle s’est vérifiée pour mon cas comme je l’explique dans mon article Pourquoi 2 mois de voyage m’ont plus changé que 10 ans d’école. 10 ans d’éducation qui ont quasiment éclaté en deux mois de voyage…

 

Nature/culture

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« Nous sommes frères par la nature, mais étrangers par l’éducation. » Confucius

Confucius, par cette phrase de génie résume tout. L’humain est un et multiple. Oui la personne qui habite à l’autre du monde, parle différemment, mange différemment, pense différemment est mon frère. Oui nous le sommes tous, et non ce ne sont pas des balivernes de hippie déluré. Bien sûr que nous le sommes. Si l’éducation ne nous avait pas tant différenciés et n’avait pas mis ces barrières culturelles entre nous, nous sentirions-nous si différents ? J’en doute. Je ne dis pas qu’il faut abolir les différences, elles sont au contraire une richesse, mais il faut savoir aller au delà de cette barrière culturelle et nous rappeler qui nous sommes au fond de nous, sans ajout, sans culture. Il est vrai que discuter avec l’étranger se révèle parfois difficile, les quiproquos sont monnaie courante tant nos expériences différentes nous éloignent, car comme dit Lao Tseu : « L’expérience n’est une lumière qui n’éclaire que soi-même ». Ayant compris ceci, nous nous devons d’être plus tolérants à l’égard de cet étranger qui est aussi notre frère, et qui, ne l’oublions pas, est fait de la même chair.

 

Spiritualité

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« Le confort est une prison pour l’esprit, il affaiblit la chair et prive l’âme de son ardeur guerrière et de sa détermination. » Graham McNeill

Je trouve cette phrase fort bien dite, il n’en demeure pas moins, et je le concède volontiers, que je suis loin de vivre dans le dépouillement. Je ne vis pas non plus dans le luxe, certes. Je pense être d’ailleurs dans la moyenne, à l’exception que depuis plus d’un an maintenant, je consomme beaucoup moins et trie le superflu pour essayer de ne garder que l’utile et l’agréable, et me passer du reste. Je reviens sur ma démarche minimaliste plus longuement dans mon article Pourquoi je veux devenir minimaliste ? Car McNeill a bien raison, il est d’ailleurs dans la digne lignée de Thoreau : le confort matériel, l’encombrement d’une foule d’objets toujours plus nombreux, sensés soulagés nos maux, ne font qu’alourdir l’esprit et l’embourber jusqu’à l’impotence. Car n’osant se séparer d’eux par peur de le regretter, on les conserve tels des boulets à traîner à chaque pas. Quant à affaiblir la chair, cela paraît bien évident, ce n’est pas en restant assis sur son canapé que nos muscles s’entraînent à quoique ce soit, perdant ainsi peu à peu leur vigueur. La dernière partie sur l’âme est plus délicate à appréhender, mais je l’interprète ainsi : l’âme est l’intuition, l’envie. En-vie : il n’y a simplement pas plus puissant dans l’être humain que cette en-vie de vie. Ainsi elle est bien dotée de détermination et d’ardeur guerrière. Seulement peut-elle conserver ses qualités en étant claquemurée dans le confort ? Difficilement, car le confort ne fait que fermer des portes de l’univers auquel l’âme appelle à s’ouvrir. Bien qu’il ne faille pas nécessairement prendre cette citation au pied la lettre, c’est-à-dire se priver de tout confort, je pense que le principe est à retenir, car notre société actuelle a tendance à aller dans l’extrême inverse.

 

“La seule façon d’accomplir est d’être.” Lao Tseu

C’est on ne peut plus clair : ne cherchez pas dans un ailleurs imaginaire figuré tant dans votre esprit que dans les images envoyées par la société une façon d’accomplir, ne cherchez pas à atteindre un but, à vous rendre heureux par des biais purement matériels (c’est-à-dire par l’avoir). Ceux-ci sont juste des outils pour atteindre l’accomplissement, mais sans l’être ils ne sont rien. Sans même aller chercher un but lointain (tant dans le temps que l’espace), la seule façon d’accomplir et donc à mon sens de s’accomplir, d’être heureux immédiatement c’est d’être, de se ressentir, de vivre une forme de pleine conscience du moment présent et de tout ce qu’il a à apporter. J’en parle en détail dans mon article « Comment j’ai découvert la source du bonheur« .

 

Mode de vie

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« Passer ainsi presque toute sa vie à la gagner pour jouir d’une liberté douteuse durant la partie la moins précieuse de son existence » Henry David Thoreau

Cette phrase piquée dans Walden résume très bien nos vies au XXIème siècle : nous sacrifions nos plus belles années, celles dont sommes le plus à même de jouir à nous écorcher pour gagner durement de quoi se loger, se nourrir et mettre de côté pour nos vieux jours… Pendant lesquels nous n’aurons tout de même plus la même force mentale ni physique. J’ai bien conscience que bon nombre de personnes ne peuvent s’offrir le luxe de travailler moins à cause du système et doivent travailler plus que 40h par semaine pour payer le loyer. Mais pour les autres, ceux qui s’en sortent bien, à quoi bon toujours plus d’argent, si vous ne vous laissez que si peu de temps ou un temps si éloigné et de peu de valeur (la retraite) pour en profiter ? Ce rythme métro-boulot-dodo est en effet malsain pour la santé mentale et physique. Moins travailler permettrait d’éviter cet écueil et de mieux vivre sa vieillesse. Et accessoirement de profiter de sa jeunesse. Aussi vrai soit-il qu’il faut être un minimum prévoyant, comment peut-on perdre de vue que nous n’avons qu’une vie, et qu’à 70 ans, nous n’en profiterons certainement pas de la même façon qu’à 30 ? 

Pourquoi 2 mois de voyage m’ont plus changé que 10 ans d’école

 

Comment cela est-il possible ? 2 mois contre 10 ans, je ne dois sûrement pas être sérieux. Et pourtant si. Même si vous n’avez pas vécu ce que j’ai vécu, vous savez tout de même bien que l’école est faite pour vous faire rentrer dans un moule : trouver un job, vous marier, faire des enfants et acheter une maison. On vous donne des informations en prétendant vous ouvrir l’esprit (parfois), mais quelles informations vous donne-t-on au juste ?

Quand on voyage au contraire, on est exposés à toutes sortes de nouvelles informations aussi diverses que surprenantes ! Par voyager je veux dire partir de chez soi et aller découvrir des cultures différentes. Pour moi, rester en hôtel de luxe (en mettant qu’on en ait les moyens) en passant 2 semaines allongé à la plage aussi lointaine soit-elle, ce n’est pas voyager, mais se déplacer ! C’est ne pas rencontrer les autochtones, ne pas découvrir la culture locale mais rester dans un cadre finalement semblable à celui de chez nous.

Celui qui voyage sans rencontrer l’autre ne voyage pas, il se déplace. Alexandra David-Neel

Vestiges de temples à Sagaing,Myanmar
Vestiges de temples à Sagaing (près de Mandalay), Myanmar (ex-Birmanie), été 2014

Mais je n’ai toujours pas répondu à la question, ça vient, ne vous inquiétez pas ! (une définition des termes s’imposait)

J’ai fait un parcours assez classique, passé un bac ES, ne savait pas trop quoi faire alors j’ai fait un DUT techniques de commercialisation, car pour moi ça reste dans la lignée du bac ES et avait l’air assez intéressant. Puis mes parents m’ont poussé à continuer et passer des concours d’école de commerce alors que j’étais plutôt chaud pour entrer dans la vie active. J’ai donc fait une école de commerce tout à fait correcte, mais pas dans les premières du classement par contre. Peu importe, je n’aurais jamais réussi dans une des premières du classement de toutes façons. Pour être honnête, je n’ai jamais été un de ces bûcheurs qui finissent toujours dans les premiers de la classe, mais j’étais également loin d’être dans les derniers. Je faisais le minimum et obtenais toujours des notes correctes. Non pas que les cours n’étaient pas intéressants, j’étais totalement absorbé par certains. Mais je n’ai jamais eu l’envie ni vu la nécessité d’en faire plus. Et pourtant, je ne peux nier que l’école a toujours eu une certaine emprise sur moi, les professeurs qui savaient se faire respecter/écouter ont toujours eu une petite place dans mon esprit. Et puis à un âge pareil, l’esprit est encore assez malléable. J’étais donc tranquillement et imperceptiblement préparé à mon avenir, à faire tout ce que tout le monde doit faire. J’ai été conditionné du début jusqu’à la fin de ma scolarité plus ou moins dans le même but.

Comment peut-on prendre pour argent comptant des phrases écrites dans un livre par quelqu’un que je ne connaissais même pas ?

Durant cette scolarité, j’ai bien souvent été exposé à des idées différentes, parfois à des idées qui me ressemblaient et auxquelles je m’identifiais. Pourquoi changer alors ? Et quand bien même ces idées étaient nouvelles, étaient-elles si différentes des miennes ? Pas vraiment. Et même si c’était le cas, comment aurais-je pu être touché par quelque chose écrit dans un manuel scolaire ? Même en étant ouvert d’esprit, comment peut-on prendre pour argent comptant des phrases écrites dans un livre par quelqu’un que je ne connaissais même pas ?

Au final, je n’ai rien découvert qui m’ait transformé, j’ai certes appris bien des choses, mais oublié la plupart, suis resté dans l’ensemble fidèle à moi même et constant dans les attentes que la société avait de moi. Je ne dis pas que l’éducation n’a eu aucun effet sur moi, ce n’est pas mon propos. Simplement, ce n’est pas ça dans ma vie qui m’a changé, qui m’a réellement apporté, ouvert l’esprit et enrichi. Je suis resté bien sagement dans le moule qu’on m’avait destiné.

Trekking Kalaw - Lac Inle
Trekking entre Kalaw et le lac Inle, Myanmar (ex-Birmanie), été 2014

Maintenant, vous commencez peut-être à percevoir en quoi le voyage et découvrir le monde est bien plus enclin à changer quelqu’un. Toujours pas ? Alors laissez-moi développer un peu.

Mon premier « vrai » voyage était en 2014, en Asie du sud-est. J’avais certes vécu près d’un an aux Etats-Unis auparavant, mais je n’avais pas vraiment voyagé. Là je suis parti avec ma fiancée pour 2 mois complets à l’autre bout du monde. Ce furent 2 mois de rêve, j’étais heureux comme un prince mais pour la première fois je n’étais pas chez moi. J’étais dans un lieu si différent de ceux que j’avais l’habitude de côtoyer. Chaque jour allait être une surprise, une nouvelle expérience, de nouveaux endroits, de nouvelles personnes, de nouvelles rencontres, de nouveaux modes de vie, de nouveaux plats, de nouvelles ambiances, de nouveaux paysages, en un mot une nouvelle découverte… Mais pour mieux le décrire, je pense que ce qui m’a le plus épaté, c’est de voir comment cela fonctionne là-bas, comment les gens vivent, comment ils construisent, comment ils travaillent, comment ils se détendent, comment ils perçoivent la vie, et bien souvent comment ils se débrouillent pour ramener l’argent nécessaire à la maison tous les soirs. Pourquoi on fait plutôt ça que ça ? Alors qu’en occident ce serait si courant, là-bas non.

Et là, non seulement ce que l’on voit diffère bien souvent de l’image que les médias, les livres ou la société en général veulent bien en donner, mais surtout tout est tellement réel. On a beau (trop) dire qu’il faut « le voir pour le croire » ça n’en reste pas moins vrai. C’est cela qui rend cette expérience si intéressante, cela ouvre grandement l’esprit, et pour ma part a fait sauter de nombreux préjugés. Notamment des préjugés qui sont issus de « l’ethnocentrisme », comme aiment à l’appeler les sociologues. Ce dernier est la tendance à privilégier les normes et les valeurs de sa propre société pour analyser les autres sociétés (définition du Larousse). Autrement dit, c’est simplement le fait de voir les autres sociétés et de les analyser sous le prisme des valeurs de sa propre société. Ce qui naturellement déforme notre vision. C’est déjà partir avec une vision biaisée et des préjugés. C’est dans une certaine mesure d’ailleurs inévitable, on le fait tous au moins un peu. Car on beigne nécessairement dans notre propre culture (désolé d’enfoncer des portes ouvertes). L’idéal à atteindre serait une parfaite objectivité, un parfait recul, déraciné et indépendant des valeurs et de la vision ancrée de sa propre société, mais nous savons tous que cela est impossible. Y tendre en revanche est à mon avis fortement envisageable et conseillé. Certes, avant de partir je m’étais préparé à être plus réceptif et ouvert d’esprit, sinon je n’aurais jamais entamé ce voyage de toute façon, mais ce n’était rien comparé à l’ouverture d’esprit dont j’ai pu faire preuve une fois le voyage commencé.

Et cela, ça n’a pas de prix. Une citation dit « Le voyage est la seule chose qu’on achète qui nous rend plus riche ». C’est tellement vrai, si vous saviez… Si vous n’avez pas encore eu l’occasion de voyager, allez-y.

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Varsovie, Pologne, automne 2015

 

J’espère avec ce premier article vous avoir fait comprendre à quel point le voyage est important pour moi et pour plein d’autres personnes d’ailleurs. Non pas que l’éducation soit à négliger, bien au contraire, mais pour réellement apprendre, se forger l’esprit et l’ouvrir, il n’y a rien de mieux que de partir à l’autre bout du monde croyez-moi 😉

Le monde est un livre, et ceux qui ne voyagent pas n’en lisent qu’une page. Saint Augustin