Prenez votre temps

Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi vous n’avez le temps de rien faire ? Moi si.

Pourtant le temps, on en a ! Et même bien plus qu’avant. En effet, au 19ème siècle encore, on pratiquait la journée de travail de 14h couramment, on n’avait aucun congé payé, on se déplaçait à pieds ou à cheval, sans compter que beaucoup de choses devaient se faire en se déplaçant (rendez-vous, tâches administratives etc.) Aujourd’hui, on travaille environ 8h par jour, on a 5 semaines de congés payés par an, on traverse le monde en avion, les pays en train ou en voiture, on peut se voir sans se déplacer grâce aux nouvelles technologies…

Comment cela se fait-il donc que nous ayons cette impression, de ne jamais pouvoir dégager suffisamment de temps pour faire tout ce que l’on souhaite ?

En fait, pour avoir le temps, encore faudrait-il le prendre.

 

 

Le temps, ce n’est pas des maths

Le problème dans tout cela n’est en fait pas mathématique. Mais on nous a appris à le gérer comme tel. En effet, au travail, on se doit d’être efficace, alors on prend des habitudes. Puis notre société et l’éducation qu’on nous donne nous pousse toujours à cela, pour nos loisirs y compris. A raisonner en comptant tout, comme si le temps passé à faire des choses qu’on aime devait être efficace et rentable. Comme si tout se comptabilisait, comme si toutes les activités et occupations se valaient, et que le seul critère qui nous décidait à les faire ou non était le temps qu’elles nous prennent. Dramatique, mais c’est pourtant le point où nous sommes arrivés. Logique après tout, dans un monde dominé par l’économie capitaliste, où tout se compte et se calcule.

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Tout ne se vaut pas

Mais c’est une erreur grossière de jugement. Tout n’est pas réductible à de simples chiffres. Ça se saurait (ou pas, apparemment). Est-ce que vous attribuez une valeur au temps passé avec votre famille ou vos amis ? Non. Est-ce que vous attribuez une valeur à une balade en forêt ? Non. Est-ce que vous attribuez une valeur à un lever de soleil ? Non. C’est bien la preuve qu’on ne peut pas tout réduire à sa durée dans votre emploi du temps, ni à une valeur financière (l’un ayant souvent pour équivalent l’autre), ni encore à une utilité comptabilisable. Vous vous imaginez dire « j’ai vu des amis l’autre jour, mais ça a duré longtemps, ce n’était pas très efficace, j’ai perdu trop de temps » ?

Nous revoilà donc à ma phrase précédente : pour avoir le temps, il faut le prendre. Il faut sortir de cette logique de tout comptabiliser, calculer et chiffrer. Ca marche bien pour l’économie, mais tout n’est pas économie, richesse matérielle et argent ! (c’est normal, économie signifie « mesure de l’environnement »)

 

Arrêtez de remplir votre agenda, profitez !

En effet, nous passons notre temps à courir d’une activité à une autre, comme si le but ici était de simplement « remplir » le temps sans le prendre (encore une fois). Comme si dès qu’on se lançait dans quelque chose, on était tout de suite dans l’expectative de ce qui viendrait après. Tout cela sans prendre le temps de savourer, de prendre part réellement à ce que l’on fait.

La prochaine fois que vous ferez une activité que vous appréciez, éloignez montre, téléphone et tout appareil susceptible de vous déconcentrer en vous faisant compter le temps passé. Vous apprécierez ce moment d’autant plus. Et ne me dites pas : mais prendre mon temps ne me donnera pas plus de temps ! Non mais de toute façon le temps est limité, vous ne pourrez toujours faire qu’un certain nombre d’activités par jour, par mois ou par an. Mais encore une fois, le but n’est pas d’intercaler de plus en plus d’occupations dans chaque espace de temps « libre »: plus vous êtes « occupé », moins vous êtes libre. Avez-vous sincèrement l’impression d’être libre enchaîné au calendrier de votre smartphone ? Vous sentez-vous plus heureux ? Tout ne se vaut pas. Arrêtez de compter, et revoyez vos priorités.

 

Pour comprendre l’intérêt de revoir vos priorités, je vous conseille l’article « Pourquoi j’ai fait des « erreurs » de jeunesse » 😉

 

Ce qui remplit votre temps n’est pas forcément ce qui comble votre vie. Gilles Legardinier

Que signifie être « réaliste » de nos jours ?

Ce mot n’a certainement plus grand chose à voir avec son sens d’origine, et c’est pourquoi je ne me classe pas comme réaliste mais comme idéaliste. Et non je ne suis pas utopiste ou toujours dans la lune.

Non, j’ose simplement rêver d’un monde meilleur. Comme tout un chacun. Mais sans fatalisme. D’ailleurs pour moi l’idéalisme n’est pas à opposer au réalisme mais bien au fatalisme et je vais vous expliquer pourquoi.

Un problème de sémantique

Le problème est là : on a complètement détourné le mot « réalisme » de son véritable sens. En effet, le réalisme originellement fait référence au fait de décrire une situation de façon la proche possible de ce qu’elle est vraiment, en essayant de tendre à l’objectivité.

Désormais on utilise ce mot à très mauvais escient pour caractériser et même (et c’est tout le problème) justifier une attitude passive et fataliste. En effet, « être réaliste » de nos jours cela englobe effectivement de décrire la situation telle qu’elle est (et encore….), mais aussi et malheureusement l’idée que rien ne peut être fait pour la changer. Dès qu’une initiative surgit, dès qu’un projet est proposé on crie à la naïveté de ses initiateurs, prétextant une situation inchangeable par ce projet, prétextant qu’il n’est pas du tout adapté ou réaliste.

Ainsi, en ayant détourné le mot de son sens, les « réalistes » parviennent à tourner la situation à leur avantage, se donnant de cette façon des airs de sérieux. En effet, quoi de mieux pour être crédible, que de faire partie de ceux qu’on surnomme « réalistes » ? Quoi de plus efficace ? Bien sûr, il faut gratter le vernis pour voir ce qu’il y a dessous, mais avec un tel (abus de) vocabulaire pour se définir, qui va le faire ? De même, les partisans du « réalisme » parviennent par ce tour de passe-passe à faire passer les idéalistes pour des gens qui planent complètement, des naïfs, des amateurs, des utopistes, etc, le vocabulaire ne manque pas lorsqu’il s’agit d’accabler et tourner en ridicule ceux qui proposent un réel changement.

Du réalisme au fatalisme

Nous convenons tous qu’il faut être réaliste, mais vu comment (nous venons de le voir) ce mot est travesti et galvaudé, il vaut mieux s’en méfier comme de la peste noire ! En tout cas c’est que je fais désormais. Malheureusement on voit ou entend ce mot partout : dans les journaux, à la télé, sur les médias sociaux, en pleine discussion avec les amis ou la famille. Vous connaissez forcément quelqu’un de votre entourage qui vous a fait le coup.

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Mais en quoi est-il détourné ? En quoi est-il devenu du fatalisme ? C’est assez simple. Les gens usant et abusant de ce mot font souvent référence à l’état de fait. L’état de fait, est un état des choses, du monde, de la société tel qu’ils sont actuellement. C’est une réalité matérielle incontestable. Bon déjà, il y a un premier biais, mais celui-ci nous ne pouvons le leur reprocher, car nous y faisons tous face : la description d’un état de fait est forcément sujette à la subjectivité du sujet qui l’énonce. Mais mettons que nous trouvions un consensus objectif (je sais, ce n’est pas parce que c’est un consensus que c’est objectif, mais là on déborde complètement sur un autre sujet) sur la description de cet état de fait.

Par exemple, il y a consensus ou presque, sur le changement climatique. D’ailleurs, qui serait bien assez bête pour dire qu’il ne passe rien ? (bon si, en fait il y en a qui vont vous dire que c’est un cycle naturel, sauf que c’est pas si simple : un cycle de réchauffement naturel mets 20 000 ans, tandis que là, dans 20 ans on est cuits, c’est le cas de le dire). Et pourtant, malgré cet accord sur l’état de fait, la plupart des politiques tiendront des discours de ce style : « il faut être réaliste voyons, la sortie du nucléaire est impossible, ce n’est simplement pas réaliste » (oui je sais, je pique où ça fait mal).

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Effectivement, à l’heure actuelle, nous avons majoritairement recours au nucléaire pour nos besoins énergétiques en France, et même dans le cas où nous voudrions en sortir, nous sommes bons pour encore au moins 20 ans, le temps de faire la transition et tout démanteler. Faits incontestables donc, mais par une tautologie foireuse et je dirais même une prophétie auto-réalisatrice, on nous annonce qu’il ne faut rien changer ou presque, « car ce n’est pas réaliste ». Bon, vous irez dire cela à vos enfants lorsque l’air sera devenu totalement irrespirable, la nourriture totalement infestée de pesticides, les eaux totalement polluées, et le sol plein de déchets nucléaires. A moins que Fessenheim ne leur ait explosé à la gueule avant, leur épargnant de ce fait ces souffrances. Mais vous ne réalisez donc pas que le raisonnement ne tient pas du tout la route ? Je ne suis pas là pour donner des cours de rhétorique mais c’est tout de même énorme ! En exagérant à peine j’en abouti à cela : la situation est ainsi, donc elle ne peut que le rester. J’exagère ? Pourtant M. Fillon (pour ne citer que lui) a bien dit vouloir poursuivre le nucléaire pendant au moins 40 ans. Il veut donc poursuivre, ne rien changer.

Ainsi, l’état de fait prend le pas sur la volonté, c’est l’état de fait qui détermine nos actions si on suit le discours de ces personnes. Sauf qu’en l’occurrence, où est l’action ? Nul part, puisqu’il s’agit là au grand contraire de la passivité la plus féroce ! Donc, sous couvert de « réalisme » on veut en réalité maintenir le statu quo, une attitude fataliste face aux problèmes. Bien sûr, si on gratte un peu, on sait que M. Fillon n’est pas con (encore que, vu les news en ce moment… bref vous savez ce dont il retourne), il veut juste faire plaisir à ses amis patrons et refiler la patate chaude au prochain président. Mais le discours demeure, et puisqu’il a l’air sérieux, les gens voteront pour lui ! Notez que j’aurais pu par exemple tout aussi bien parler d’austérité budgétaire : le « réalisme » sert à faire passer crème nos sacrifices pour que les banques privées puissent continuer à voler l’argent de l’Etat, donc le nôtre (la dette  de l’Etat auprès des banques est énorme et constituée principalement de l’intérêt dû, chose absurde).

Ne vous faites pas avoir !

Alors il est vrai que l’état de fait a une incidence sur nos actions à venir et projets, point n’est mon intention de le réfuter. Et non je n’ai pas dit exactement l’inverse juste avant, tout est question de nuance : j’ai dit que l’état de fait ne détermine pas les projets, ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas tenir compte de l’état de fait pour adapter les projets, c’est en cela que l’état de fait influence les projets. Mais c’est au final le problème de la poule et de l’œuf. Car un projet aussi, lorsqu’il est mis en application a une incidence sur la réalité, sur l’état de fait. Mais nier la première partie du raisonnement, ou plutôt la simplifier et aplatir un projet devant « l’état de fait » pour justifier le fatalisme et le statu quo, c’est une procédure des plus malhonnêtes ! Alors la prochaine fois que vous entendrez un truand politicien vous demander d’être réaliste, pensez-y à deux fois : ne le laissez pas dire à votre place ce qui est « réaliste » et demandez-vous si ses propositions constituent un réel changement ou non 😉 

Soyer réalistes : demandez l’impossible. Che Guevara