Que signifie être « réaliste » de nos jours ?

Ce mot n’a certainement plus grand chose à voir avec son sens d’origine, et c’est pourquoi je ne me classe pas comme réaliste mais comme idéaliste. Et non je ne suis pas utopiste ou toujours dans la lune.

Non, j’ose simplement rêver d’un monde meilleur. Comme tout un chacun. Mais sans fatalisme. D’ailleurs pour moi l’idéalisme n’est pas à opposer au réalisme mais bien au fatalisme et je vais vous expliquer pourquoi.

Un problème de sémantique

Le problème est là : on a complètement détourné le mot « réalisme » de son véritable sens. En effet, le réalisme originellement fait référence au fait de décrire une situation de façon la proche possible de ce qu’elle est vraiment, en essayant de tendre à l’objectivité.

Désormais on utilise ce mot à très mauvais escient pour caractériser et même (et c’est tout le problème) justifier une attitude passive et fataliste. En effet, « être réaliste » de nos jours cela englobe effectivement de décrire la situation telle qu’elle est (et encore….), mais aussi et malheureusement l’idée que rien ne peut être fait pour la changer. Dès qu’une initiative surgit, dès qu’un projet est proposé on crie à la naïveté de ses initiateurs, prétextant une situation inchangeable par ce projet, prétextant qu’il n’est pas du tout adapté ou réaliste.

Ainsi, en ayant détourné le mot de son sens, les « réalistes » parviennent à tourner la situation à leur avantage, se donnant de cette façon des airs de sérieux. En effet, quoi de mieux pour être crédible, que de faire partie de ceux qu’on surnomme « réalistes » ? Quoi de plus efficace ? Bien sûr, il faut gratter le vernis pour voir ce qu’il y a dessous, mais avec un tel (abus de) vocabulaire pour se définir, qui va le faire ? De même, les partisans du « réalisme » parviennent par ce tour de passe-passe à faire passer les idéalistes pour des gens qui planent complètement, des naïfs, des amateurs, des utopistes, etc, le vocabulaire ne manque pas lorsqu’il s’agit d’accabler et tourner en ridicule ceux qui proposent un réel changement.

Du réalisme au fatalisme

Nous convenons tous qu’il faut être réaliste, mais vu comment (nous venons de le voir) ce mot est travesti et galvaudé, il vaut mieux s’en méfier comme de la peste noire ! En tout cas c’est que je fais désormais. Malheureusement on voit ou entend ce mot partout : dans les journaux, à la télé, sur les médias sociaux, en pleine discussion avec les amis ou la famille. Vous connaissez forcément quelqu’un de votre entourage qui vous a fait le coup.

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Mais en quoi est-il détourné ? En quoi est-il devenu du fatalisme ? C’est assez simple. Les gens usant et abusant de ce mot font souvent référence à l’état de fait. L’état de fait, est un état des choses, du monde, de la société tel qu’ils sont actuellement. C’est une réalité matérielle incontestable. Bon déjà, il y a un premier biais, mais celui-ci nous ne pouvons le leur reprocher, car nous y faisons tous face : la description d’un état de fait est forcément sujette à la subjectivité du sujet qui l’énonce. Mais mettons que nous trouvions un consensus objectif (je sais, ce n’est pas parce que c’est un consensus que c’est objectif, mais là on déborde complètement sur un autre sujet) sur la description de cet état de fait.

Par exemple, il y a consensus ou presque, sur le changement climatique. D’ailleurs, qui serait bien assez bête pour dire qu’il ne passe rien ? (bon si, en fait il y en a qui vont vous dire que c’est un cycle naturel, sauf que c’est pas si simple : un cycle de réchauffement naturel mets 20 000 ans, tandis que là, dans 20 ans on est cuits, c’est le cas de le dire). Et pourtant, malgré cet accord sur l’état de fait, la plupart des politiques tiendront des discours de ce style : « il faut être réaliste voyons, la sortie du nucléaire est impossible, ce n’est simplement pas réaliste » (oui je sais, je pique où ça fait mal).

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Effectivement, à l’heure actuelle, nous avons majoritairement recours au nucléaire pour nos besoins énergétiques en France, et même dans le cas où nous voudrions en sortir, nous sommes bons pour encore au moins 20 ans, le temps de faire la transition et tout démanteler. Faits incontestables donc, mais par une tautologie foireuse et je dirais même une prophétie auto-réalisatrice, on nous annonce qu’il ne faut rien changer ou presque, « car ce n’est pas réaliste ». Bon, vous irez dire cela à vos enfants lorsque l’air sera devenu totalement irrespirable, la nourriture totalement infestée de pesticides, les eaux totalement polluées, et le sol plein de déchets nucléaires. A moins que Fessenheim ne leur ait explosé à la gueule avant, leur épargnant de ce fait ces souffrances. Mais vous ne réalisez donc pas que le raisonnement ne tient pas du tout la route ? Je ne suis pas là pour donner des cours de rhétorique mais c’est tout de même énorme ! En exagérant à peine j’en abouti à cela : la situation est ainsi, donc elle ne peut que le rester. J’exagère ? Pourtant M. Fillon (pour ne citer que lui) a bien dit vouloir poursuivre le nucléaire pendant au moins 40 ans. Il veut donc poursuivre, ne rien changer.

Ainsi, l’état de fait prend le pas sur la volonté, c’est l’état de fait qui détermine nos actions si on suit le discours de ces personnes. Sauf qu’en l’occurrence, où est l’action ? Nul part, puisqu’il s’agit là au grand contraire de la passivité la plus féroce ! Donc, sous couvert de « réalisme » on veut en réalité maintenir le statu quo, une attitude fataliste face aux problèmes. Bien sûr, si on gratte un peu, on sait que M. Fillon n’est pas con (encore que, vu les news en ce moment… bref vous savez ce dont il retourne), il veut juste faire plaisir à ses amis patrons et refiler la patate chaude au prochain président. Mais le discours demeure, et puisqu’il a l’air sérieux, les gens voteront pour lui ! Notez que j’aurais pu par exemple tout aussi bien parler d’austérité budgétaire : le « réalisme » sert à faire passer crème nos sacrifices pour que les banques privées puissent continuer à voler l’argent de l’Etat, donc le nôtre (la dette  de l’Etat auprès des banques est énorme et constituée principalement de l’intérêt dû, chose absurde).

Ne vous faites pas avoir !

Alors il est vrai que l’état de fait a une incidence sur nos actions à venir et projets, point n’est mon intention de le réfuter. Et non je n’ai pas dit exactement l’inverse juste avant, tout est question de nuance : j’ai dit que l’état de fait ne détermine pas les projets, ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas tenir compte de l’état de fait pour adapter les projets, c’est en cela que l’état de fait influence les projets. Mais c’est au final le problème de la poule et de l’œuf. Car un projet aussi, lorsqu’il est mis en application a une incidence sur la réalité, sur l’état de fait. Mais nier la première partie du raisonnement, ou plutôt la simplifier et aplatir un projet devant « l’état de fait » pour justifier le fatalisme et le statu quo, c’est une procédure des plus malhonnêtes ! Alors la prochaine fois que vous entendrez un truand politicien vous demander d’être réaliste, pensez-y à deux fois : ne le laissez pas dire à votre place ce qui est « réaliste » et demandez-vous si ses propositions constituent un réel changement ou non 😉 

Soyer réalistes : demandez l’impossible. Che Guevara

Il était une fois…

Aujourd’hui ce n’est pas tant un article que je souhaite partager qu’une histoire, que j’ai découverte dans le fameux (pour ceux qui s’intéressent au développement personnel) livre de Tim Ferriss, « La semaine de 4h »

 

Evidemment, le titre du bouquin est très racoleur, seulement, ne vous-y trompez pas, le type sait très bien de quoi il parle, car il parle d’expérience. Et ce livre est tout simplement un bijou, il fait d’ailleurs partie de mon top 5 des livres qui ont influencé ma vision du monde.

Cependant, ce dont je veux vous parler, ce n’est pas l’expérience et les techniques de Ferriss pour devenir indépendant et faire ce qu’il vous plait dans la vie sans attendre la retraite ou qu’un miracle se produise (quoique ce serait aussi intéressant, mais les résumés là-dessus pullulent sur le web). Non, je voulais vous partager une histoire qui est une morale de vie, un peu à la façon des contes enfantins ou des poésies de La Fontaine.

 

L’histoire

De grâce, ne prenez pas l’histoire au pied de la lettre, j’ai vu des gens échanger à ce sujet sur internet, je peux vous dire que ça ne volait pas très haut. La voici donc :

« Au bord de l’eau dans un petit village côtier mexicain, un bateau rentre au port, ramenant plusieurs thons. L’américain complimente le pêcheur mexicain sur la qualité de ses poissons et lui demande combien de temps il lui a fallu pour les capturer.

“Pas très longtemps”, répond le mexicain.

“Mais alors, pourquoi n’êtes-vous pas resté en mer plus longtemps pour en attraper plus?” demande l’Américain. Le Mexicain répond que ces quelques poissons suffiront à subvenir aux besoins de sa famille.

L’américain demande alors :  “Mais que faites-vous le reste du temps?”

“Je fais la grasse matinée, je pêche un peu, je joue avec mes enfants, je fais la sieste avec ma femme. Le soir, je vais au village voir mes amis. Nous buvons du vin et jouons de la guitare. J’ai une vie bien remplie”.

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L’américain l’interrompt : “J’ai un MBA de l’université de Harvard et je peux vous aider. Vous devriez commencer par pêcher plus longtemps. Avec les bénéfices dégagés, vous pourriez acheter un plus gros bateau. Avec l’argent que vous rapporterait ce bateau, vous pourriez en acheter un deuxième et ainsi de suite jusqu’à ce que vous possédiez une flotte de chalutiers. Au lieu de vendre vos poissons à un intermédiaire, vous pourriez négocier directement avec l’usine, et même ouvrir votre propre usine. Vous pourriez alors quitter votre petit village pour Mexico City, Los Angeles, puis peut-être New York, d’où vous dirigeriez toutes vos affaires.”

Le mexicain demande alors :  “Combien de temps cela prendrait-il?”

“15 à 20 ans”, répond le banquier américain.

“Et après?”

“Après, c’est là que ça devient intéressant”, répond l’américain en riant.

“Quand le moment sera venu, vous pourrez introduire votre société en bourse et vous gagnerez des millions”.

“Des millions? Mais après?”

“Après, vous pourrez prendre votre retraite, habiter dans un petit village côtier, faire la grasse matinée, jouer avec vos petits-enfants, pêcher un peu, faire la sieste avec votre femme et passer vos soirées à boire et à jouer de la guitare avec vos amis.” »

 

Mon interprétation

Mon interprétation personnelle est qu’il faut impérativement modifier notre rapport à l’argent, qu’il n’est pas l’ultime but. D’ailleurs c’est également celle de Ferriss.

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J’ai vu des cons (excusez-moi du mot) de businessmen (je n’ai rien contre eux a priori, Tim Ferriss en est un d’ailleurs, mais il n’est pas stupide, lui) sur le net qui interprètent l’histoire ainsi : « alors oui ça veut dire qu’il faut investir en bourse ou dans l’immobilier »… ben voyons, moi aussi je suis rentier/héritier, et moi non plus je n’ai pas d’objectif dans la vie à part accumuler de l’argent. Certes, c’est à chacun de l’interpréter selon sa vision du monde, seulement deux choses :

  1. Tim Ferriss cherche à modifier notre vision par cette histoire et non à faire à tout prix rentrer cette histoire dans une vision pré-établi, l’idée n’est pas que ça rentre à tout prix dans son cadre de pensée habituel, mais de penser « out of the box » comme on le dit en anglais. Mais bon, c’est bien connu, on préfère souvent son petit confort, car quel serait le prix d’une remise en cause ? Sur le court terme, c’est peut-être difficile psychologiquement, car on a peur de ne plus se reconnaître soi-même, de perdre quelque chose et de ne plus pouvoir revenir en arrière. Seulement, ce n’est pas ainsi que va le monde et fonctionnent les choses. Penser hors de la boite, c’est se libérer, et se hisser au-dessus de tout cela. Pas tout perdre, mais s’en détacher, pour mieux apprécier sa vie.
  2. Comme dit un peu plus haut, l’interprétation de Tim Ferriss, et il le dit clairement à plusieurs endroits du livre, est précisément que l’argent n’est le but, il n’est qu’un moyen. Qu’il en faut, certes, mais que sans temps (tout de suite et pas dans 20 ans) pour en profiter et sans idée de quoi en faire, cela ne sert à rien. Or les personnes dont je parle ont oublié, dirait-on, que l’argent n’est pas une fin, donc elles ont du lire Ferriss un peu trop rapidement. Je ne dis pas qu’elles n’ont pas de passion ou d’intérêt autre que celui-ci, je ne les connais pas. Mais l’argent, à mon avis, prend simplement beaucoup trop de place dans leur vie.

 

Tandis que la conclusion peut paraître évidente, on a bien vu qu’elle ne l’est pas pour tout le monde. Et quand bien même elle le serait, on serait alors tenté de penser « Quel est l’intérêt de cette histoire, si la conclusion est si évidente et connue de tous ? » Eh bien je trouve qu’elle est un très bon moyen de comprendre concrètement pourquoi l’argent n’est pas une fin. Car nombreux sommes nous à le prétendre, que l’argent n’est pas une fin mais un moyen. Mais à réellement l’appréhender, et encore mieux, à l’appliquer ? Tout de suite beaucoup moins nombreux. Et c’est là que repose toute l’utilité de ce récit à mon humble avis.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

 

L’argent, ah ! Fléau des humains ! Sophocle