Tour d’un monde

Jusqu’à la dernière minute j’ai cru que je finirai par réaliser ce qui nous arrive ma fiancée et moi avant de partir. Et puis tout s’est déroulé si vite à la fin : tout à coup c’était au revoir les amis, puis au revoir la famille, et bien sûr au revoir Paris la belle. Je pensais que j’aurais plein de temps pour être excité et réaliser pendant les deux mois passés à Paris pour les préparatifs et pour voir famille et amis, et bien non. Je n’en ai pas eu le temps, car j’étais occupé à autre chose. C’est seulement maintenant que nous sommes au Kirghizistan depuis deux semaines que je commence à réaliser. Il fallait donc voir pour croire…

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Finalement ce tour du monde, je pense qu’il va falloir l’apprivoiser tant c’est une expérience unique et inhabituelle, tant cela sort des sentiers battus. A force de lire des blogs, forums et pages facebook sur ce sujet, on a presque fini par croire que c’était normal de partir un an en voyage. Pourtant ça ne l’est pas, et ça reste ainsi difficile à appréhender. Car même si nous sommes de plus en plus nombreux à le faire, on ne fait tout de même pas un tour du monde tous les quatre matins en un claquement de doigts. Et pour cause : quitter son boulot, quitter son appart, c’est bien quelque chose de spécial.

Et puis…Un an. Un an c’est long. Nous étions partis au maximum 2 mois en Asie du sud-est, c’est déjà pas mal, mais à côté ça reste peu. Un an donc à profiter, un an à voir des paysages comme on ne pouvait qu’en rêver, un an à faire et défaire les sacs-à-dos tous les deux jours, un an à rencontrer des gens de toutes sortes, un an dans les bus locaux, un an avec des vêtements pas toujours propres, un an à déguster des plats plus originaux/bizarres les uns que les autres et j’en passe.

 

Oui, un an de voyage c’est long, et je crois qu’en fin de compte il faudra bien cette année pour le réaliser.

 

Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas. Lao-Tseu

Il était une fois…

Aujourd’hui ce n’est pas tant un article que je souhaite partager qu’une histoire, que j’ai découverte dans le fameux (pour ceux qui s’intéressent au développement personnel) livre de Tim Ferriss, « La semaine de 4h »

 

Evidemment, le titre du bouquin est très racoleur, seulement, ne vous-y trompez pas, le type sait très bien de quoi il parle, car il parle d’expérience. Et ce livre est tout simplement un bijou, il fait d’ailleurs partie de mon top 5 des livres qui ont influencé ma vision du monde.

Cependant, ce dont je veux vous parler, ce n’est pas l’expérience et les techniques de Ferriss pour devenir indépendant et faire ce qu’il vous plait dans la vie sans attendre la retraite ou qu’un miracle se produise (quoique ce serait aussi intéressant, mais les résumés là-dessus pullulent sur le web). Non, je voulais vous partager une histoire qui est une morale de vie, un peu à la façon des contes enfantins ou des poésies de La Fontaine.

 

L’histoire

De grâce, ne prenez pas l’histoire au pied de la lettre, j’ai vu des gens échanger à ce sujet sur internet, je peux vous dire que ça ne volait pas très haut. La voici donc :

« Au bord de l’eau dans un petit village côtier mexicain, un bateau rentre au port, ramenant plusieurs thons. L’américain complimente le pêcheur mexicain sur la qualité de ses poissons et lui demande combien de temps il lui a fallu pour les capturer.

“Pas très longtemps”, répond le mexicain.

“Mais alors, pourquoi n’êtes-vous pas resté en mer plus longtemps pour en attraper plus?” demande l’Américain. Le Mexicain répond que ces quelques poissons suffiront à subvenir aux besoins de sa famille.

L’américain demande alors :  “Mais que faites-vous le reste du temps?”

“Je fais la grasse matinée, je pêche un peu, je joue avec mes enfants, je fais la sieste avec ma femme. Le soir, je vais au village voir mes amis. Nous buvons du vin et jouons de la guitare. J’ai une vie bien remplie”.

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L’américain l’interrompt : “J’ai un MBA de l’université de Harvard et je peux vous aider. Vous devriez commencer par pêcher plus longtemps. Avec les bénéfices dégagés, vous pourriez acheter un plus gros bateau. Avec l’argent que vous rapporterait ce bateau, vous pourriez en acheter un deuxième et ainsi de suite jusqu’à ce que vous possédiez une flotte de chalutiers. Au lieu de vendre vos poissons à un intermédiaire, vous pourriez négocier directement avec l’usine, et même ouvrir votre propre usine. Vous pourriez alors quitter votre petit village pour Mexico City, Los Angeles, puis peut-être New York, d’où vous dirigeriez toutes vos affaires.”

Le mexicain demande alors :  “Combien de temps cela prendrait-il?”

“15 à 20 ans”, répond le banquier américain.

“Et après?”

“Après, c’est là que ça devient intéressant”, répond l’américain en riant.

“Quand le moment sera venu, vous pourrez introduire votre société en bourse et vous gagnerez des millions”.

“Des millions? Mais après?”

“Après, vous pourrez prendre votre retraite, habiter dans un petit village côtier, faire la grasse matinée, jouer avec vos petits-enfants, pêcher un peu, faire la sieste avec votre femme et passer vos soirées à boire et à jouer de la guitare avec vos amis.” »

 

Mon interprétation

Mon interprétation personnelle est qu’il faut impérativement modifier notre rapport à l’argent, qu’il n’est pas l’ultime but. D’ailleurs c’est également celle de Ferriss.

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J’ai vu des cons (excusez-moi du mot) de businessmen (je n’ai rien contre eux a priori, Tim Ferriss en est un d’ailleurs, mais il n’est pas stupide, lui) sur le net qui interprètent l’histoire ainsi : « alors oui ça veut dire qu’il faut investir en bourse ou dans l’immobilier »… ben voyons, moi aussi je suis rentier/héritier, et moi non plus je n’ai pas d’objectif dans la vie à part accumuler de l’argent. Certes, c’est à chacun de l’interpréter selon sa vision du monde, seulement deux choses :

  1. Tim Ferriss cherche à modifier notre vision par cette histoire et non à faire à tout prix rentrer cette histoire dans une vision pré-établi, l’idée n’est pas que ça rentre à tout prix dans son cadre de pensée habituel, mais de penser « out of the box » comme on le dit en anglais. Mais bon, c’est bien connu, on préfère souvent son petit confort, car quel serait le prix d’une remise en cause ? Sur le court terme, c’est peut-être difficile psychologiquement, car on a peur de ne plus se reconnaître soi-même, de perdre quelque chose et de ne plus pouvoir revenir en arrière. Seulement, ce n’est pas ainsi que va le monde et fonctionnent les choses. Penser hors de la boite, c’est se libérer, et se hisser au-dessus de tout cela. Pas tout perdre, mais s’en détacher, pour mieux apprécier sa vie.
  2. Comme dit un peu plus haut, l’interprétation de Tim Ferriss, et il le dit clairement à plusieurs endroits du livre, est précisément que l’argent n’est le but, il n’est qu’un moyen. Qu’il en faut, certes, mais que sans temps (tout de suite et pas dans 20 ans) pour en profiter et sans idée de quoi en faire, cela ne sert à rien. Or les personnes dont je parle ont oublié, dirait-on, que l’argent n’est pas une fin, donc elles ont du lire Ferriss un peu trop rapidement. Je ne dis pas qu’elles n’ont pas de passion ou d’intérêt autre que celui-ci, je ne les connais pas. Mais l’argent, à mon avis, prend simplement beaucoup trop de place dans leur vie.

 

Tandis que la conclusion peut paraître évidente, on a bien vu qu’elle ne l’est pas pour tout le monde. Et quand bien même elle le serait, on serait alors tenté de penser « Quel est l’intérêt de cette histoire, si la conclusion est si évidente et connue de tous ? » Eh bien je trouve qu’elle est un très bon moyen de comprendre concrètement pourquoi l’argent n’est pas une fin. Car nombreux sommes nous à le prétendre, que l’argent n’est pas une fin mais un moyen. Mais à réellement l’appréhender, et encore mieux, à l’appliquer ? Tout de suite beaucoup moins nombreux. Et c’est là que repose toute l’utilité de ce récit à mon humble avis.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

 

L’argent, ah ! Fléau des humains ! Sophocle

Pourquoi ma vie ne ressemble en rien à ce que j’imaginais il y a 10 ans

A l’aube de mes 30 ans (ok, bientôt 28 pour le moment), je viens seulement de réaliser une chose : que ma vie ne ressemble pas à celle de mes parents et certainement pas à ce que j’imaginais qu’elle serait il y a 10 ans de cela. Et elle n’y ressemblera pas non plus.

Enfin, il faut dire que la procédure est déjà bien entamée :  à mon âge mes parents étaient déjà mariés, j’étais déjà là, et leur situation était stable dans leur petit appartement à Paris.

 

Or quand je regarde ma vie, elle ressemble plutôt à ça : nouveau lieu de vie tous les ans environ, nouveau boulot qui va avec, voyages réguliers, et pas du tout envie d’avoir des enfants pour le moment. Autrement dit, c’est plus ou moins tout l’inverse de ce que mes parents ont fait. Quand j’avais 18 ans encore, je m’imaginais faire mes études, chercher un boulot, puis un appartement, me marier, devenir riche, puis devenir propriétaire, avoir des enfants et voilà. Cela s’arrêtait là. Alors c’est cool, je ne dis pas. Seulement cela ne ressemble en rien à ce qu’il s’est passé ou à ce que je cherche désormais. Et pourquoi ?

 

Avant c’était pour ça

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Initialement, il y a 3 raisons à cette trajectoire si instable et éloignée de celle que je m’étais imaginée :

1/ Je n’ai jamais su définir clairement ce que je voulais (enfin la réponse était souvent “tout”) et ça commence seulement enfin à prendre forme dans ma tête (si si à bientôt 30 ans). Ou quand bien même j’y parvenais, 6 mois plus tard, mon rêve était déjà différent. Résultat : j’ai bossé dans la vente, aussi bien que dans le webmarketing ; j’ai vécu à Chicago puis suis revenu à Paris et plus tard suis parti vivre à Lille ; j’étais avec une copine, puis avec une autre (non pas juste 3 ou 4)… et ainsi de suite. Donc niveau stabilité, on a vu mieux.

2/ Je ne m’écoutais pas assez et était trop influencé par une partie de mon environnement et de mon entourage. Je me lançais dans des projets parfois sur des coups de tête, sans savoir si j’en avais vraiment envie au fond de moi. Résultat : je me suis (fait) parfois baladé(er) de tous les côtés (au sens physique comme mental).

3/ J’ai rencontré ma fiancée il y a maintenant presque 4 ans, et elle a semé en moi une graine qui a grandi et initié des changements. J’ai commencé à penser différemment de lorsque j’étais adolescent ou jeune adulte, et ma vie a pris un tournant différent, notamment en prenant goût au voyage et à l’écriture.

 

Tout cela montre que mon manque de maturité d’une part et des influences d’autre part, m’ont bringuebalé dans un sens ou dans l’autre, mais pas forcément là où je m’y attendais. En somme, ma vie n’était pas comme celle de mes parents, mais ce n’était pas spécialement volontaire.

 

Mais aujourd’hui c’est pour ça

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Aujourd’hui c’est devenu un vrai choix de ne pas suivre le modèle de mes parents, ou plus généralement le modèle voulu par la société. Enfin en tout cas de moins en moins, je m’éloigne de plus en plus de ce modèle.

C’est pourquoi aujourd’hui je suis à Genève, demain je serai à Paris, et après-demain à l’autre bout du monde. Et ça me plait.

Jusqu’à maintenant j’ai essayé de coller au moule qu’on me présentait. Mais clairement ce n’est pas fait pour moi.

 

Notre génération dans son ensemble ne veut pas du modèle fourni par nos parents : on aspire à autre chose, le train-train métro-boulot-dodo n’est pas pour nous (dans notre majorité en tout cas). Et donc on fait plutôt cela : on remodèle le monde du travail (hiérarchie horizontale, télétravail, changement régulier d’emploi, création d’entreprise etc), on voyage, on manifeste notre inquiétude pour la planète, on lance nos propres sites internets (blogs, communautés) etc, . Et je rentre totalement dans ce cadre là. Je n’aime pas certaines des choses que les générations d’avant nous ont léguées à commencer par l’environnement nettement dégradé ou encore l’éthique qui s’éloigne de plus en plus des valeurs fondamentales au profit de l’argent.

Jusqu’à aujourd’hui cependant, je ne trouvais pas cela normal de m’éloigner de ce modèle et de cette vie bien rangée que je pourrais avoir. Jusqu’à aujourd’hui je culpabilisais et me disais que “plus tard” je m’installerai, que j’arrêterai de changer de boulot sans cesse, que j’arrêterai de voyager, que j’arrêterai d’avoir de nouveaux projets. Je me disais que ma situation était temporaire, qu’après je rentrerai dans le “droit chemin” (je grossis volontairement le trait, mais c’est quasiment ça). Parce que c’est ce que tout le monde le fait, parce que c’est ce que mes parents s’attendaient à ce que je fasse. Et ben non. Je suis désolé chers parents, chère société, mais j’ai décidé de suivre ma propre voie, car je crois l’avoir enfin trouvée. Il n’y a pas de droit chemin, il n’y a que son chemin personnel.

 

Désolés à tous ceux qui avaient des attentes : je vais continuer à changer de lieu de vie même si Paris restera ma maison pour toujours, je vais continuer à changer de boulot, en attendant de pouvoir exprimer qui je suis et gagner ma vie par un de mes projets. Ma vie est différente de ce que je m’étais imaginé, c’est certain. Mais désormais je l’assume entièrement et c’est mon choix car je suis heureux : je me suis enfin trouvé et je commence enfin à savoir où je vais.

 

If we were meant to stay in one place, we’d have roots instead of feet.  Rachel Wolchin