Prenez votre temps

Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi vous n’avez le temps de rien faire ? Moi si.

Pourtant le temps, on en a ! Et même bien plus qu’avant. En effet, au 19ème siècle encore, on pratiquait la journée de travail de 14h couramment, on n’avait aucun congé payé, on se déplaçait à pieds ou à cheval, sans compter que beaucoup de choses devaient se faire en se déplaçant (rendez-vous, tâches administratives etc.) Aujourd’hui, on travaille environ 8h par jour, on a 5 semaines de congés payés par an, on traverse le monde en avion, les pays en train ou en voiture, on peut se voir sans se déplacer grâce aux nouvelles technologies…

Comment cela se fait-il donc que nous ayons cette impression, de ne jamais pouvoir dégager suffisamment de temps pour faire tout ce que l’on souhaite ?

En fait, pour avoir le temps, encore faudrait-il le prendre.

 

 

Le temps, ce n’est pas des maths

Le problème dans tout cela n’est en fait pas mathématique. Mais on nous a appris à le gérer comme tel. En effet, au travail, on se doit d’être efficace, alors on prend des habitudes. Puis notre société et l’éducation qu’on nous donne nous pousse toujours à cela, pour nos loisirs y compris. A raisonner en comptant tout, comme si le temps passé à faire des choses qu’on aime devait être efficace et rentable. Comme si tout se comptabilisait, comme si toutes les activités et occupations se valaient, et que le seul critère qui nous décidait à les faire ou non était le temps qu’elles nous prennent. Dramatique, mais c’est pourtant le point où nous sommes arrivés. Logique après tout, dans un monde dominé par l’économie capitaliste, où tout se compte et se calcule.

pedestrians-400811_1280

Tout ne se vaut pas

Mais c’est une erreur grossière de jugement. Tout n’est pas réductible à de simples chiffres. Ça se saurait (ou pas, apparemment). Est-ce que vous attribuez une valeur au temps passé avec votre famille ou vos amis ? Non. Est-ce que vous attribuez une valeur à une balade en forêt ? Non. Est-ce que vous attribuez une valeur à un lever de soleil ? Non. C’est bien la preuve qu’on ne peut pas tout réduire à sa durée dans votre emploi du temps, ni à une valeur financière (l’un ayant souvent pour équivalent l’autre), ni encore à une utilité comptabilisable. Vous vous imaginez dire « j’ai vu des amis l’autre jour, mais ça a duré longtemps, ce n’était pas très efficace, j’ai perdu trop de temps » ?

Nous revoilà donc à ma phrase précédente : pour avoir le temps, il faut le prendre. Il faut sortir de cette logique de tout comptabiliser, calculer et chiffrer. Ca marche bien pour l’économie, mais tout n’est pas économie, richesse matérielle et argent ! (c’est normal, économie signifie « mesure de l’environnement »)

 

Arrêtez de remplir votre agenda, profitez !

En effet, nous passons notre temps à courir d’une activité à une autre, comme si le but ici était de simplement « remplir » le temps sans le prendre (encore une fois). Comme si dès qu’on se lançait dans quelque chose, on était tout de suite dans l’expectative de ce qui viendrait après. Tout cela sans prendre le temps de savourer, de prendre part réellement à ce que l’on fait.

La prochaine fois que vous ferez une activité que vous appréciez, éloignez montre, téléphone et tout appareil susceptible de vous déconcentrer en vous faisant compter le temps passé. Vous apprécierez ce moment d’autant plus. Et ne me dites pas : mais prendre mon temps ne me donnera pas plus de temps ! Non mais de toute façon le temps est limité, vous ne pourrez toujours faire qu’un certain nombre d’activités par jour, par mois ou par an. Mais encore une fois, le but n’est pas d’intercaler de plus en plus d’occupations dans chaque espace de temps « libre »: plus vous êtes « occupé », moins vous êtes libre. Avez-vous sincèrement l’impression d’être libre enchaîné au calendrier de votre smartphone ? Vous sentez-vous plus heureux ? Tout ne se vaut pas. Arrêtez de compter, et revoyez vos priorités.

 

Pour comprendre l’intérêt de revoir vos priorités, je vous conseille l’article « Pourquoi j’ai fait des « erreurs » de jeunesse » 😉

 

Ce qui remplit votre temps n’est pas forcément ce qui comble votre vie. Gilles Legardinier

Le voyage comme mode de vie, un rêve ?

Mercredi soir, j’étais à une soirée networking ici à Genève des anciens de mon école de commerce. Je savais que je commençais à sortir du moule par mon mode de vie et mon projet de partir en tour du monde avec ma fiancée, mais là c’était réellement frappant et intéressant de voir leurs réactions « conditionnées ». En effet, voici ce qui s’est passé lorsque j’ai dit que je partais 1 an pour faire le tour du monde avec ma fiancée :

 

Leçon numéro 1

Tout le monde m’a dit (et quand je dis « tout le monde », c’est vraiment tout le monde) « ah j’aimerais trop le faire » ou encore « j’aurais dû le faire, je regrette » : je ne me suis alors pas senti conforté dans mon choix, non, car je savais déjà que c’était la bonne décision. Non j’ai juste eu de la peine pour eux, pour ceux qui ne feront que caresser leur rêve sans jamais le réaliser… Alors comme disait Tim Ferris dans la semaine de 4h : il ne faut pas attendre que les étoiles s’alignent pour agir et réaliser son rêve, car elles ne s’aligneront jamais : l’humain excelle à se trouver des excuses. En somme, le seul véritable obstacle entre notre rêve et nous, c’est nous-même.

Leçon numéro 2

On m’a dit « ah oui bonne idée de le faire avant de te poser, t’as raison de le faire maintenant », comme si c’était une année de césure et qu’après fini les voyages ! Comme s’il était impossible de penser le voyage comme mode de vie. Comme si ce voyage était juste une parenthèse. Nécessaire certes, mais néanmoins une parenthèse. Comme si ce n’était pas la « vraie vie ». Mais au fait, c’est quoi la vraie vie ? En tout cas ça confirme une théorie évoquée avec ma fiancée récemment : pour la plupart des gens, faire un tour du monde c’est bien de le faire une fois pour avoir une expérience inoubliable, avoir « vécu quelque chose » une fois puis c’est fini, on rentre au bercail, on achète une maison et on fait des gosses. C’est admettre sans le réaliser que voyager c’est en quelques sortes vivre et que la routine métro boulot dodo imposée n’est pas forcément la meilleure manière de vivre sa vie. J’aimerais pouvoir prouver dans les années à venir, si la chance et mon audace me le permettent, que voyager peut être un mode de vie, et pas seulement un loisir qui se cantonne à 3 semaines de congés par an. Dans tous les cas, de nombreuses personnes ont déjà fait ce choix du voyage comme mode de vie, il faut simplement admettre que c’est un choix possible de style de vie.

Leçon numéro 3

J’ai aussi entendu « tu lâches tout mais t’inquiète pas, tu sais, c’est pas dangereux pour ta carrière ». Mon pauvre si tu savais comment j’en ai rien à faire de ma carrière de toute façon. Enfin disons que je ne vois pas ma vie en termes de carrière. C’est aussi simple que cela. Travail, carrière, travail, carrière, quelle belle litanie au service des entreprises et du consumérisme. Et même. Mon plan dans la vie, si j’en ai un, ce n’est pas de construire une carrière et embellir mon CV. Faire un travail qui me plait, oui, autant que possible, gagner de quoi vivre mais c’est tout. Le reste je m’en fiche éperdument. Tout simplement parce qu’il n’y a pas que cela dans la vie, l’enrichissement matériel, le statut social, les responsabilités au sein d’une entreprise aussi grosse qu’en manque d’éthique … C’est tout de même outrageusement réducteur que de limiter la « réussite » à la carrière. Car réussir, ça devrait d’abord signifier réussir à être heureux, et ce, en général, pas seulement avec une carrière qui te mine de toute façon ta vie privée. Et quand bien même ma carrière serait importante, c’est bien volontiers que j’en sacrifierais une partie sur l’autel du voyage. Car je suis persuadé au fond de moi-même que ce tour du monde va me rendre profondément heureux.

 

Si vous pensez que l’aventure est dangereuse, Essayez la routine… Elle est mortelle ! Paulo Coehlo

Macron, piège à cons ? (2/2)

Après avoir démontré dans la première partie de cet article que Macron était précisément l’inverse d’un rebelle et qu’il est le digne héritier d’un système qui n’a cure des besoins du peuple dès lors qu’il ne fait partie de l’élite à laquelle il appartient, je ne souhaitais pas m’arrêter en si bon chemin. Car mettons que vous croyiez toujours au miracle de renouveau Macron, ou bien même que vous n’y croyiez pas mais que vous pensez tout de même qu’il a malgré (ou grâce à) son côté élitiste un bon programme économique, je vais vous prouver qu’il n’en est rien. 

Relancer l’économie ?

Le peu qu’on sait de ce qu’il compte entreprendre fait peur. Pour exemple prenons son ambition annoncée de supprimer l’ISF pour les actionnaires. L’idée est de permettre aux entreprises d’avoir de quoi investir. Mettons qu’on y croit une seconde, et regardons dans le passé ce que le gouvernement (sous l’insufflation de M. Macron bien entendu) a mis en place dans ce même esprit (relancer l’investissement des entreprises pour relancer l’économie, l’emploi etc.) : le CICE (Crédit Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi). Le but était que les entreprises puissent réinvestir notamment dans l’emploi . Cependant les différents rapports mettent en lumière que la création d’emploi était très faible voire inexistante. Même Hollande admet « probable un effet direct de l’ordre de 50.000 à 100.000 emplois créés ou sauvegardés sur la période 2013-2014 ». Contre 1 000 000 annoncés par Gattaz  (monsieur Medef). Ah oui ça il a su réclamer les sous pour les copains, après, il n’est plus responsable de rien. De plus, il faut faire attention à bien déchiffrer la phrase de Hollande : entre « probable »(oui rien que ça), « créés OU sauvegardés » (alors que cela devait créer, pas « créer ou sauvegarder ») et la fourchette de 50 000 à 100 000, c’est du grand n’importe quoi. Tout ça nous coûte tranquillement 1% du PIB. Le pire ? (oui oui car il y a pire) Un rapport d’un des organismes du gouvernement rajoute également qu’il y a eu « une amélioration sensible des marges des entreprises ». Voilà. C’est officiel, c’était bien pour les copains. Et M. Macron futé comme il est veut nous imposer une mesure similaire. On ne dormirait pas debout parfois ?

dessin-cice-final

Vous remarquerez d’ailleurs que tout bon libéral (au sens économique et non moral) vous dira toujours que les entreprises et donc ses investisseurs ont besoin d’argent pour… investir justement, notamment dans l’emploi, la recherche etc. Bref ce sont les dieux auxquels nous devons faire offrande dans l’espérance du salut. Oui mais voilà ce n’est pas comme ça que ça marche, parce que l’argent ils le prennent et ils le gardent. Le seul moment où les entreprises investissent c’est lorsque c’est nécessaire pour augmenter le chiffre d’affaire. Autrement non. Et ne me dites pas qu’ils ont d’autres objectifs que le chiffre d’affaire car c’est faux, ça reste l’objectif principal de toute entreprise, il ne faudrait pas oublier que le système s’appelle « capital-isme ». Donc si on leur offre sur un plateau d’argent (que dis-je ; de platine) le CICE par exemple ils se servent directement, sans investir un kopeck. Vous pensez que j’exagère ou que ce que je crache mon venin sur le CAC40 de façon injustifiée ? Alors prenons une fois de plus des faits tangibles pour le prouver : le montant versé par les entreprises du CAC40 à leurs actionnaires en 2016 a augmenté de 77% (c’est-à-dire quasiment multiplié par deux, rien que ça) par rapport à 2015. Et le souci c’est que la libéralisation croissante encourage la redistribution des richesses vers les actionnaires. Pour comprendre comment cela marche, je vous conseille fortement de visionner la vidéo de Data Gueule. Cela est à mettre en relation avec la création d’emploi… relativement faible en 2016 : 178 000-47 000 = 131 000, on cherche toujours les 1 000 000 de Gattaz. Les 47 000 de ces créations que je me suis permis d’ôter sont du vent : une simple histoire de papiers administratifs, mais aucune embauche correspondante.

On se targuera ensuite fièrement d’être un pays riche, mais regarde-t-on jamais qui détient le capital, comment il est réparti ? Combien y a-t-il de pauvres ? Combien y a-t-il de riches ? Les médias et politiciens semblent obnubilés par le PIB et sa sacro-sainte croissance, mais les 9 millions de pauvres en voient-ils jamais la couleur ? De plus, à force de nous répéter son importance, ils finissent par nous obnubiler également, on deviendrait presque aveugle à notre propre sort. En grossissant un peu le trait, à en croire le discours ambiant, on aurait presque l’impression que tout le monde va bien et s’enrichit tant que la croissance est là. Pourtant, n’importe quelle personne qui n’a jamais étudié l’économie voit bien l’erreur de raisonnement tellement elle est aberrante. Ainsi il est bien clair qu’il n’y a pas d’économie à relancer, puisque la richesse est là : le PIB est toujours en hausse même faible, les marges augmentent, les patrons augmentent leurs salaires… Bref, l’argent ne manque pas, pourquoi alors vous faire croire qu’il en faut davantage ? Pourquoi ne pas se poser la question de sa répartition ? Attention aux nuances, je ne dis qu’on a pas besoin d’argent, je dis simplement qu’on a déjà bien assez, il n’est simplement pas dans les bonnes poches.

Et qu’on ne me rétorque pas : s’ils sont riches, c’est qu’ils l’ont mérité, c’est qu’ils ont travaillé dur. Ah oui ? Des vrais self made men/women, il y en a bien quelques un(e)s, mais les gens dont on parle ici naissent avec une cuillère en argent dans la bouche. Ils ont accès à des études coûteuses, à un réseau de contacts bien placés, etc… De plus, il faut considérer ceci : un patron du CAC40 gagne plusieurs siècles de SMIC en un mois (oui rien que ça…), pensez-vous vous réellement en votre for intérieur qu’un grand patron est plusieurs centaines, voire milliers de fois plus méritant que le salarié se trouvant en bas de la hiérarchie ? A-t-il 1000 fois plus de compétences ? A-t-il travaillé 1000 fois plus dur ? A bon entendeur…

Travailler plus, sans gagner plus ?

Autre mesure détestable de Macron : la flexibilité du temps de travail (notamment par la fin des 35h pour les jeunes). Vous allez me dire, pourquoi ne pas laisser chacun travailler selon ses besoins, ses envies ? Pourquoi encadrer cela ? Enfin en tout cas c’est que dirait un bon libéral. Seulement voilà, Macron veut que la flexibilité passe par des accords de branche. Or qui a l’avantage dans de telles situations ? Certainement pas vous, puisque le chantage à l’emploi est déjà actuellement omniprésent (étant donné que le marché de l’emploi est tendu). Donc vous clouerez gentiment votre bec de peur de devoir aller pointer à pôle emploi juste après. Et du coup, tour de magie, qui a décidé de votre temps de travail ? Pas vous, mais votre patron, ou celui du voisin (puisque c’est un accord de branche, et non un accord d’entreprise). D’autant que ce sera souvent pour travailler plus et non moins, en tout cas pour les jeunes, sans qu’on sache si vous serez mieux payés. Macron ne s’en cache pas d’ailleurs :

« Quand on est jeune, 35 heures, ce n’est pas assez. On veut travailler plus, on veut apprendre son job. Et puis, il y a un principe de réalité. Un entrepreneur raisonne ainsi : ce jeune n’est pas qualifié, je veux bien l’embaucher mais il va apprendre son job en entrant dans mon entreprise, donc il faut qu’il effectue davantage d’heures. »

Le « principe de réalité ». J’ai failli m’étrangler d’énervement en lisant cela. Ce fameux principe qui vient vous faire doucement avaler tout et n’importe quoi, en l’occurrence la pilule amère d’une jeunesse passée au service d’un patron, sans forcément vouloir lui consacrer autant de temps que ce qu’on vous y oblige. Mais se targuer d’être réaliste justifie miraculeusement tout et donne un air sérieux à M. Macron. Après avoir entendu ce mot on éteint son cerveau et on gobe ce qu’il nous dit comme parole d’évangile. Je parle plus en longueur du détournement du mot « réaliste » dans mon article « Que signifie être réaliste de nos jours ?« . Autre chose très rigolote : « quand on est jeune […] on veut travailler plus ». J’ai 28 ans et c’est loin d’être mon cas. Ni celui de plus en plus de gens de ma génération (ou d’autres) qui se réveillent et en ont marre de cette antienne inlassablement ressassée par des parangons du capitalisme, prêts à repousser les barbares de protectionnistes, altermondialistes, communistes, anarchistes et autres doux rêveurs (tout est dans le vocabulaire encore une fois, mais ici c’était bien sûr de l’autodérision). Non je n’ai pas envie de gâcher ma jeunesse 40h ou plus par semaine dans une entreprise le cul vissé sur ma chaise de bureau. Oui si je le pouvais 20h me suffiraient. Le travail ce n’est pas la vie M. Macron. Le travail ce n’est pas le salut. Il faut sortir de ce paradigme où le travail est la source jamais questionnée du bonheur (alors oui et non, c’est un peu plus complexe que cela, je discute la question dans mon article « Quitter son boulot : la libération ?« ). Source nous permettant, une fois la semaine de dur labeur achevée, une fois épuisés, de pouvoir enfin dépenser notre salaire durement gagné. J’exagère ? Vous connaissez une semaine de travail à la fin de laquelle vous vous sentez en forme?

macron
Je remercie M. Macron de nous dire quoi penser, c’est vrai que je n’en aurais pas été capable moi-même. Vous noterez le « je ne veux plus entendre », on sent l’envie de débattre. Et ça se dit « démocrate ». Bien sûr il y aussi l’idée de culpabiliser les chômeurs ici, nous y reviendrons plus tard.

Pourquoi le travail est au centre du modèle libéral

Mais si on veut aller plus loin et comprendre pourquoi le travail est ainsi placé sur un piédestal, il faut se demander qui fait tourner les entreprises et qui achète leurs produits. Les travailleurs salariés. Vous pourrez me dire qu’il y a besoin aussi de capital. Certes, mais ce n’est pas comme si les bénéfices des entreprises du CAC40 étaient en baisse et qu’ils n’avaient pas les moyens d’investir (ce qu’ils ne font pas). Ce n’est pas non plus comme si le PIB de la France était nul. La richesse elle est là, seulement elle est dans la poche des actionnaires (donc des propriétaires de capitaux, donc de l’élite financière), comme nous l’avons vu plus haut. Donc pour continuer à faire tourner la machine, c’est-à-dire produire ainsi que remplir les carnets de commande des entreprises, il faut des travailleurs. Là encore vous pourrez m’interrompre et me dire que c’est au contraire les actionnaires qui vont remplir le carnet de commandes des entreprises grâce à leur plus fort pouvoir d’achat. Sauf que c’est faux. La part du revenu disponible dépensé est bien plus élevée chez les personnes les plus pauvres. Et ce pour deux raisons :

  • 1/ Duesenberry, un économiste du 20ème siècle explique que les ménages se répartissent en groupes, des plus pauvres aux plus riches, et adoptent des habitudes de consommation qui les amènent à imiter les individus du groupe supérieur. Il appelle cela l’effet de démonstration. La conséquence de ce dernier est que la propension à consommer (ou bien tendance à consommer) est généralement peu sensible (inélasticité) aux fluctuations du revenu. Ainsi les choix de consommation dépendent certes en partie du niveau de revenu, mais sont modulés en fonction de l’image que le consommateur veut présenter aux autres membres de la société par ses choix de consommation. C’est pour cette raison par exemple que le taux d’équipement en smartphone est aussi élevé parmi les plus pauvres que parmi les plus riches (et pourtant un smartphone est loin d’être un faible investissement).
  • 2/ Les plus riches sont en nombre bien inférieurs que les moins riches, comme viennent nous le rappeler régulièrement les médias ou l’Oxfam par exemple : les 1% les plus riche possèdent la moitié des richesses. Comment voulez-vous relancer la consommation avec 1% de la population, dont la consommation personnelle n’est en proportion pas si élevée que cela ?

Ainsi la boucle est bouclée : la semaine est dédiée  à travailler tels de véritables machines car le capitalisme tend à mettre en place une organisation visant l’augmentation du profit par la rationalisation systémique du travail, or qu’est-ce qui est rationnel, si ce n’est une machine ?

Nous, les hommes et femmes ne ressemblons pourtant en rien à des machines ne serait-ce parce que nous sommes des êtres sensibles, émotifs, nous ne sommes pas uniquement des êtres rationnels qui analysons tout en permanence. De plus, nous nous fatiguons au travail, nous avons besoin de repos, et notre capacité de concentration est limitée : la concentration est possible par cycle de 1h à 2h, avec des intervalles de repos entre chaque à moins de vouloir se flinguer le cerveau. Mais faites-vous vraiment des pauses toutes les heures ou deux heures ? Il m’est permis d’en douter. A l’inverse, une machine peut continuer sans interruption, sans fatigue, sans coup de barre ni besoin de sommeil, il lui suffit simplement d’être branchée. Pourtant, c’est bien vers ce fonctionnement de machine qu’on vous pousse.

chronic_fatigue_syndrome
La fatigue chronique, un problème récurant pour nombre de salariés

Et le soir ou weekend lorsque vous avez enfin un peu de temps pour vous, il ne reste que des miettes de votre capacité d’analyse car elle a été principalement dédiée à votre travail et votre rationalité est nettement amoindrie. Vous avez juste envie de céder à l’émotion, au plaisir facile et immédiat, à l’envie irrationnelle. Quoi de mieux pour ce faire que de consommer ? Shopping au centre commercial ou sur internet, film à la télévision, verre avec les amis, excursion en province ou au musée etc etc. (attention je ne dis pas que ces consommations sont négatives, j’explique simplement un mécanisme). Mais c’est bien normal de céder à tout cela après une semaine à travailler de façon rationnelle telle des machines, car justement nous n’en sommes pas. Et voilà qui est donc parfait pour les possesseurs de capitaux (les grandes entreprises, je ne m’attaque pas aux TPE et PME, car leur organisation diffère largement quoique leur but ultime reste le même : le profit) : vous leur fournissez la force de travail la semaine et remplissez leurs caisses le weekend. Le mécanisme, comme vous le constatez, est très bien huilé.

Comment le travail est-il mis au cœur des préoccupations ?

Mais comment la caste politique et financière vous pousse donc-t-elle pour que vous répondiez à son attente et vous mettiez en quête d’un travail, où vous satisfassiez du vôtre si vous en avez déjà un ? C’est simple, c’est comme au loto : vous espérez grâce à lui devenir gagnant. J’exagère ? L’analogie n’a rien à faire là ? Regardez plutôt : au loto vous avez un grand nombre de participants et très peu de gagnants, à tel point que le grand gagnant (celui qui décroche la plus haute somme) avait moins de chance de gagner que de se prendre un astéroïde sur la figure. Les proportions sont légèrement amoindries pour le monde de l’entreprise et du travail, mais le principe reste le même : très peu de places pour beaucoup de participants. En effet grâce à la hiérarchie verticale, une majeure partie des salariés restent en bas de l’échelle sociale car plus on monte vers les postes à responsabilités (et donc bien rémunérés) moins il y a de place. Vous allez me dire que tous les salariés n’aspirent pas à devenir PDG ou même manager d’un département. En effet, tout comme tout le monde ne joue pas au loto. Il y a dans les deux cas une proportion infime de « gagnants ».

loto_logo_2008

Ainsi en entretenant l’espoir (eh oui tout est là) d’une promotion, d’une ascension sociale, d’un avenir potentiellement meilleur, on parvient à garder les travailleurs salariés dans l’illusion et donc sous contrôle (c’est une analyse purement statistique et psychologique et non sociologique, c’est en dehors de toute considération de mérite, de chance ou autre). Tout cette illusion est aussi naturellement entretenue par l’éducation à l’école, les publicités, les informations dans les médias (qui nous l’avons vu appartiennent à ces même personnes qui ont besoin que vous leur fournissiez votre force de travail, tout est lié). Qui a jamais questionné la valeur travail à part une poignée de philosophes et sociologues ? Personne. Voilà pourquoi je me suis montré si critique à l’égard du travail un peu avant.

laptop-1571702_1920

Les chômeurs : de vrais boucs émissaires

Ainsi en plaçant le travail comme valeur supérieure, on le justifie et on vous pousse même à vous en procurer un à tout prix. A tout prix, c’est le mot. Il faut voir en effet à quel point les chômeurs sont culpabilisés dans notre pays, comment ils sont constamment rabroués, dénigrés, rabaissés, ce sont des « assistés », des « fainéants » à écouter l’élite politique. Facile de parler de la sorte lorsqu’on naît avec une cuillère en argent dans la bouche (je rappelle que M. Macron est le fils de deux médecins). Les statistiques prouvent pourtant que les chômeurs sont loin d’être des fainéants, une vidéo Data Gueule le montre très bien.

De plus, considérer que les pauvres et chômeurs le sont par choix, c’est une ineptie d’un point de vue socio-psychologique : il n’est effectivement pas à oublier que s’ils sont au chômage c’est parce que la plupart se sont fait licencier, ou n’ont pas encore trouvé leur premier emploi. Et s’ils ne trouvent pas d’emploi ce n’est pas forcément qu’ils ne sont pas compétents, mais c’est aussi et surtout parce que le marché de l’emploi est tendu, il faut veiller à ne pas tout mélanger. Ici les raisons expliquant le chômage sont donc principalement économiques, elles sont à attribuer au contexte et non à l’individu lui-même (ce qu’on appelle en psychologie une attribution causale externe). Cependant, il est courant de sous-estimer les causes externes et surestimer les causes internes (en l’occurrence : le chômeur est fautif).

arton_bouc_emissaire

Mais voyons, la caste dirigeante (actionnaires, PDG, politiciens etc.) a besoin d’un bouc émissaire, comme toujours, divisant ainsi l’opinion. Auriez-vous oublié le vieil adage « diviser pour régner » ? Pas eux en tout cas. De plus, la plupart d’entre eux, qu’ils soient de gauche ou de droite, se connaissent de plus ou moins loin, voire même s’ apprécient en se rendant mutuellement des services (nous avons vu leurs liens dans la première partie de l’article). C’est ce que Marx aurait appelé une conscience de classe, sauf que pour lui, elle était plus encline à s’exprimer et se développer rapidement au sein du prolétariat, alors que les faits évoqués juste avant tendraient à prouver qu’elle s’exprime plus facilement chez les propriétaires du capital. Et par cette conscience, que j’appellerai ici plutôt solidarité de classe, la caste bourgeoise existe en tant qu’entité, aux visages certes multiples, mais unie tout de même. Concrètement cela signifie que malgré les différents candidats, faisant tous ou presque partie de cette caste, voter, revient à voter pour cette élite unie par sa solidarité, et non pour un individu. Et en nous présentant des candidats soit-disant « différents » ils parviennent à maintenir l’illusion d’un choix lors des élections.

Glorifier le travail

Parallèlement au lynchage quasi-unanime des chômeurs dans le système capitaliste libéral, on vous vante les mérites du travail. Le travail c’est l’insertion social, c’est l’intégration, car il n’y aucun autre moyen dirait-on. Travailler c’est la norme et c’est même bien mieux, c’est être épanoui, être utile, apprendre… Bref, le travail est au prolétaire ce que l’honneur était au chevalier : il est un moyen de justifier ses actions, pour le meilleur comme pour le pire. De plus, il est bien entendu que personne ne vous le présentera sous le jour sous lequel je l’ai décrit un peu plus haut. Personne ne viendra vous dire de travailler comme une machine. A la place, on vous demandera d’être professionnel, d’être efficace, d’être orienté résultat et que sais-je encore. Et puis si jamais par chance vous parvenez à monter en grade au sein de votre entreprise ou d’une autre, on vous dit que vous le méritez. Attribution causale interne, encore une fois, il n’est jamais question d’un coup de chance, ou même de façon moins sujette à débat, il n’est jamais question de contexte favorable (économie en plein boom, embauches en augmentation etc.). Au final, dans la vision libérale l’individu est entièrement responsable de son sort, que ce soit dans le travail ou le chômage, sans tenir compte du contexte dans lequel il évolue, comme si l’individu pouvait moduler son environnement selon ses désirs, comme si il avait un contrôle absolu sur ce dernier, conférant ainsi à l’individu des qualités quasiment divines. Grossière simplification, ne trouvez-vous pas ? Mais une fois encore, c’est tellement plus facile de donner des leçons lorsqu’on a la chance de naître dans la caste bourgeoise. Et je ne veux guère entendre les « mais ne serait-pas une façon de déresponsabiliser l’individu ? » Que nenni, il s’agit de rééquilibrer une situation où on jette régulièrement l’opprobre sur les individus quand bien même ils ne sont pas entièrement responsables de leur situation. Il s’agit ainsi de corriger l’approche libérale qui voit les choses de façon complètement erronée.

 

 

Alors, toujours envie de voter pour le très libéral Macron ? Il faut reconnaître que le système qu’il prône a le don de maintenir l’illusion d’un avenir meilleur, mais nous l’avons bien vu, cela n’arrive jamais, les richesses sont mal réparties, alors en continuant d’appliquer ces mêmes recettes qui ne fonctionnent pas, comment espérer un résultat différent ? Si je ne savais pas qu’il cherche à œuvrer seulement pour son intérêt et celui de sa caste politico-financière je dirais qu’il est con, malheureusement c’est loin d’être le cas, et ce, au plus grand détriment du peuple.

 

Les cons ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnait. Michel Audiard

Mes 7 citations préférées

Ce sont mes préférées car elles reflètent ma pensée à l’heure actuelle. Je les ai regroupées sous cinq libellés : oser, voyage, nature/culture, spiritualité, et mode de vie.

 

Oser

paragliding-1245837_1280

« Lorsque tu fais quelque chose, sache que tu auras contre toi, ceux qui voudraient faire la même chose, ceux qui voulaient le contraire, et l’immense majorité de ceux qui ne voulaient rien faire » Confucius

Cette phrase a le mérite ô combien important et nécessaire de prévenir ceux qui entreprennent quelque chose, qu’ils n’auront pas tant à faire face à leur détracteurs qu’aux personnes qui sont en accord avec eux mais entretenant une jalousie éhontée (qui reflète en réalité la culpabilité non avouée de ne pas l’avoir fait soi-même) ni qu’à ceux, ô combien nombreux, qui restent passifs mais aiment à critiquer. On peut d’ailleurs facilement observer ces derniers sur les réseaux sociaux (moi y compris, cela m’arrive je l’admets), où la critique a été rendue tellement aisée caché derrière son écran. Il y ensuite bien sûr ceux qui critiquent mais agissent, mais ce serait là encore un autre débat. Comme quoi lorsqu’on fait quelque chose, l’adversité ne vient pas que du « camp adverse ». Un proverbe perse résume d’ailleurs l’affaire ainsi : « On ne jette des pierres qu’à l’arbre qui porte des fruits ». Mon but n’est pas de vous décourager, mais ne dit-on pas qu’un homme averti en vaut deux ?

 

« Quoique tu rêves d’entreprendre, commence-le. L’audace a du génie, du pouvoir, de la magie. » Goethe

Celle-ci est difficile à appréhender, dans le sens où elle ne peut l’être que si on a au moins une fois, de façon plus ou moins intense, vécu, ou (pré)senti ce dont il est question. Je l’adore, car elle va à l’encontre du fatalisme, à l’encontre des prises de têtes et des excuses qu’on se donne souvent pour ne pas avoir à agir. Excuses qui sont là pour masquer notre peur. Goethe cherche donc à pousser les gens à agir et braver leurs peurs en relatant une expérience propre. Cela peut paraître sorti de nul part et irréaliste mais Goethe n’assure pas de résultat à toute entreprise, il n’assure pas que tout va être servi sur un plateau d’argent, non, il accorde simplement du génie, du pouvoir et de la magie à l’audace (ce qui, soit dit en passant, est déjà bien). En somme, il faut accomplir le premier pas, pour que beaucoup de choses se dénouent dans l’esprit. Choses qui restent nouées dans un esprit accaparé par la peur.

 

 

Voyage

dscf9371

« Don’t tell me how educated you are, tell me how much you travelled. » Mohamed

A mon sens, le voyage ici n’est pas nécessairement à prendre au sens strict du terme mais peut l’être pris dans un sens plus large incluant l’expérience d’un individu en général, son expérience de vie. Car comme j’aime à le dire, la vie est un voyage. Ce que veut dire Mahomet ici est que les voyages d’une personne en dit bien plus que son éducation car le voyage forge bien plus que l’éducation. Enfin, c’est mon interprétation personnelle, mais je dois dire qu’elle s’est vérifiée pour mon cas comme je l’explique dans mon article Pourquoi 2 mois de voyage m’ont plus changé que 10 ans d’école. 10 ans d’éducation qui ont quasiment éclaté en deux mois de voyage…

 

Nature/culture

girls-462072_1920

« Nous sommes frères par la nature, mais étrangers par l’éducation. » Confucius

Confucius, par cette phrase de génie résume tout. L’humain est un et multiple. Oui la personne qui habite à l’autre du monde, parle différemment, mange différemment, pense différemment est mon frère. Oui nous le sommes tous, et non ce ne sont pas des balivernes de hippie déluré. Bien sûr que nous le sommes. Si l’éducation ne nous avait pas tant différenciés et n’avait pas mis ces barrières culturelles entre nous, nous sentirions-nous si différents ? J’en doute. Je ne dis pas qu’il faut abolir les différences, elles sont au contraire une richesse, mais il faut savoir aller au delà de cette barrière culturelle et nous rappeler qui nous sommes au fond de nous, sans ajout, sans culture. Il est vrai que discuter avec l’étranger se révèle parfois difficile, les quiproquos sont monnaie courante tant nos expériences différentes nous éloignent, car comme dit Lao Tseu : « L’expérience n’est une lumière qui n’éclaire que soi-même ». Ayant compris ceci, nous nous devons d’être plus tolérants à l’égard de cet étranger qui est aussi notre frère, et qui, ne l’oublions pas, est fait de la même chair.

 

Spiritualité

relaxing-1979674_1920

« Le confort est une prison pour l’esprit, il affaiblit la chair et prive l’âme de son ardeur guerrière et de sa détermination. » Graham McNeill

Je trouve cette phrase fort bien dite, il n’en demeure pas moins, et je le concède volontiers, que je suis loin de vivre dans le dépouillement. Je ne vis pas non plus dans le luxe, certes. Je pense être d’ailleurs dans la moyenne, à l’exception que depuis plus d’un an maintenant, je consomme beaucoup moins et trie le superflu pour essayer de ne garder que l’utile et l’agréable, et me passer du reste. Je reviens sur ma démarche minimaliste plus longuement dans mon article Pourquoi je veux devenir minimaliste ? Car McNeill a bien raison, il est d’ailleurs dans la digne lignée de Thoreau : le confort matériel, l’encombrement d’une foule d’objets toujours plus nombreux, sensés soulagés nos maux, ne font qu’alourdir l’esprit et l’embourber jusqu’à l’impotence. Car n’osant se séparer d’eux par peur de le regretter, on les conserve tels des boulets à traîner à chaque pas. Quant à affaiblir la chair, cela paraît bien évident, ce n’est pas en restant assis sur son canapé que nos muscles s’entraînent à quoique ce soit, perdant ainsi peu à peu leur vigueur. La dernière partie sur l’âme est plus délicate à appréhender, mais je l’interprète ainsi : l’âme est l’intuition, l’envie. En-vie : il n’y a simplement pas plus puissant dans l’être humain que cette en-vie de vie. Ainsi elle est bien dotée de détermination et d’ardeur guerrière. Seulement peut-elle conserver ses qualités en étant claquemurée dans le confort ? Difficilement, car le confort ne fait que fermer des portes de l’univers auquel l’âme appelle à s’ouvrir. Bien qu’il ne faille pas nécessairement prendre cette citation au pied la lettre, c’est-à-dire se priver de tout confort, je pense que le principe est à retenir, car notre société actuelle a tendance à aller dans l’extrême inverse.

 

“La seule façon d’accomplir est d’être.” Lao Tseu

C’est on ne peut plus clair : ne cherchez pas dans un ailleurs imaginaire figuré tant dans votre esprit que dans les images envoyées par la société une façon d’accomplir, ne cherchez pas à atteindre un but, à vous rendre heureux par des biais purement matériels (c’est-à-dire par l’avoir). Ceux-ci sont juste des outils pour atteindre l’accomplissement, mais sans l’être ils ne sont rien. Sans même aller chercher un but lointain (tant dans le temps que l’espace), la seule façon d’accomplir et donc à mon sens de s’accomplir, d’être heureux immédiatement c’est d’être, de se ressentir, de vivre une forme de pleine conscience du moment présent et de tout ce qu’il a à apporter. J’en parle en détail dans mon article « Comment j’ai découvert la source du bonheur« .

 

Mode de vie

youth-570881_1920

« Passer ainsi presque toute sa vie à la gagner pour jouir d’une liberté douteuse durant la partie la moins précieuse de son existence » Henry David Thoreau

Cette phrase piquée dans Walden résume très bien nos vies au XXIème siècle : nous sacrifions nos plus belles années, celles dont sommes le plus à même de jouir à nous écorcher pour gagner durement de quoi se loger, se nourrir et mettre de côté pour nos vieux jours… Pendant lesquels nous n’aurons tout de même plus la même force mentale ni physique. J’ai bien conscience que bon nombre de personnes ne peuvent s’offrir le luxe de travailler moins à cause du système et doivent travailler plus que 40h par semaine pour payer le loyer. Mais pour les autres, ceux qui s’en sortent bien, à quoi bon toujours plus d’argent, si vous ne vous laissez que si peu de temps ou un temps si éloigné et de peu de valeur (la retraite) pour en profiter ? Ce rythme métro-boulot-dodo est en effet malsain pour la santé mentale et physique. Moins travailler permettrait d’éviter cet écueil et de mieux vivre sa vieillesse. Et accessoirement de profiter de sa jeunesse. Aussi vrai soit-il qu’il faut être un minimum prévoyant, comment peut-on perdre de vue que nous n’avons qu’une vie, et qu’à 70 ans, nous n’en profiterons certainement pas de la même façon qu’à 30 ? 

Macron, piège à cons ? (1/2)

On aura tous entendu les médias faire l’apologie sans retenue aucune (trop peu ont passé leur temps à autre chose que l’encenser) du jeune et brillant M. Macron, le symbole de la rébellion anti-système, je dirais presque « le rempart contre la barbarie » du FN, des Républicains et de la France Insoumise (tel Jean Dujardin dans OSS 117), le renouveau politique incarné, le sauveur de l’humanité, enfin bref, tout un tas de qualificatifs plus miraculeux les uns que les autres lui sont attribués.

Enfumage.

 

Un rebelle vraiment ?

Macron donne l’image de l’anti-système, du rebelle (je vous renvoie aux différents titres de presse), il a même eu le culot d’appeler son livre « Révolution » (eh oui, plus c’est gros, mieux ça passe) mais comment en arrive-t-il là ? Et cela est-il justifié ?

Absolument pas.

Tout d’abord penchons-nous sur son passé : il a fait l’ENA, puis a travaillé comme inspecteur des finances, ensuite pour la banque Rothschild (où il a géré le rachat par Nestlé d’une filiale de Pfizer, une opération à 9 milliards d’euros, qui lui a rapporté personnellement 2 millions d’euros bruts) avant de prendre sa place au gouvernement. Son passé ne parle pas en sa faveur dans la mesure où les ponts entre privé et public sont de plus en plus nombreux, ou du moins de plus en plus exposés à nos yeux. Ne se demande-t-on pas pourquoi ? Et également si cela est un danger pour l’indépendance de l’Etat ? N’y a-t-il pas risque de corruption dans un sens plus large que celui de la loi ?

23417806279_099832cdbd_b

En tout cas, corruption avérée ou non, M. Macron a un parcours tout à fait classique pour un homme politique et n’a rien d’anti-système ou de rebelle. Et c’est sans compter que lorsqu’il était ministre il s’est plié à la politique du gouvernement. Pourquoi ne juge-t-on pas les politiciens à l’aune de leurs actions plutôt que de leurs discours ? Nous ne vérifions même pas s’ils agissent en fonction de leurs soit-disant idées. Où est donc le rebelle tant vanté par les médias ? Vous pensez tout de même qu’il va changer les choses et provoquer une réelle révolution ?

 

Elections, piège à cons

Vous serez d’accord avec moi pour dire que Macron est un libéral, lui et les médias le disent sans détour aucun. Il nous rappelle aussi régulièrement l’importance du travail. Pourtant qui a été chassé à coup de vote Hollande en 2012 ? Sarkozy. De quelle tendance économique était-il ? Libérale. Que passait-il son temps à faire ? Nous répéter l’importance du travail, on n’aurait tout de même pas oublié son « travailler plus pour gagner plus » des fois ? Exactement comme Macron. Il y a des moments où j’ai du mal à suivre le peuple Français, à trouver sa cohérence. On chasse Sarkozy le libéral et maintenant on souhaite en mettre un autre au pouvoir.

En fait ce n’est pas si surprenant dans la mesure où cela reflète la tendance du peuple à un certain conformisme, s’inscrivant dans le temps comme tendance conservatrice. Par cette dernière j’entends le fait de ne rien changer, je ne fais pas référence au conservatisme moral comme on l’entend souvent. En cela le libéralisme est un conservatisme et un conformisme économique puisque nous vivons déjà dedans et qu’il représente la norme (et donc le libéralisme macronnien n’a rien de nouveau contrairement à ce que veulent nous faire croire les médias en parlant de M. Macron, sauf que dès qu’on parle de nouveauté, qu’elle soit avérée ou non, le cerveau adore, c’est de la simple chimie). L’article « Libéralisme ou conservatisme… une histoire d’ignorance et de confusion » du blog Hacking Social démontre très bien cette tendance des personnes à se conformer à la pensée de leur époque et donc à maintenir un certain conformisme.

serment_du_jeu_de_paume_-_jacques-louis_david
La Salle du Jeu de Paume, un symbole de la Révolution Française

D’accord mais cela n’explique rien me direz-vous : comment ce conformisme favorable à cette caste politique s’est-il mis en place et comment perdure-t-il ? Par la capacité à une élite bourgeoise à s’être installée au pouvoir et à y être restée. Pour vous expliquer cela, revenons un peu en arrière je vous prie. Jusqu’en 1789. La révolution française qu’on nous vante à l’école comme ayant mis en place un système démocratique grâce à la constitution de 1791 n’en a en fait que l’apparence. Il ne faut en effet pas oublier que la révolution est menée par des bourgeois, pas par le peuple, qui la soutient et qui y a été effectivement encouragé (et d’ailleurs sans qui elle n’aurait pas abouti), mais il n’est en rien l’instigateur du mouvement. Pourquoi par des bourgeois ? Le capitalisme naissant de l’époque souhaite un changement du droit de la propriété pour que les commerces des bourgeois puissent continuer à prospérer sans entrave. En effet, pendant le féodalisme (avant la révolution donc), un seigneur (un aristocrate, qui n’était « aristocrate » que de naissance) était propriétaire de terres simplement pour être né au bon endroit au bon moment et rien ne pouvait le changer. Terres soumises à son joug unique, ce qui représente un obstacle pour les marchands bourgeois dans la quête d’un accroissement de leur enrichissement. Voici comment notre chère révolution est née. Par une lutte de pouvoir, des bourgeois contre les aristocrates. J’aime mieux vous dire qu’ils ont fort bien réussi. En mettant en place ce qu’ils appellent « démocratie », ils ont réussi à leurrer le peuple qui les soutenaient.

Comment cela ? Pourtant « demos » veut bien dire « peuple » et « kratos » signifie « pouvoir » ? En effet, mais le truchement (c’est d’ailleurs bien plus qu’un truchement tellement il éloigne le peuple du pouvoir) est simple, j’ai nommé : les élections de représentants, et plus particulièrement d’un petit nombre de représentants. Alors, vous me direz que lors d’une élection, c’est bien le peuple qui est appelé à voter. Certes, mais à voter pour qui ? Il y a-t-il un des candidats réellement issus du « peuple » (peuple dans le sens où il n’appartiendrait pas à une élite détachée de ce dernier) ? Non, car qui a mis en place le système actuel ? Les bourgeois. Pour pouvoir se présenter ensuite eux-même comme représentants à élire. Voici la preuve que nos chers candidats ne sont pas des prolétaires : les parents de M. Macron n’étaient pas pauvres, loin de là car médecins, il a lui-même gagné une petite fortune chez les Rothschild. Il en est de même pour M. Hamon mais lui a été responsable des affaires publiques chez LMVH, M. Fillon, honnêtement je ne me fatigue même pas (merci Le Canard Enchaîné), Mme Le Pen est née à Neuilly-sur-Seine (banlieue résidentielle chère), a épousé un dirigeant d’entreprise et est montée au sein du FN grâce à son père (d’ailleurs elle joue la carte de l’anti-système depuis bien plus longtemps que M. Macron, cela me ferait bien rire si elle n’était pas si dangereuse). Le seul issu du peuple est Mélenchon, dont les parents étaient respectivement receveur des PTT (postes, télégraphe et téléphone) et institutrice. Il est vrai qu’il gagne désormais bien sa vie, mais on ne peut pas lui enlever qu’il vient du peuple.

las-vegas-1224242_1920
Le mode de vie de nos dirigeants… qu’on leur céderait bien volontiers si seulement nous étions réellement en démocratie

Bref, ils font tous partie de l’élite financière curieusement. Comme choix de représentants pour le peuple je trouve cela très discutable. S’ils étaient réellement « représentatifs », pourquoi n’y a-t-il pas également parmi eux des personnes issus de classes modestes ou moyennes ? Pourquoi se gêneraient-ils à soutenir en premier lieu leurs propres intérêts avant les vôtres ? Vous me direz que cela n’empêche en rien que vous puissiez faire votre choix librement (mais encore une fois, quel choix). Ah oui ? Savez-vous qu’Alexis de Tocqueville, lors de la révolution Française a dit « Le suffrage universel ne me fait pas peur, les gens voteront comme on leur dira ». Et il avait raison. D’où ce conformisme évoqué un peu avant. Si le mécanisme qui a installé cette élite au pouvoir vous intéresse, je vous recommande fortement la vidéo de Demos Kratos. En outre, à qui appartiennent les médias qui influencent constamment votre esprit (de façon plus ou moins consciente et volontaire) ? A ces mêmes bourgeois. Une poignée de grosses fortunes les détiennent quasiment tous :

  • M. Drahi : l’archi-libéral qui a dépêché M. Mourad ancien banquier et ancien patron d’Altice (le groupe média de M. Drahi) pour conseiller M. Macron dans sa campagne.
  • Famille Rothschild : la famille pour laquelle Macron a justement travaillé.
  • M. Bolloré : ami de M. Sarkozy, et ce qui nous intéresse plus ici : ami avec le patron de BNP Paribas, dont l’ancien directeur général de BNP Paribas Asset Management, Christian Dargnat gère désormais la levée de fonds et collecte de dons de M. Macron.
  • Mme Bettencourt : son mari a été sénateur, membre de plusieurs gouvernements ET dirigeant de L’Oréal qu’elle a ensuite repris.
  • M. Niel : soutient fervent de M. Macron.
  • M. Bouygues : ami de M. Sarkozy
  • M. Lagardère : ami très proche de M. Sarkozy, également ami avec M. Bouygues, M. Arnault, (ces deux-là étant dans la présente liste), M. Breton, M. Blair et… M. Strauss Kahn qui, verrait régulièrement M. Macron et dont il partage une bonne partie des idées.
  • M. Bergé : ancien ami de M. Mitterand, a financé le P.S. et soutient aujourd’hui M. Macron
  • M. Arnault : ami de M. Sarkozy (décidément encore lui), dirigeant de LMVH pour qui M. Hamon a travaillé, soutient actuellement M. Macron
  • M. Dassault : sénateur ET chef d’entreprise…

Vous vous rappelez lorsque je parlais de ponts entre le public et privé ? Le monde est petit décidément, enfin en tout cas dans la caste dirigeante. Le détail des médias que possèdent ces personnes est disponible sur Le Monde Diplomatique. Et n’allez pas croire que ce phénomène est récent, l’AFP (Agence France-Presse, oui oui celle qui est censée être neutre) par exemple a été créée par Charles Louis Havas, négociant international et banquier au XIXème siècle. Ainsi, Macron est le représentant parfait du système actuel, système d’élection qui n’est en rien démocratique, mais plutôt ploutocratique, à savoir qui donne le pouvoir aux plus riches.

 

Macron, un candidat surexposé médiatiquement

Tout est dans la communication. C’est grâce à ses amis bien placés dans les médias que M. Macron a profité d’une surexposition médiatique tout bonnement incroyable. Pour le prouver, rien de plus simple : dans les titres du Monde, de l’Express, de l’Obs et de Libération les articles évoquant le candidat entre janvier 2015 et janvier 2017 sont plus de 8000, contre 7400 pour l’ensemble de ses concurrents de gauche réunis ! (Mélenchon, Hamon, Montebourg ; ce dernier n’est effectivement plus dans la course, mais cette étude a débuté en 2015). Depuis sa nomination à Bercy il y a deux ans et demi maintenant, il a fait la Une de L’Express, de Marianne, du Point, et de L’Obs deux fois. Vous n’avez pas mangé assez de Macron ? Pas grave, la presse people se charge d’achever votre gavage : il est apparu cinq fois en Une de VSD entre son arrivée au gouvernement et août 2016 (et l’eau a coulé sous les ponts depuis, il a probablement fait d’autres Unes, mais je ne peux pas non plus faire une liste exhaustive), il a fait plusieurs fois celle de Closer sur cette même période et deux fois celle de Paris Match en 2014. Encore ? Allez, je vais être bon prince : les Unes qui lui sont consacrées sont parmi les meilleures ventes !

Le jour où Macron a officialisé sa candidature, France 2 lui a consacré 2/3 de son JT. Rien que ça. Et sur TF1 encore mieux, on lui a donné la parole pour 17 minutes. Qu’on lui donne la parole c’est bien normal, au contraire. Mais 17 minutes, alors que le JT de TF1 ne dure que 36 minutes, ça commence à faire beaucoup, non ?

Il est surexposé mais également hautement valorisé (démarche quantitative mais aussi qualitative donc), et pour ce faire, les médias s’en sont donnés à cœur joie :

« Entre courage et imagination, il incarne la modernité » L’Express (la modernité avec des recettes vieilles de plusieurs décennies ?)

« Emmanuel Macron apporte un air de renouveau dans la campagne présidentielle » LCI (le libéralisme c’est nouveau ?)

« L’iconoclaste Macron » BFMTV (pourquoi pas le révolutionnaire ? Ah, que dis-je, c’est déjà pris)

« Macron enfin candidat ! » France Inter (bonjour l’objectivité)

«  »L’espérance », « l’anti-système », la « révolution démocratique »…L’ancien ministre de l’économie de François Hollande a enfin officialisé sa candidature à Bobigny ». L’Obs (en voilà qui n’ont pas mâché leurs mots)

Et ceci n’est que la partie émergée de l’iceberg bien sûr. Une recherche sur internet vous permettra de compléter le tableau.

 

Des sondages pour conforter sa position

Le résultat de tout cela ? Il annonce officiellement qu’il est candidat en novembre 2016 et déjà il est à 15 % d’intentions de votes, alors que, rappelons-le, il y a 5 ans, personne ne le connaissait. Étrange ? Pas tant que cela. Et comme ce n’est jamais assez, il est aujourd’hui crédité de 23 % des intentions de votes.

sondage
Sondage au 1er février 2017 (vous remarquerez que bien des journaux ne mentionnent même plus les « petits candidats » contrairement à ici)

Et le pire, pour parfaire un système déjà complètement biaisé (pour ne pas dire que l’élite politique triche complètement) : les sondages l’aident. Comment ? Parce qu’il a été prouvé, non pas que les sondages modifient complètement l’opinion des gens (encore heureux), mais qu’ils influencent les indécis et ceux qui ont perdu leurs repères idéologiques, les désabusés de la politique (ce qui n’est pas beaucoup moins dangereux).

Il y a deux mécanismes qui expliquent l’influence des sondages sur l’opinion. D’une part le fait que les indécis, vont choisir de donner leur voix au candidat qui a le plus de chances d’être élu (dans la mesure où il est suffisamment proche de leurs idées, bien entendu). D’autre part il y a ce qu’on appelle en psychologie le conformisme (déjà vu avant, mais je vous fournis ici son explication) : c’est la tendance à se conformer aux usages, à accepter les manières de penser ou d’agir du plus grand nombre, les normes sociales. Plus particulièrement on observe grâce aux sondages un effet hit parade (qui est un des effets visibles du conformisme) : on se tourne naturellement vers le candidat qui a le meilleur score, en dehors de toute considération sur ses compétences (attention je ne dis pas que le conformisme est le seul facteur qui va pousser à voter pour un tel ou un autre, mais cela a une forte influence, et je rappelle que nous évoquons ici les indécis). Horizon Gull vous explique cela mieux que moi dans sa vidéo. Et là en revanche c’est nettement plus dangereux. De cette façon, les indécis voyant les résultats de sondage, vont avoir tendance pour une bonne partie d’entre eux à voter comme la majorité du groupe, c’est à dire pour Macron qui est donné deuxième au premier tour et gagnant au second. Pourquoi ? Parce que notre cerveau imagine spontanément que si le groupe constitué du plus grand nombre a pris une décision, c’est qu’il a de bonnes raisons de le faire. D’ailleurs, si vous regardez votre quotidien, vous verrez le conformisme partout, dans les mouvements de foules par exemple (à un concert, dans les transport, à un événement sportif…).

audience-1853662_1920
Regardez comment le lever de main s’empare de la foule

Mais ce n’est pas tout : M. Macron, ou du moins ses conseillers, connaissent bien ces mécanismes psychologiques et se sont donc jetés dans la brèche pour les exploiter. En effet, M. Macron en se positionnant comme « ni gauche, ni droite » se place de façon parfaite pour capter les indécis de la gauche et de la droite dans la mesure où ils sont suffisamment proches du centre (il ratisse certes large, mais pas non plus jusqu’aux extrêmes). De même, M. Macron a tout à fait compris comment séduire les « désabusés » qui sont, comme nous l’avons vu plus haut, également plus sensibles aux sondages. En effet une personne qui a perdu ses repères idéologiques, qui a l’impression « qu’ils sont tous les mêmes » va plus volontiers voter pour un candidat qui se présente comme « rebelle » et « révolutionnaire », ce qui suppose qu’il va changer le système, qu’il est réellement différent des autres.

 

 

Ce qu’il représente, dans tous les cas, nous l’avons vu, ce n’est pas le « renouveau » et encore moins la « révolution » : c’est un digne héritier de la caste bourgeoise dirigeante, parangon de la « démocratie » qui est en réalité une ploutocratie (où le pouvoir est à ceux qui ont l’argent) où l’on fait croire aux électeurs qu’ils ont toujours le pouvoir, tout en guidant leur vote grâce aux médias et notamment à leurs sondages. On peut moquer les soixante-huitards autant qu’on veut, il n’empêche qu’ils avaient raison avec leur slogan « élections, piège à cons ». Le côté rebelle de Macron est en fait feint, ce n’est qu’une simple posture, c’est un positionnement marketing, mais il n’y a rien de vrai et sincère dans son attitude. M. Macron n’est pas anti-système, il est le système. 

 

Quitter son boulot : la libération ?

C’est une page qui se tourne dans ma vie de bohème (ou presque). Adieu le CDI en Suisse, adieu l’appartement avec vu sur les montagnes, adieu le train-train quotidien emmerdant.

geneva-947315_1920

 

Pourquoi je pars

Pourtant ça démarrait plutôt bien non ? J’étais censé me stabiliser, faire du fric en Suisse, trouver un boulot à responsabilité et monter en grade etc. Faire comme tout le monde quoi. J’ai commencé. Ça m’a bien plu un premier temps. Puis est arrivé ce projet de tour du monde. Dès le début sans une once d’hésitation j’ai eu envie de dire oui lorsque ma fiancée m’a proposé l’idée. Je savais que c’était de la folie (du moins selon les critères du commun des mortels), mais quelque chose au fond de moi, l’enfant fou et rêveur, l’enfant qui était constamment dans les nuages avait déjà dit oui. Le temps que le côté adulte digère l’idée, la retourne dans tous les sens, et le projet a été acté. Ma fiancée et moi allions partir, c’était bel et bien décidé. Cela voulait dire quitter mon boulot ? J’étais pas censé me stabiliser à l’origine ? D’un autre côté, il ne faut se forcer à rien. Si j’ai envie de partir, c’est qu’il faut partir. Peut-être qu’au final je ne suis pas fait pour me stabiliser, elle est là la réponse. En tout cas c’est bien dommage de quitter un boulot bien payé et pas désagréable, mais qu’importe, j’en retrouverai un comme je l’ai toujours fait. Ainsi, peu à peu, de sacrifice, la pensée de quitter mon poste à responsabilité en Suisse s’est muée en idée de liberté et d’accomplissement.

 

Fuir le train-train quotidien et prendre du recul

Parce que ma vision des choses a continué à changer au gré des vents et marées (ou plutôt au gré de mes lectures, visionnages et réflexions personnelles) et puis un peu aussi parce que mon travail commençait à ne me faire ni chaud ni froid. C’était la routine. Va au boulot, ramène l’argent, fais tes courses et continue comme cela sans te poser de question. Malgré cette indifférence relative, j’ai continué et continue toujours à travailler consciencieusement, non plus par intérêt (encore que j’essaie d’en trouver un, et y parviens parfois) mais davantage par pure conscience professionnelle, par respect pour mes supérieures, parce que je ne suis simplement pas un connard, peu importe ce que je pense par ailleurs du système et de ce qu’il engendre comme souffrance pour les salariés.

Et là vous aurez tôt fait de me dire, « comment oses-tu la ramener avec ton salaire Suisse ? » justement la question n’est pas là, même si j’admets être hautement chanceux d’avoir ce salaire et être plutôt bien loti, le travail salarié reste une aliénation par le capital. En effet, le travail salarié n’a rien d’épanouissant, il est tout juste bon à ramener son quignon de pain tous les jours à la maison. Vous allez alors me dire : « mais il y a des gens qui aiment leur travail ! ». C’est vrai, et tant mieux pour eux. Je ne mets donc pas en doute la capacité du travail en général à rendre heureux, mais bel et bien celle du travail salarié. La différence ? Le travail salarié par toutes les obligations qu’il créé, par les liens de subordination qu’il engendre enlève parfois la saveur du travail, le déshumanise et lui retire son âme : mensonge, manipulation, horaires strictes, trajet, lieux de travail, inconfort physique et mental, pression etc. Pour quoi ? Pour atteindre l’objectif (moneyyyy). Au final la rationalisation extrême du capitalisme et donc des relations de travail tend vers un traitement du salarié comme une simple machine, ce que nous ne sommes à aucun égard. Grossière erreur.

freedom-1886402_1920

D’où mon sentiment de libération ! Libération du joug capitaliste (du moins en partie), libération de l’esprit et du corps de la condition salariée, qui me permettent de me tourner vers un avenir nouveau, parsemé de nouvelles embûches, mais aussi de plein d’opportunités.

 

Vivre sans regret

Ainsi se tourne une page, pour en ouvrir une nouvelle. J’ai même plutôt l’impression que c’est un livre qui débute à partir de maintenant.

L’impression que tout est possible, tout est faisable. Douce illusion dans laquelle je m’autorise à me bercer afin d’éviter de tuer un projet dans l’œuf comme moi et bien d’autres avons tendance à le faire à tout instant de notre vie. Histoire de ne pas venir me plaindre dans 50 ans, que « j’aurais dû faire ça ». Lorsqu’il sera trop tard. Comme dit l’expression populaire consacrée : mieux vaut avoir des remords que des regrets. Les erreurs sont inévitables. La preuve : malgré mon parcours jusque là plutôt conventionnel et ma peur de me lancer dans l’inconnu, j’en ai fait ! Donc à l’avenir je souhaite agir différemment. Car j’en referai des erreurs. Je me trouverai à certains moments au mauvais endroit, ou sans le sou, ou bien seul ou que sais-je encore… Mais cela permettra d’en tirer des leçons et d’avancer.

L’impression que les sentiers battus appartiennent enfin définitivement au passé, d’enfin reprendre ma vie en main et me poser les questions que j’aurais dû me poser il y a 10 ans. Tout bachelier devrait commencer sa vie d’adulte par un voyage d’ailleurs. Ne pas être immédiatement lié, voire attaché à un boulot ou à des études immédiatement sans aucun recul, juste parce que c’est la voie classique imposée par la société.

 

Somme toute, cette décision a tout chamboulé : ma vie, ma vision des choses et celle de mon futur. Ou plutôt l’inverse, tout a été chamboulé donc j’ai pris cette décision. Bref, je ne sais plus très bien (encore ce problème de la poule et de l’œuf), mais c’est curieux comment ce projet de tour du monde m’a guidé vers cette décision nécessaire, et comment au final, de décision difficile elle est devenue libératrice et m’a amené à comprendre plein de choses sur le monde du travail salarié et sur ce que je voulais faire de ma vie. Bien sûr, peut-être qu’un jour je devrai le redevenir, salarié, eu égard ou non à mes critiques acerbes. Mais tout cela m’a tellement aidé ! J’ai enfin réalisé que je n’étais pas fait pour me stabiliser ni pour rester attaché à un travail passivement simplement parce qu’il faut bien gagner sa vie. Certes il faut gagner sa vie, mais désormais je cesserai de me battre contre des moulins à vent en refusant d’admettre que je veux au fond de moi vivre en bohème : passer d’un boulot à un autre, d’une ville à une autre, d’un voyage à un autre…

 

Car qu’est la vie si ce n’est un long voyage ? Lark East

Pourquoi ma vie est et sera différente de celle de mes parents

A l’aube de mes 30 ans (ok, bientôt 28 pour le moment), je viens seulement de réaliser une chose : que ma vie ne ressemble pas à celle de mes parents et certainement pas à ce que j’imaginais qu’elle serait il y a 10 ans de cela. Et elle n’y ressemblera pas non plus.

Enfin, il faut dire que la procédure est déjà bien entamée :  à mon âge mes parents étaient déjà mariés, j’étais déjà là, et leur situation était stable dans leur petit appartement à Paris.

 

Or quand je regarde ma vie, elle ressemble plutôt à ça : nouveau lieu de vie tous les ans environ, nouveau boulot qui va avec, voyages réguliers, et pas du tout envie d’avoir des enfants pour le moment. Autrement dit, c’est plus ou moins tout l’inverse de ce que mes parents ont fait. Quand j’avais 18 ans encore, je m’imaginais faire mes études, chercher un boulot, puis un appartement, me marier, devenir riche, puis devenir propriétaire, avoir des enfants et voilà. Cela s’arrêtait là. Alors c’est cool, je ne dis pas. Seulement cela ne ressemble en rien à ce qu’il s’est passé ou à ce que je cherche désormais. Et pourquoi ?

 

Avant c’était pour ça

lost-1605501_1920

Initialement, il y a 3 raisons à cette trajectoire si instable et éloignée de celle de mes parents :

1/ Je n’ai jamais su définir clairement ce que je voulais (enfin la réponse était souvent “tout”) et ça commence seulement enfin à prendre forme dans ma tête (si si à bientôt 30 ans). Ou quand bien même j’y parvenais, 6 mois plus tard, mon rêve était déjà différent. Résultat : j’ai bossé dans la vente, aussi bien que dans le webmarketing ; j’ai vécu à Chicago puis suis revenu à Paris et plus tard suis parti vivre à Lille ; j’étais avec une copine, puis avec une autre (non pas juste 3 ou 4)… et ainsi de suite. Donc niveau stabilité, on a vu mieux.

2/ Je ne m’écoutais pas assez et était trop influencé par une partie de mon environnement et de mon entourage. Je me lançais dans des projets parfois sur des coups de tête, sans savoir si j’en avais vraiment envie au fond de moi. Résultat : je me suis (fait) parfois baladé(er) de tous les côtés (au sens physique comme mental).

3/ J’ai rencontré ma fiancée il y a maintenant presque 4 ans, et elle a semé en moi une graine qui a grandi et initié des changements. J’ai commencé à penser différemment de lorsque j’étais adolescent ou jeune adulte, et ma vie a pris un tournant différent, notamment en prenant goût au voyage et à l’écriture.

 

Tout cela montre que mon manque de maturité d’une part et des influences d’autre part, m’ont bringuebalé dans un sens ou dans l’autre, mais pas forcément là où je m’y attendais. En somme, ma vie n’était pas comme celle de mes parents, mais ce n’était pas spécialement volontaire.

 

Mais aujourd’hui c’est pour ça

img_4741

Aujourd’hui c’est devenu un vrai choix de ne pas suivre le modèle de mes parents, ou plus généralement le modèle voulu par la société. Enfin en tout cas de moins en moins, je m’éloigne de plus en plus de ce modèle.

C’est pourquoi aujourd’hui je suis à Genève, demain je serai à Paris, et après-demain à l’autre bout du monde. Et ça me plait.

Jusqu’à maintenant j’ai essayé de coller au moule qu’on me présentait. Mais clairement ce n’est pas fait pour moi.

 

Notre génération dans son ensemble ne veut pas du modèle fourni par nos parents : on aspire à autre chose, le train-train métro-boulot-dodo n’est pas pour nous (dans notre majorité en tout cas). Et donc on fait plutôt cela : on remodèle le monde du travail (hiérarchie horizontale, télétravail, changement régulier d’emploi, création d’entreprise etc), on voyage, on manifeste notre inquiétude pour la planète, on lance nos propres sites internets (blogs, communautés) etc, . Et je rentre totalement dans ce cadre là. Je n’aime pas certaines des choses que les générations d’avant nous ont léguées à commencer par l’environnement nettement dégradé ou encore l’éthique qui s’éloigne de plus en plus des valeurs fondamentales au profit de l’argent.

Jusqu’à aujourd’hui cependant, je ne trouvais pas cela normal de m’éloigner de ce modèle et de cette vie bien rangée que je pourrais avoir. Jusqu’à aujourd’hui je culpabilisais et me disais que “plus tard” je m’installerai, que j’arrêterai de changer de boulot sans cesse, que j’arrêterai de voyager, que j’arrêterai d’avoir de nouveaux projets. Je me disais que ma situation était temporaire, qu’après je rentrerai dans le “droit chemin” (je grossis volontairement le trait, mais c’est quasiment ça). Parce que c’est ce que tout le monde le fait, parce que c’est ce que mes parents s’attendaient à ce que je fasse. Et ben non. Je suis désolé chers parents, chère société, mais j’ai décidé de suivre ma propre voie, car je crois l’avoir enfin trouvée. Il n’y a pas de droit chemin, il n’y a que son chemin personnel.

 

Désolés à tous ceux qui avaient des attentes : je vais continuer à changer de lieu de vie même si Paris restera ma maison pour toujours, je vais continuer à changer de boulot, en attendant de pouvoir exprimer qui je suis et gagner ma vie par un de mes projets. Ma vie est différente de celle de mes parents, c’est certain. Mais désormais je l’assume entièrement et c’est mon choix car je suis heureux : je me suis enfin trouvé et je commence enfin à savoir où je vais.

 

If we were meant to stay in one place, we’d have roots instead of feet.  Rachel Wolchin