Comment je gère le végétarisme en voyage long terme

Plats végétariens dans un restaurant de Chiang Mai en Thaïlande

Cela fait 2 ans et demi que je suis végétarien. Une manière de consommer et se nourrir différente et de plus en plus répandue en Occident. Parce que notre mode de vie excessif, son manque d’éthique et bien d’autres raisons encore a fait émerger la question et que le mouvement grossit à vue d’oeil, les entreprises se sont adaptées. Ainsi en France, il est plutôt facile d’être végétarien, bien que le pays ait une tradition culinaire où la viande a une place prédominante.

Mais à l’étranger c’est une autre paire de manches. En préparant notre tour du monde d’un an, j’ai réalisé que continuer à être végétarien en voyageant posait quelques difficultés pour certains pays et allait peut-être me faire reconsidérer la façon dont je voyais les choses.

Ca fait 8 mois qu’on est partis. Le temps de faire une rétrospective pour vous expliquer quelle était ma “stratégie” en tant que végétarien, et de faire un bilan de ce qui s’est réellement passé et comment j’ai géré mon végétarisme durant notre voyage.

 

Comment j’avais décidé de gérer mon végétarisme avant de partir

 

LES DIFFICULTÉS

Une fois l’itinéraire déterminé (Kirghizistan, Mongolie, Chine, Népal, Inde, Thaïlande, Laos, Cambodge, Chili, Bolivie, Pérou et pour finir Colombie !!) et après m’être un peu renseigné sur les différents pays j’étais fixé. Cela paraissait… faisable, mais compliqué pour certains pays comme le Kirghizistan et surtout la Mongolie. D’après ce que j’avais lu, ces deux pays d’Asie centrale ont une tradition culinaire où la viande semble être absolument centrale et même presque le seul régime alimentaire (j’insiste sur le “d’après ce que j’avais lu”… vous verrez pourquoi un peu plus loin). Autrement dit, les kirghizes et mongoles avaient l’air d’être des gros viandards. Difficile pour moi alors.

 

REMISE EN QUESTION

Face à ce défi, il y avait deux réponses possibles. Soit mettre entre parenthèse mon végétarisme pour ces deux pays et reprendre après. Soit faire avec et me nourrir des plats végétariens peu nombreux qui existent et acheter de quoi me sustenter au supermarché avec ce qu’y trouverais. Triste et pas très local me suis-je aussitôt dit.

J’ai donc choisi la première option. Bien sûr ça m’embêtait par rapport à mes principes. La question m’a trotté dans l’esprit un moment, ça faisait bizarre de me dire que peut-être j’allais “arrêter” d’être végétarien pendant plusieurs semaines. Mais c’était intéressant de se poser la question ! C’est en fait parce que c’est compliqué d’être végétarien au Kirghizistan et en Mongolie que je me suis posé la question : est-ce que je fais une parenthèse ou non ?

Comme dans tout choix, c’est une question de priorité. Est-ce que c’est plus important d’être fidèle à mes principes ou de découvrir la culture locale ? Car quelque soit ma décision, il est difficilement contestable que la cuisine d’un pays fasse partie de sa culture.

 

CHOISIR LA DÉCOUVERTE CULTURELLE AVANT LA FIDÉLITÉ AUX CONVICTIONS

J’aurais tout aussi bien pu faire ce choix de faire une parenthèse, car c’est en apparence difficile d’être végétarien au Kirghizistan et en Mongolie. C’était d’ailleurs ma première excuse. Oui je parle d’excuse cette fois, car si j’avais voulu rester fidèle à mes convictions sans évoquer la question de la découverte culturel, je pense que j’aurais fait le choix de la deuxième option. A savoir, rester végétarien à 100%. J’ai pensé à tous les aspects qui recouvrent la question et me suis ainsi dit que ce si la viande est si centrale dans ces pays, si ancrée dans les moeurs, c’est qu’elle est très importante, quoique soit ma manière d’y penser. Pour eux, ces gens d’une autre culture, c’est important. Or je vais les découvrir eux, ces gens et leur culture. Et je trouvais vraiment dommage de passer à côté d’une partie du pays et de sa culture.

Vous pourriez alors vous dire : dans ce cas là, pourquoi ne pas faire aussi des exceptions en France ? Ben disons que la cuisine Française je la connais déjà bien, j’ai été un féru amateur de charcuteries et autre joyeusetés pendant les 26 premières années de ma vie. Donc je savais pertinemment ce que je mettais dans la balance.

Stands et boui-bouis à Luang Prabang au Laos en Asie du sud-est proposant des plats végétariens mais aussi avec viande
En Asie du sud-est, la partie est quand même plus facile !

Les autres pays de notre itinéraire ne semblaient pas poser de problème particulier, surtout l’Asie du sud et sud-est. Certes d’après ce que j’avais vu, les latino-américains semblent être friands de poulet, mais ça n’a pas l’air de marquer suffisamment la culture locale pour être un empêchement ou une découverte incontournable (a priori, on verra dans quelques mois si je me trompe).  

 

Comment j’ai géré mon végétarisme dans les faits

 

Bon tout ça c’était la théorie si je puis dire, enfin ma stratégie en fonction de mes renseignements. Voyons voir maintenant si la réalité colle à ce que j’avais vu et comment j’ai vraiment agit face au différentes traditions culinaires.

Au Kirghizistan et en Mongolie, j’ai fait comme j’avais prévu. Après avoir réalisé que j’allais manger de la viande et après avoir digéré la sensation bizarre que ça me faisait, j’ai goûté non sans un certain plaisir les mets locaux. Eh oui, quitte à faire un choix, aussi retournement de veste qu’il puisse paraître à certains, autant en profiter. Sinon ça ne sert à rien, non ?

 

AU KIRGHIZISTAN

Ainsi, la découverte culinaire au Kirghizistan se passa sans surprise. Enfin si, en fait, et une de taille. Les kirghizes ne sont pas du tout aussi carnivores que ce qu’on avait lu. On avait lu des histoires sur des têtes de moutons et des bouts de gras à en pleuvoir. Que nenni !! Alors certes, ils aiment la viande, beaucoup (l’élevage fait partie des ressources principales du pays). Je ne vais pas vous mentir. Mais j’ai été surpris de voir que non seulement ils ne passent pas leur temps à bouffer des têtes de moutons mais en plus la viande n’est pas présente en si grande quantité dans les plats… Et elle est même totalement absente d’un certain nombre d’entre eux !

Menu d'un restaurant au Kirghizistan avec beaucoup de viande mais des plats végétariens
Pas mal de plats avec de la viande certes, mais aussi des plats comme l’Ashlyanfu, avec des nouilles, des épices, et du bouillon. En plus c’est un régal !
  • Une image de la tradition culinaire déformée sur le net

A la fin de notre séjour dans ce merveilleux petit pays d’Asie centrale, j’ai réalisé une chose : l’image carnivore qui est renvoyé du Kirghizistan sur le net ne correspond pas tant que ça à la réalité.

Noix dans un bazar (marché) au Kirghizistan
Parce que le Kirghizistan c’est aussi les noix de toutes sortes….
Nans (pains) au Kirghizistan
Du délicieux nan… et plus encore !

Pour autant je n’ai pas regretté mon choix. Déjà parce que regretter un choix fait mal. Qu’il soit bon ou non, ce n’est pas la question. De toute façon un regret vient forcément d’un changement d’appréciation de ce choix. Non, ce qu’il faut c’est soit assumer, soit en tirer une leçon pour ne plus recommencer. Bref, je digresse (comme d’hab)…

  • Regretter ou assumer

Et clairement, j’ai choisi d’assumer. Enfin j’avoue avoir regretté d’avoir mangé autant de viande avec le recul (oui je sais j’ai dit que les regrets c’est pas bien). Mais globalement, je ne regrette pas d’avoir fait une entorse temporaire à mon régime végétarien. Car bien que les kirghizes ne soient pas si viandards qu’on l’avait lu, la viande occupe bel et bien une place centrale dans leur culture. Culture que j’ai pu ainsi pleinement découvrir !  

 

EN MONGOLIE

En Mongolie en revanche, la viande est vraiment très importante. Enfin, ça dépend on va dire. Encore une fois, la situation dans la réalité n’est pas toujours comme elle est décrite par des sites à sensations, c’est plus nuancé et complexe. Il est vrai en tout cas que globalement ce sont des gros carnivores et que la viande est davantage ancré dans la culture qu’au Kirghizistan.

  • La viande, un ancrage très fort dans la culture

Au-delà de tout jugement, on peut expliquer leur goût pour la viande par de simples raisons contextuelles. La Mongolie compte 3 millions d’habitants… Et un cheptel de 60 millions de bêtes ! “Il faut bien les manger” comme nous avait dit notre guide dans le désert de Gobi. Tout ce bétail, pour le manger, il faut donc s’en occuper. Voilà pourquoi 30% de la population mongole vit de l’élevage.

Barbecue mongole, une spécialité que nous ont cuisiné des nomades
Et boum, ça fait du barbecue mongole !

De plus, les légumes ne poussent pas vraiment en Mongolie, un pays qui a un des climats les plus continentaux au monde (-40C l’hiver, jusqu’à +40C l’été) et peu de terres arables. Ainsi, avec quasiment rien d’autre à manger (lait, pâtes, très peu de légumes), se nourrir de viande relève plus de la survie que d’un réel choix. Le seul endroit où on peut manger de tout est la capitale Oulan-Bator, une ville très moderne et occidentalisée. On y trouve un peu de tout dans sa scène gastronomique assez internationale : coréen, italien et même végétarien.

Un plat dans un restaurant végétarien d'Oulan-Bator, la capitale moderne et occidentalisée de la Mongolie
Un plat végétarien dans un resto d’Oulan-Bator
  • Assumer et apprécier son choix

Dans ce cas là, il m’était effectivement plus difficile de tenir mon régime, bien que pas totalement impossible non plus. J’ai bien sûr tenu à essayer un ou deux restaurants végétariens à Oulan-Bator. Mais après ma première expérience au Kirghizistan, j’ai pris goût, non pas à la manger de la viande à tout va, bien que son goût soit en effet appréciable. Mais à goûter les spécialités locales à base de viande. Et vu que la Mongolie en regorge… D’autant que là, à moins de manger des denrées alimentaires trouvées en supermarché, ça n’aurait pas été la joie. Ni très local, encore une fois. Du coup, cette fois j’ai pleinement assumé mon choix et apprécié ma découverte.

 

ASIE DU SUD ET SUD-EST

C’est en arrivant en Asie du sud et sud-est que j’ai pu reprendre enfin mon régime végétarien avec un plaisir non caché (faut croire que finalement ça m’avait quand même manqué). Et bien sûr à 100%. Ou pas.

Fried vegetables, plat végétarien que je mangeais souvent en Asie du sud-est
Enfin du végétarien, bon sang ! Enfin, c’est pas si simple…
  • Manger végétarien en Asie, facile, mais pas autant qu’on croit

Manger végétarien en Asie du sud-est est aisé, même si la viande fait partie de leurs habitudes culinaires. En effet, il n’existe pas autant de plats végétariens qu’on voudrait le croire, à part en Inde et au Népal. La plupart du temps, lorsque les Fried rice ou Fried noodles (ce que j’ai mangé la moitié des fois peut-être haha) contenaient systématiquement de la viande, j’ai donc demandé sans viande.

Stand de brochettes au marché à Vientiane au Laos en Asie du sud-est
Parce que l’Asie du sud-est c’est aussi ça : les stands de brochettes, saucisses et compagnie…
  • Quand même manger de la viande ?

Sauf que finalement, quand bien même j’aurais pu continuer à manger entièrement végétarien, j’ai fait des exceptions. Et les quelques fois où je me suis toléré un “écart de conduite”,  ce n’était en tout cas que très rarement par lassitude des plats végétariens. Les fois où ça l’était, je dois l’avouer, j’ai même pris un certain plaisir à commander de la viande. Certes, ça m’a turlupiné un moment avant de prendre ma décision (j’avais une drôle d’impression, un peu comme si je commettais un crime). Mais j’ai fini par assumer et commander. Ca a dû m’arriver une fois ou deux en Thaïlande, où on tourne vite en rond, même si on pourrait facilement penser que c’est le paradis des végétariens.

Le reste du temps et donc la plupart des fois c’était pour découvrir la culture locale, une fois de plus. Par exemple en goûtant au fameux barbecue khmer, de la viande cuite au barbecue servie avec une délicieuse sauce au poivre ! (si vous voyiez les quantités de poivre… mais c’est un régal).

Barbecue khmer, un plat de viande typique du Camboge
Après le barbecue khmer, le barbecue mongole

 

Flexitarisme et contradictions

 

Après l’expérience en Asie du sud et sud-est j’ai réalisé que je tendais peu à peu vers un régime qui s’apparente en fait plus à du flexitarisme.

Le flexitarisme, c’est quoi ? En un mot, c’est être végétarien, mais en s’accordant des exceptions, par exemple lorsqu’on est invité chez quelqu’un, ou pour le plaisir gustatif, ou encore pour faire plaisir à quelqu’un en partageant un plat. Ou bien pour découvrir une partie d’une culture.

Un Padthaï, le plat typique thaï et presque végétarien
Le Padthai, le plat qu’on ne peut éviter en Thaïlande et a priori le parfait plat du végétarien… Sauf que si on pousse un peu, techniquement il contient de la fish sauce. Une entorse que je me suis autorisée à faire.

Du coup, c’est vrai que mon choix du flexitarisme en voyage peut paraître paradoxal. A la fois je suis très accroché à mes principes… A la fois je les ai mis en parenthèse ou trahis selon la manière dont on voit cela.  

Ceci dit, je n’ai signé de contrat avec personne. Y compris avec moi. Je ne dois rien à personne. La seule personne que je peux décevoir en laissant mes principes de côté à l’occasion c’est moi et moi seul.

Les végétariens purs crieront au parjure. En effet, en faisant ce choix, je fais passer mon plaisir ou la découverte culturelle avant mon empathie pour les animaux. Je l’écris sans honte, mais sans aucun cynisme non plus.

 

Qu’est-ce qui est le plus important au final ?

 

Car être végétarien est avant tout un choix personnel, celui de prioriser mon empathie pour les êtres vivants conscients et sensibles sur toute autre considération. En voyageant, il m’est donc arrivé de faire passer avant ces autres considérations. Ce n’est donc en réalité pas nécessairement une contradiction, mais plutôt une adaptation et une re-priorisation. Ce n’est pas un renoncement mais une reconsidération.

Je n’ai pas oublié le bien-être animal. J’ai pris du recul. J’ai voyagé selon ma manière et cela m’a permis, comme je l’espérais, de découvrir plus en profondeur les cultures locales où la viande est si ancrée dans les moeurs. Pour moi c’était une manière de rester ouvert d’esprit à d’autres pratiques. D’autres y verront comme un renoncement à mes principes, chacun sa vision du monde.

Dans tous les cas, ce qui est sûr, c’est qu’en tant que végétarien le cadre du voyage amène à se poser des questions sur cette habitude alimentaire et prendre du recul. C’est le plus important au final : se questionner, se remettre en cause, continuellement ; le voyage y invite tout particulièrement. Et peu importe le choix, il est propre à chacun et on a tous nos raisons.

Ce qui compte c’est sa vision propre des choses et son chemin. Le principal est d’être heureux avec son choix, quoiqu’en pensent les autres.

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