Voyager, un privilège ?

Le désert d'Atacama au Chili, un endroit pour privilégiés ?

Récemment j’ai eu un commentaire sur mon article : “le voyage comme mode de vie, un rêve ?” qui mettait en valeur le fait que sans argent, c’était un rêve inatteignable. Ce n’était pas le sujet de mon article, mais justement. La remarque était tout à fait pertinente, dans le sens où ni moi pour le moment, ni bien d’autres sites ne se penchent réellement sur ce sujet. Du coup, ça m’a donné envie de m’y attaquer, car c’est un aspect important du voyage qu’on ne peut éluder, bien qu’en France répondre à “combien tu gagnes ?” soit relativement tabou.

Cela étant, il est certain qu’il y a d’autres aspects rédhibitoires que l’argent. Par exemple, certaines personnes ont un passeport qui va leur empêcher d’aller à bien des endroits ! D’autres ont une maladie chronique, d’autres encore un handicap moteur, d’autres vont subir le racisme… Bref, la liste est longue des difficultés qui peuvent venir se mettre en travers de leur route.

Mais je voulais ici m’attarder sur l’aspect financier, car il demeure un obstacle majeur. D’où la question qui, formulée de la sorte, apparaît plus comme une question rhétorique. On se doute déjà un peu de la réponse : oui, voyager est un privilège, ce n’est pas à la portée de tout le monde. Ça vend moins de rêve que de dire “toi aussi tu peux le faire” c’est sûr, mais c’est… plus réaliste.

Voyager coûte cher
Au cas où on l’aurait oublié, voyager ça coûte quand même un peu… Bon là y’a beaucoup de billets parce qu’il s’agit de Tügriks mongols, une monnaie très faible mais ça n’enlève rien au coût du voyage !

Mais pourquoi faire tout un article si je donne déjà la réponse ? Parce que bien des sites en faisant l’impasse là-dessus, ou d’autres en disant : “quand tu veux, tu peux”, semblent indiquer l’inverse : tout le monde peut voyager, ce n’est pas réservé à des privilégiés. Et qu’il est donc important d’expliquer aussi, pourquoi parfois, tu veux, mais tu peux pas tant que ça… (et que c’est pas non plus tout noir… bref, il s’agit de rétablir un juste équilibre)

 

Pas d’argent, pas de voyage

Les finances donc. Internet peut parfois laisser entendre que voyager, à partir du moment où tu le veux, tu le peux ! A tort. Ça reste vrai dans une certaine mesure, c’est même d’ailleurs fondamental de le vouloir. Je ne prétends pas l’inverse. Mais c’est tout aussi fondamental que d’avoir l’argent pour partir !

 

AVOIR DE LA CHANCE, PEU OU PAS

Faire l’emphase sur le côté bonne volonté en mode coach personnel, c’est une super idée, d’ailleurs j’ai souvent un peu ce rôle sur le blog et je reviendrai là-dessus dans quelques paragraphes tellement c’est important. Car inspirer, c’est le début de tout changement !

Mais revenons un peu à la réalité. Il ne faut oublier que nous ne partons pas tous du même endroit. Moi j’ai la chance d’avoir grandi à Paris, étudié en école de commerce, puis trouvé du boulot sans trop de difficulté, et ai travaillé notamment pendant 3 ans en Suisse. Ça donne clairement une longueur d’avance pour pouvoir partir voyager. Notamment en voyage long terme comme j’en ai eu le projet avec ma compagne Lisa.

Lisa et moi le jour du départ pour notre tour du monde, une chance ?
Lisa et moi le jour du départ pour notre tour du monde !

 

LA RÉALITÉ EST PARFOIS COMPLEXE ET DIFFICILE

C’est sûr qu’il faut se bouger les fesses, se motiver ! Mais certain(e)s doivent clairement plus ramer que d’autres. Ils/elles ont beau se démener, parfois ça ne marche pas, ou beaucoup moins bien en tout cas. Par exemple parce que leurs parents ne pouvaient pas leur payer d’études ou parce qu’ils/elles habitent dans un région où il y a très peu d’emplois.

Ainsi, certain(e)s restent au chômage pendant des mois, des années peut-être. Le rêve de voyage est alors loin.

Rêver de voyager
Pour bien des personnes, voyager ne restera qu’un rêve

Et ce n’est pas avec une alloc chômage qu’on va très loin. Quand bien même on a un emploi, entre moi qui ai gagné 2 fois plus que ce que j’aurais gagné en France lorsque j’étais en Suisse et quelqu’un qui exerce une profession peu qualifiée payée au SMIC en France, il faut clairement pas le même temps pour économiser. En comptant que cette personne puisse économiser (après ça dépend de sa situation familiale, géographique, de son mode de vie, mais aussi bien sûr de son objectif !… Je reviendrai sur l’objectif juste après).

Prendre l'avion pour partir voyager
Le prix des billets d’avion a beau baisser, ça reste un luxe pour pas mal de personnes

Il est vrai que la personne peut changer tout ou partie de ses conditions sociales ou environnementales dans l’absolu. Je dis bien dans l’absolu (ah si on était dans un monde parfait…). Car la situation singulière de certaines personnes n’est parfois sûrement pas aussi simple à résoudre qu’on aimerait le croire. Il faudra à certain(e)s deux, trois, dix fois plus d’efforts et de chance (parce que tout n’est pas simple et qu’on ne contrôle pas non plus tout) que moi pour parvenir à leur rêve de voyage.

 

Pas de motivation, pas de voyage

Après avoir dit tout cela, il ne faut pas non plus se fourvoyer d’illusions. Vous avez un boulot, qui gagne peu ou beaucoup, c’est déjà énorme. Mais sans motivation, sans être réellement obsédé par l’objectif de voyager, on ne va nul part.

Voyager lorsqu'on a la chance de pouvoir le faire, doit être un objectif au quotidien si on veut vraiment partir
Objectif : camp de base de l’Everest ! Ou juste partir voyager tout court !

Même dans mon cas par exemple. C’est pas parce que je gagnais bien ma vie en Suisse que boum, l’argent s’est mis de côté tout seul. Bon si vous êtes chômeur ou au SMIC en lisant ces lignes, vous devez certainement penser que je suis dans mon monde de riche et n’ai aucune notion des réalités de ce monde et que c’est facile de parler pour moi. En fait, c’est un peu plus compliqué que cela.

 

DE LA MOTIVATION ET DES CHOIX

J’admets être privilégié. Mais je ne suis pas non plus né avec une cuillère en argent dans la bouche et n’ai pas attendu sagement que mes différents jobs me tombent gentiment dans la bouche. J’ai accepté des boulots de vendeur en boutique pas très bien payés fut un temps (à vrai dire pendant plusieurs années), parce qu’il faut bien démarrer quelque part.

Pour trouver du boulot en Suisse, j’ai postulé comme je n’ai jamais postulé avant. J’ai eu des moments difficiles, mes faibles économies (et même plus) y sont toutes passées avant de trouver un job. Avec Lisa on a vécu de façon modeste pendant plusieurs mois en faisant des choix parfois difficiles. On a restreint le budget course au minimum et oublié la plupart des budgets superflus. Pour nous, il était hors de question entre autres, d’acheter une télé. C’est cher et le streaming suffit bien à l’affaire (les pubs débiles en moins). Pareil pour la voiture. Comme gouffre financier la voiture est en pole position (pointe d’humour mal placée ?).

Profiter d'une cascade au Laos après avoir économisé
Si je n’avais pas un peu fait gaffe, je n’aurais jamais mis l’argent de côté et ne serait pas arrivé là dans cette magnifique cascade…

De même, on limitait les déplacements autant que possible (en plus à 3 francs/2,8€ le ticket de transport en commun ça part particulièrement vite à Genève) et bien d’autres encore. Mais ça a payé finalement.

 

L’ARGENT NE SE MET PAS DE CÔTÉ TOUT SEUL

Ensuite, quand je dis que mettre de côté ne se fait pas tout seul, c’est vrai, même lorsqu’on gagne bien sa vie. J’avais en effet un bon confort de vie. Dans mon cas je ne parlerai donc pas de “sacrifice” à proprement parler, ça serait carrément outrageux vis à vis de tous ceux qui en font tous les jours. En revanche, je parlerai de choix et de priorité.

En effet un budget, petit ou grand, ça se surveille !

Parce que à Genève, le niveau de vie “normal” est assez loin des standards français, parisiens compris. A Genève, lorsque je sortais, je voyais les gens dépenser des 70, 100 francs (quasiment équivalent en euros) sans ciller ! A 10 francs la bière, 25 francs le plat tout simple au resto, ça va vite ceci-dit. Moi j’avais un budget d’environ 30 francs par soirée en tête et je comptais les soirées mensuelles sur les doigts de la main et encore.

Genève ville chère
Genève c’est un cadre splendide avec son lac… mais aussi un coût de vie parmi les plus élevés au monde

A Genève, je voyais les gens avec leurs grosses montres de luxe à 500, 1000 ou 5000 francs (oui je sais c’est un autre monde, j’ai pas trop accroché avec Genève au final…). Moi j’avais la même montre moyen de gamme que mes grand-parents m’avaient offert à mes 18 ans (et ça me convient très bien d’ailleurs !). De toute façon, aller dépenser de si grosses sommes, voyage ou pas, n’était pas ma priorité. La société nous apprend si bien à être de bons consommateurs, que dès qu’on a un peu d’argent on est censé le dépenser…  

A Genève, en soirée, ça parlait achat de voiture haut de gamme et autres bien matériels chers, ski et d’autres encore. Aucune des choses que je ne me suis permises (bon puis en fait j’ai par ailleurs commencé à m’intéresser au minimalisme). Économiser pour partir un an autour du monde était ma priorité.

 

Voyager, un privilège, mais pas que !

Chance de voyager, mais pas que !
Oui, on a de la chance d’être là-haut, mais ça ne s’est pas non plus fait tout seul !

Tout ce dont je vous parle peut vous faire paraître comme de menus et prétendument “difficiles” choix d’un mec riche. Encore une fois, je mesure ma chance. Mes choix n’étaient clairement pas les plus difficiles. Mais ils restaient des choix, et ça on y échappe pas. Ce que je veux simplement illustrer ici, c’est quelque soit votre point de départ, il vous faudra faire des choix, prioriser et garder votre objectif principal en tête : partir voyager. Il y a nombre de voyageurs qui se sont serrés la ceinture pour partir. On en a rencontré quelques uns sur la route d’ailleurs. Ou encore des blogueurs comme Goats On The Road, qui racontent sur leur blog comment ils ont pris 2 jobs en même temps pour pouvoir repartir voyager et se sont ensuite lancés en tant qu’indépendants avec leur blog.

Comme quoi, il faut bien partir de quelque part et réaliser la chance qu’on a lorsqu’on en a. Mais en aucun cas faire semblant que tout va nous tomber dans le bec comme ça.

Donc oui, le voyage reste relativement un privilège. Un privilège, qui demande pour l’atteindre, peu d’ingrédients : le premier est l’acharnement, l’envie de partir plus forte que tout. Une envie qui fait que tous les jours c’est votre objectif lorsque vous vous apprêtez à faire un dépense. Mais cela ne doit pas faire oublier le deuxième ingrédient devant lequel on se conforte trop souvent à fermer les yeux lorsqu’on gagne bien sa vie comme ce fut mon cas : une bonne dose de chance.

Vous aimez mon article ? Épinglez-le ! 

Voyager, un privilège ?

 

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