Comment voyager m’a ouvert les yeux sur le monde

Montagnes à Pokhara au Népal

Si on part voyager, souvent c’est pour découvrir des cultures, des paysages, s’émerveiller, apprendre.

Mais on voyage aussi pour ouvrir son esprit à des choses différentes de celles qu’on a l’habitude de voir. Ouvrir son esprit, mais aussi ses yeux, afin de voir le monde et ce qu’il est vraiment. Sortir de chez soi, de sa zone de confort, c’est aussi ça. Être confronté à la réalité plutôt que de rester dans son univers personnel où tout va plutôt bien après tout.

Explorer en voyage pour découvrir le monde tel qu'il est vraiment
Partir en voyage, explorer le monde pour le découvrir tel qu’il est vraiment

Mais si on veut s’ouvrir les yeux, alors cela veut dire qu’ils sont fermés ? Eh bien d’une certaine façon oui. Car dans notre société, nous sommes finalement relativement peu conscients de ce qui se passe en réalité à l’autre bout de la planète.

 

A supposer que les yeux sont fermés donc ?

 

Le paradoxe, c’est qu’à l’aube du 21ème siècle, dans une société qu’on qualifie souvent de société de l’information, eh bien réellement conscients de ce qui se passe sur notre planète, nous le somme finalement très peu. Informés grâce à internet, certes nous le sommes, jusqu’à en déborder, parfois. Conscients, c’est autre chose.

Ce que je cherche à mettre en exergue, c’est le paradoxe apparent entre l’abondance d’information d’une part, et l’absence relativement importante de conscience et donc de réaction face aux problèmes du monde.

Mais est-ce vraiment si contradictoire ? Comment cela se fait-il qu’on puisse faire preuve (de façon globale) d’une relative inertie alors que la planète crame et l’humanité est mal traitée de toutes parts ?

 

NOS TECHNOLOGIES NOUS ISOLENT

En fait, ce n’est pas si contradictoire que ça en a l’air. Notre société, en même temps qu’elle nous abreuve d’informations, nous isole. On passe moins de temps avec nos proches, mais plus de temps à travailler sur un écran, ou à “socialiser” sur un écran… Je dis ça sans me mettre au-dessus, passant moi-même un temps considérable sur divers écrans, alors que de nombreuses fois ça pourrait être évité.

Moi sur mon écran, isolé, au lieu de partager du temps avec Lisa
Moi en train de bosser sur le blog… Ou de perdre du temps sur Facebook ? Pourtant je pourrais être en train de parler avec Lisa…

Et puis le fait de se faire submerger par tant d’informations, souvent malheureuses, nous rend souvent insensibles. Vous vous rendez compte si on devait pleurer dès qu’on entend parler d’un évènement grave dans le monde ? Je le dis sans aucun cynisme et je ne dis pas de ne pas pleurer, ce serait inhumain. Mais je pense que notre cerveau s’est adapté à tant de malheur véhiculé à travers nos télés et smartphones. Et que c’est pour cela qu’il neutralise automatiquement au moins en partie les sentiments dans ce genre de situation, histoire de ne pas sombrer dans la dépression.

Site d'information, news tristes
Le site d’un média bien connu, la plupart des nouvelles ne sont pas joyeuses : guerre, exploitation, misère sociale…

Ainsi, de cette façon aussi, nous devenons détachés de notre environnement, des autres personnes. Le problème c’est que cet isolement et ce détachement va bien au-delà de la révolution digitale.

 

L’ISOLATION DÉPASSE LA RÉVOLUTION DIGITALE

En effet, l’individualisme qui est un mécanisme qui nous isole n’a pas attendu internet et les smartphones pour gangréner la société. Dans notre société si “moderne”, chacun est tourné sur soi et son petit profit, on passe un temps fou à s’admirer (ou non), du moins à se comparer sans cesse, à chercher à apparaître au mieux aux yeux des autres, à chercher un meilleur boulot pour soi (soit-disant), à chercher un appartement plus beau, des vêtements plus neufs. En somme on passe notre temps à avoir l’air d’être heureux. On est un peu tous des narcisses en puissance, seulement préoccupés que tout soit bien rangé dans notre univers étroit et bridé.

Ainsi, en se tournant chacun uniquement vers soi, on a construit des murs entre nous, nos univers sont, après tout, juste les nôtres, hermétiquement fermés aux autres et donc au monde (fiou, heureusement ! on se sent plus en sécurité comme ça).

 

DÉTACHÉS DU MONDE, COMMENT PRENDRE CONSCIENCE ?

Et là vous vous demandez peut-être ce que vous faite sur ce blog. Rassurez-vous, bien sûr ici je caricature à mort. Mais c’est pour mieux expliquer le mouvement qui est à l’oeuvre dans la société contemporaine.

De cette manière donc, si isolés et détachés, comment voulez-vous qu’on puisse être touchés par la pollution au plastique qui envahit le Cambodge et bien d’autres pays asiatiques, par les couturières bangladeshi qui meurent sous les décombres de leur lieu de travail, par la disparition imminente de forêt tropicale de Bornéo et de son écosystème entier ? Et j’en passe…

Déchets sur le bord de route au Cambodge
Le Cambodge est un pays très pollué (mais ce n’est pas le seul en Asie du sud-est). C’est malheureusement une des choses qui m’a marqué dans ce pays

Tout ça on le sait déjà que ça existe, mais en est-on conscient ? Cela nous a-t-il poussé à agir et à changer les choses ?

Avant de voyager, j’étais comme ça : je savais, mais changer un tant soit peu le monde n’était pas dans mes priorités. J’étais enfermé dans une sorte de fatalisme. “C’est ainsi”. J’avais ma petite vie peinarde, c’était ce qui comptait. “Oui il y a des évènements tragiques, je sais, mais bon c’est ainsi que va le monde”. Mais ça, c’était avant.

 

Comment voyager m’a ouvert les yeux sur la triste réalité du monde

 

LE CHOC

Il y a 4 ans donc, Lisa et moi sommes partis en voyage ensemble en Asie du sud-est pour 2 mois. Ce que j’ai vu en Asie j’ai trouvé cela parfois triste, parfois choquant, d’autres fois les deux. Dans tous les cas, je n’étais plus le même après ces 2 mois en Asie.

Au Myanmar j’ai vu pour la première fois de ma vie des enfants travailler. Ils n’avaient simplement pas le choix. Leurs parents n’ont pas suffisamment de revenus pour entretenir toute la famille, alors l’enfant travaille. C’est déjà assez choquant en soi d’un point de vue occidental gâté comme le mien, mais en plus s’il travaille cela veut dire pas d’école. Car c’est l’un ou l’autre. Ainsi son destin est déjà scellé.

Plus tard durant notre voyage, en Indonésie, j’ai été horrifié à la découverte du Mont Bromo. Ce qui de loin était une merveille, de près, une fois avec vue dans le cratère offrait un spectacle des plus désolants : une décharge à ciel ouvert.

Des exemples comme cela, il y en a d’autres, malheureusement. Mais je ne vais pas faire la liste.

Dechets d'une décharge à ciel ouvert au Mont Bromo en Indonésie
Le triste sort du cratère du Mont Bromo en Indonésie

 

LE DÉCLIC

C’est durant ce voyage que j’ai eu un réel déclic. De “oui, je sais mais”, je suis passé à “mais en fait, on peut dire non à tout cela !”. Car ce que je voyais était réel et a provoqué en moi un choc. J’ai vu le monde tel qu’il est, enfin, une partie du monde. Alors qu’habituellement hors du voyage, on a plutôt tendance à vaguement croire savoir ce qu’il se passe grâce à notre petit écran de smartphone. Et ça, ça a tout changé.

Depuis lors, ma vision n’a cessé d’évoluer. Après ce voyage de 2 mois initiatique, Lisa et moi avons continué à voyager autant que faire se peut, un peu en Asie, pas mal en Europe.

 

UN MONDE CUPIDE

Maintenant nous sommes en tour du monde depuis 9 mois, ça en fait du chemin !

Avec tout ce temps sur la route, j’ai pris conscience que le monde tournait autour de l’argent. Notre système où l’économie domine tout en est la preuve.

Liasses de billets

Là vous vous dites sûrement que j’ai pas inventé l’eau chaude. En fait, il y a une nuance à faire entre « savoir » et « prendre conscience ». Je savais déjà que le monde tournait autour de l’argent. Mais entre savoir et prendre conscience, réaliser, il y a un fossé croyez-moi. Savoir et vraiment incorporer une information, la faire sienne, la vivre et changer grâce à elle, ce n’est pas du tout la même chose. C’est là que le voyage fait toute la différence par rapport au quotidien. C’est de cette manière qu’il m’a ouvert les yeux sur le monde.

 

LES CONSÉQUENCES DE LA CUPIDITÉ

Ainsi, le monde tourne autour de l’argent, ce qui ne veut pas dire que tout le monde en a, bien au contraire. C’est surtout ça que j’ai vu en voyageant, des personnes privées de tout, et les conséquences de la cupidité de certains.

En effet, certaines personnes détiennent quasiment tout, et même bien plus qu’elles n’en ont besoin. Tant mieux pour elles. Le souci, c’est quand on voit qu’une partie d’entre elles le font sur le dos du reste du monde. Personnes ou organisations : une entreprise (et ses dirigeants) qui a des sous-traitants dans un pays pauvre et qui n’a cure de leurs conditions de travail et des rejets de produits chimiques dans le fleuve, un Etat qui fait la guerre à un autre pour s’accaparer ses ressources naturelles, une entreprise qui ravage une forêt tropicale pour planter des palmiers à huile.

En Europe, dire ça peut sembler exagéré, ou « justifié » parce que « c’est triste mais c’est comme ça » ou encore même tomber dans l’oreille d’un sourd…

Pourtant en voyageant, l’individualisme, la course à l’argent d’une bonne partie du monde contre tous prend tout sa dimension. C’est durant mes voyages que j’ai vu ceux qui n’avaient rien essayer de survivre, ceux qui n’ont pas les moyens d’être éduqués travailler et ainsi de suite… Avec les conséquences qu’on connaît : mendicité, travail des enfants, pollution etc.

Quand je vois le Laos faire massacrer ses paysages par des investisseurs chinois qui y construisent routes et barrages sans nécessairement penser aux conséquences environnementales. Ou quand je vois les enfants indiens mendier dans la rue… Ou encore les conducteurs kirghizes ou cambodgiens lancer d’un geste désinvolte leur canette par-dessus la fenêtre de leur véhicule. Et la liste est longue. Je ne dis pas cela contre eux, j’essaie simplement de montrer ce que j’ai vu en voyageant.

Débordement de la rivière Nam Theun au Laos à cause de la construction d'un barrage par les chinois
Des milliers d’arbres submergés sont morts à cause du débordement de la rivière Nam Theun au Laos en raison de la construction d’un barrage par les chinois

 

DES SITUATIONS TRISTES MAIS LOGIQUES

Car quel est le point commun dans tout cela ? La priorité à l’argent.

Attends, attends, t’es en train de nous dire que l’enfant qui mendie il le fait par plaisir de gagner de l’argent ? Bien sûr que non ! Lui, il est une victime, mais puisqu’il faut de l’argent pour vivre, il fait la seule chose qu’il puisse faire.

Et le type qui balance sa canette c’est quoi le rapport avec l’argent ? Le manque d’éducation. Quand un enfant ou un jeune travaille car trop pauvre, il n’étudie pas. Souvent aussi, il n’y a pas d’information au public concernant la problématique environnementale. Mais ça reste la même logique : ce sont souvent des pays pauvres qui cherchent d’abord à augmenter leur PIB.

Du coup, les comportements que j’ai vu m’ont certes choqué, mais pour les gens qui le font, ce sont des gestes “normaux”, enfin logiques du moins.

 

Pourquoi alors ont-ils si peu ? Et c’est là que le voyage a vraiment changé ma vision des choses. Il m’a fait prendre conscience que c’est simplement par la cupidité de certains et la vision étroite de notre système qu’ils se retrouvent dans cette situation.

Si on n’était pas un système de concurrence permanente, si on était plus tournés vers la coopération et la solidarité que la compétition, la comparaison à l’autre, on en serait peut-être pas arrivés là. Dans un chacun pour soi, chacun veut gagner sa pitance, car les autres font de même, et ceux qui sont avantagés ne partagent pas. Le reste peut attendre. Ainsi, quand les uns se gavent, d’autres meurent.

 

Voyager pour ouvrir les yeux et changer

 

Ainsi, voyager est un moyen de se rapprocher et de casser les murs qu’on a construit entre les individus. Au lieu d’être loin et détaché, on se rapproche, on partage et on se sent touché par la vie de l’autre.

Moi qui joue avec un gamin laotien
Moi qui échange avec un gamin laotien. Ça m’a certainement plus « appris » et enrichi que de suivre les « nouvelles » sur mon smartphone

J’ai réalisé qu’on était pas obligés de rester des être tournés uniquement sur nous-même et qu’on pouvait arrêter de savoir sans rien faire. J’ai réalisé qu’en voyageant on pouvait vraiment voir ce qui est à l’oeuvre et qu’on pouvait embrasser le monde. Ne pas laisser les choses faire. J’ai réalisé qu’on pouvait dire non à la concurrence et comparaison permanente des humains entre eux, non à l’individualisme et à l’égocentrisme. Voilà comment voyager m’a ouvert les yeux sur le monde.

Et vous, voyager vous a-t-il fait un effet semblable ?

Vous aimez mon article ? Épinglez-le !

Comment voyager m'a ouvert les yeux sur le monde

 

3 commentaires

    1. Hey!
      Ah je suis pas tout seul alors 😊
      Profitez bien alors, c’est incroyable l’Asie !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CommentLuv badge

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.