Un nomade digital à Chiang Mai : interview

Vie d'indépendant nomade digital à Chiang Mai en Thaïlande

J’ai passé deux semaines à Chiang Mai pour découvrir de façon tranquille la ville réputée pour le nombre incroyable de ses temples et de ses expatriés. C’était l’occasion de prendre mon temps, bosser sur mon blog, vivre vraiment l’endroit… Et puis voir mon frère François qui vit là depuis un petit moment maintenant  !

François a co-fondé son entreprise Hunter (hunter.io) avec un camarade d’école de commerce. Hunter est un service web pour les professionnels qui les aide à trouver quasiment n’importe quelle adresse e-mail. Depuis lors, il voyage régulièrement et vit actuellement à Chiang Mai en Thaïlande. Me rapprochant de plus en plus de son mode de vie, et étant moi-même un nomade (non digital) jusqu’à présent, j’avais très envie d’aller lui poser quelques questions sur son mode de vie. Ce que j’ai donc fait.

 

L’interview

 

UN NOTRE MONDE : Salut François, alors d’abord, est-ce que tu pourrais te présenter s’il te plait ?

FRANÇOIS : Oui absolument. Donc je m’appelle François, j’ai 26 ans, je suis diplômé depuis 3 ans, et depuis un petit peu moins, 2 ans et demi, je voyage beaucoup en Asie du sud-est. Et j’ai créé mon entreprise, y’a à peu près 3 ans, un petit peu avant d’être diplômé. Du coup je travaille pour mon entreprise tout en étant ce qu’on appelle nomade ; donc en étant assez mobile tout en travaillant.

François nomade digital à Chiang Mai
Mon frère en pleine interview à Chiang Mai, sa « résidence » les 3/4 de l’année

UN NOTRE MONDE : Ok, donc comme je disais en introduction tu vis à Chiang Mai. Ca fait combien de temps  que tu vis ici, et puis, pourquoi Chiang Mai ? Qu’est-ce qui te plait particulièrement ici ?

FRANÇOIS : Alors Chiang Mai, la première fois que j’y suis allé, c’était y’a peut-être 2 ans, mais ça fait un an que j’y suis un petit peu installé. Je dis un petit peu installé parce que je garde un appartement ici. C’est l’endroit où je reste le plus, mais je continue quand même à voyager autour, en Asie du sud-est.

Pourquoi Chiang Mai ? A l’origine j’ai ciblé Chiang Mai parce que c’était une ville très connue pour les télétravailleurs. Et puis quand j’y suis arrivé, je me suis rendu compte pourquoi c’était intéressant. Déjà parce que c’est une ville en Thaïlande. La Thaïlande c’est un pays intéressant pour résider puisque c’est un pays assez développé mais encore en voie de développement ce qui fait que les prix sont encore assez bas. Donc quand on travaille pour des entreprises occidentales on bénéficie d’une qualité de vie plus importante. La Thaïlande ça reste un pays assez stable, les gens sont très gentils, les visas on s’en sort à peu près.

Et puis Chiang Mai est une ville très agréable, plus agréable que Bangkok beaucoup diront ici. C’est une ville un petit peu plus calme, y’a des quartiers très sympas, on peut aller quasiment n’importe où en marchant, ce qui est rarement le cas dans une ville asiatique. Et puis y’a aussi beaucoup beaucoup d’endroits où travailler. Enfin y’a une communauté aussi. Vu que c’est une ville populaire pour ça, ben y’a beaucoup de nomades, et donc on peut partager les expériences et rencontrer d’autres gens qui ont un style de vie assez proche.

Chiang Mai, une ville développée et taillée pour les nomades digitaux
Chiang Mai, une ville développée et taillée pour les nomades digitaux

 

UN NOTRE MONDE : C’est super intéressant tout ça. Est-ce que tu pourrais me parler un peu de ton boulot ? Comment tu t’es lancé là-dedans, comment l’idée t’es venue de monter ta boite ?

FRANÇOIS : Monter ma boite, ça fait très longtemps que je veux le faire mais évidemment l’idée que j’ai de la boite aujourd’hui elle est venue récemment, un petit peu avant de la lancer. On a essayé plusieurs choses, on a fait des expériences quand j’étais encore étudiant avec mon associé.

Mais être entrepreneur ça c’est un truc que je voulais faire depuis longtemps de tout façon. J’ai toujours voulu essayer de prendre les choses en main. Enfin le boulot, les affaires, c’est des choses qui m’intéressaient depuis longtemps. Donc j’ai été très proactif là-dessus et du coup ça m’a vite mené à la création d’entreprise.

Et le style de vie ben ça c’est quelque chose qui m’est venu y’a à peu près 7 ans pendant mes années prépa. J’ai lu Tim Ferriss [ndlr : un des auteurs qui m’a aussi beaucoup influencé !], un petit peu comme beaucoup de gens ici et c’est là que ça a un petit peu changé mon état d’esprit. Et j’ai compris qu’on était pas obligé de rester dans des sentiers battus à trouver un boulot dans sa ville, à cherche un CDI alors que si on est un petit peu malin, en fait on peut avoir le mode de vie qu’on veut et tirer avantage de la mondialisation. Il faut juste tirer sa liberté et savoir d’où viennent ses revenus. Enfin essayer de se débrouiller un petit peu plus tout seul plutôt que de prendre directement ce que les gens nous proposent.

François, nomade digital en train de travailler dans un café à Chiang Mai
François a pris sa vie en main en créant sa boite et voilà le résultat : il vit à Chiang Mai et travaille chez lui ou dans des cafés ! 🙂

 

UN NOTRE MONDE : Du coup avec ton job en fait tu peux bosser n’importe où ? Tu te définis comme un “nomade digital” mais c’est quoi exactement ? Comment tu le définirais toi et comment les gens le définissent ?

FRANÇOIS : C’est un petit peu vague de toute façon nomade digital. Moi j’aime bien prendre la définition un peu large qui est tout simplement de pas être dépendant de la localisation et d’en tirer un minimum profit. Tu vois ça sert à rien de fixer une règle à partir de laquelle t’es obligé de bouger toutes les X semaines ou X mois. Pour moi nomade, on peut l’entendre au sens large. Un terme un peu plus précis je pense, c’est de dire “location independant” pour rester dans les anglicismes. Mais oui on peut l’entendre au sens large. Y’a beaucoup de gens qui sont un petit peu installés dans une vie, parfois ils restent un an, ça dépend vraiment des personnes.

 

UN NOTRE MONDE : Oui c’est pas forcément bouger toutes les semaines…

FRANÇOIS : Enfin ceci-dit moi je sors tout le temps de Thaïlande vu que je vais en Europe 3 fois par an. Et en Asie, je fais au moins 2 ou 3 excursions je pense par an. En terme de durée du coup je reste beaucoup à Chiang Mai, mais après je fais plusieurs semaines à différents endroits à chaque fois.

François nomade digital travaille dans un café pendant son voyage au Japon
Travailler où l’on veut ! Là mon frère était parti 3 semaines explorer le Japon !

 

UN NOTRE MONDE : Ok, donc du coup t’as une stabilité puis en même tu bouges quand même pas mal au final. Et c’est la vie dont t’as toujours rêvé, vivre à l’étranger, voyager quand tu veux, travailler de façon indépendante, travailler où tu veux ?

FRANÇOIS : Comme je te disais entrepreneuriat ça c’est un truc auquel je pensais depuis longtemps, mais les voyages j’ai découvert en fait assez récemment. Avec Tim Ferriss ça m’a donné envie, mais tant que tu fais pas, t’as pas encore goûté à quel point tu aimes ça. Et en fait j’ai pas beaucoup voyagé avant de me lancer en Asie à voyager tout seul. Avant j’étais jamais sorti d’Europe.

Donc c’est plutôt récent du coup, on peut dire que ça fait 2 ans et demi que j’ai vraiment goûté [au voyage] et que je sais que ça me plait. Et du coup je continue pour l’instant.

 

UN NOTRE MONDE : Cool, ok, et tu considères que c’était dur pour toi d’arriver à ce mode de vie ?

FRANÇOIS : En fait oui, faut quand même plusieurs étapes. Le plus dur d’abord c’est avoir un business qui tourne. Après une fois qu’il y a le business qui tourne, voyager c’est pas le plus compliqué.

Aujourd’hui les frontières sont plutôt ouvertes, si tu fais pas n’importe quoi au niveau de la sécurité ça va. Tu vois, n’importe qui peut voyager assez facilement, faut juste se bouger un petit peu et pas avoir trop peur quoi.

Mais ce qui est compliqué par contre, c’est d’avoir un business qui tourne et d’en faire vraiment son mode de vie et d’être soutenable [ndlr : je pense qu’il voulait dire “sustainable”]. Enfin voilà, que ce soit ton mode de vie pérenne quoi. Donc ça c’est un peu plus dur et là chacun cherche un petit peu sa voie. Y’a différentes voies, et dans mon cas du coup, on a quand même échoué pendant plus d’un an, à itérer sur nos projets entrepreneuriaux. Mais c’est normal, tu trouves jamais le truc du premier coup. Donc je sais pas si on peut dire qu’on en a bavé mais voilà, on s’est tâté, on a quand même dû bosser beaucoup avant d’avoir un truc qui tourne et maintenant ça nous rend libres par rapport à tous ces modes de vie.

Voyage de François à Koh Phi Phi en Thaïlande
Le voyage quand on veut, ça a du bon, non ?

 

UN NOTRE MONDE : Oui c’est chouette, mais ça fait rêver beaucoup de gens ça je pense. Mais le truc c’est que c’est pas forcément si facile que ça. Y’a des gens je pense qu’ils s’imaginent un peu que c’est comme partir en vacances, mais on gagne pas sa vie comme ça comme tu disais, faut faire des tentatives etc. Du coup, si y’a des gens qui veulent faire comme toi, qu’est-ce que tu leur conseillerais ?

FRANÇOIS : Ce que je conseille déjà c’est de vraiment se concentrer sur le business au début. Parce que y’a des gens ils viennent à Chiang Mai, ils savent toujours pas ce qu’ils font comme business. Ils arrivent là, ils connaissent rien au web, enfin, je dis web parce que globalement les nomades ils ont des boulots web [ndlr : d’où le terme “nomade digital”], mais pas exclusivement. Du coup oui, se concentrer beaucoup sur le business quitte à… Bon bah ça c’est la partie un peu dure, tu sais, à rester 6 mois 1 an dans des conditions qui sont pas celles dont tu rêves, qui sont pas ton objectif. Tu vois, 6 mois 1 an peut-être à toucher le chômage. Enfin voilà se débrouiller un petit peu pour pouvoir, pendant cette période, juste travailler sur son projet jusqu’à ce qu’il y ait un revenu suffisant et qu’après on puisse voyager.

Après on peut regarder aussi la stratégie dans l’autre sens, y’en a que ça aide d’avoir une grosse pression et du coup y’en a que ça aide d’avoir une durée limitée. Genre 3 mois de voyage et à la fin des 3 mois il faut qu’ils gagnent leur vie avec leur truc. Même si effectivement le côté pression ça peut aider un peu, je le recommande pas parce qu’après tu repars à la case zéro, à la case départ.

Travailler dur chez soi sur son projet ou business pour être libre et voyager
Créez votre projet, gagnez de quoi vivre et partez à l’aventure !

 

UN NOTRE MONDE : Moralement après si ça échoue c’est peut-être plus dur…

FRANÇOIS : Ouais de toute façon après il faut un petit peu de marge de manœuvre, faut au moins une période où tu peux vraiment te lancer. Et après être très motivé pendant cette période pour lancer le truc.

 

UN NOTRE MONDE :  Oui, j’espère que tes conseils serviront. Merci en tout cas d’avoir répondu à toutes mes questions et puis à bientôt alors.

Si vous voulez suivre François et son mode de vie, allez faire un tour sur son blog perso.

 

Que penser de tout cela ?

 

Alors est-ce que ça vous inspire ?? Moi en tout cas je trouve ça super intéressant et ça me fait penser à une idée qui me trotte dans la tête depuis un moment.

Mon frère François, moi-même ou d’autres personnes de mon entourage sommes des exemples types de notre génération, celle qu’on appelle Y. On refuse de se laisser dicter ce que l’on doit faire de notre vie (bon moi c’est plus récent haha).

Et quand bien même on ferait ce qu’on nous a dit, ce serait parce qu’on a d’abord tout remis en cause, puis décidé de le faire par et pour nous même. On en serait arrivé là par un réel choix libre. Parce que ce qu’on refuse ce n’est pas nécessairement ce qu’on nous dit de faire en soi, mais plus qu’on nous dise ce que l’on doit faire. Ce n’est donc pas une simple et stupide crise d’adolescent, bien au contraire.

Troupeau de moutons
Je sais que c’est un lieu commun le coup des moutons… Mais ça reste très approprié ! ^^

Notre époque, par la crise de modèle de société qu’elle traverse (le capitalisme, le consumérisme etc) mais aussi par les moyens qu’elle nous offre avec la mondialisation (comme le dit très justement François d’ailleurs) et la révolution technologique qu’elle vit change toute la donne.

L’information répandue partout grâce à internet nous rend davantage conscients de notre environnement, de notre société, des possibilités qu’elle offre mais aussi des limites de celle-ci. C’est pour cela que nous ne pouvons pas continuer à faire ce qu’on nous dit de faire bêtement, tels des moutons de panurge. Cela nous ouvre un horizon de possibles.

Pour nous il devient alors inconcevable de vivre au même endroit où on est né toute sa vie. Inconcevable de faire le même boulot qui ne nous enchante pas vraiment, simplement parce qu’on doit payer son loyer. Et inconcevable de chercher à nous échapper de cette tristesse de monotonie et d’abrutissement par les plaisirs éphémères que procure la consommation à outrance.

Grâce aux technologies et à la mondialisation, chacun(e) peut prendre sa vie en main, on peut décider ce qu’on apprend ou étudie, décider où on vit et qui on fréquente, décider de comment on gagne sa vie, comment on consomme etc. Chacun(e) veut et peut vivre différemment et créer sa propre vie, son propre environnement, comme il ou elle le souhaite.

François en voyage savourant sa liberté de nomade digital
François savourant sa liberté….Chacun(e) peut mener la vie qu’il ou elle entend !

 

Est-ce que vous avez aussi cette impression que notre génération est vraiment en train de révolutionner nos modes de vie et notre manière de voir le monde ?

Et vous, c’est un mode de vie auquel vous aspirez ?

Vous aimez ? Épinglez ! 

Un nomade digital à Chiang Mai : interview

 

 

3 commentaires

    1. Désolé que ça ne réponde pas à tes attentes. L’idée de l’article est d’inspirer les gens, de parler du parcours de mon frère et montrer qu’on est bien plus libres dans nos modes de vie qu’on ne le pense. Je ne cherchais pas à donner de recette pour devenir nomade digital car il n’y en a pas vraiment en fait.
      Pour le boulot de mon frère, oui ça m’a échappé, j’ai corrigé ça dans l’intro 😉

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